La bonne chose à faire

L’an dernier à la veille de Noël, j’ai écrit un commentaire qui suggérait que l’itinérance avait franchi le fossé entre les problèmes sociaux et le monde des affaires. À ce moment, selon moi, il était temps pour la ville, la province, les organismes sociaux et le milieu des affaires de déployer tous les efforts pour résoudre l’itinérance dans le Grand Moncton.

Nous voilà donc, un an plus tard, et je me sens un peu comme si l’histoire se répète. Sauf qu’un an plus tard, la condition de notre population vulnérable s’est aggravée, notre ville a bien essayé de mitiger les impacts, les entreprises en ont assez d’être aux prises quotidiennement avec la sûreté et la sécurité au centre-ville, et nous continuons d’attendre que la province se lance à la recherche d’une solution.

Les meilleures estimations rapportent que plus de 160 personnes sont des sans-abri chroniques dans le Grand Moncton. Ce nombre a augmenté au cours de la dernière année. Il semble que l’itinérance augmente à mesure que l’économie se développe. C’est peut-être également un signe que Moncton doit maintenant composer avec des problèmes de «grandes villes».

Alors, que s’est-il passé au cours des 365 derniers jours – ou plutôt qu’est-ce qui ne s’est pas produit – qui vient en ajouter encore plus à ce défi communautaire?

La COVID-19 a frappé, ce qui a poussé les employeurs à envoyer leurs employés travailler à distance de chez eux et qui a eu la conséquence de vider le centre-ville. Une enquête récente menée par le Groupe de travail sur la relance économique du Sud-Est a révélé que seulement un tiers de la main-d’œuvre régulière du centre-ville était revenue, créant un immense vide au centre-ville. Les sans-abri se sont installés en nombre croissant dans le centre-ville, prenant en quelque sorte une certaine propriété de l’espace occupé auparavant par les travailleurs des bureaux du centre-ville.

De plus, les entreprises continuent de se battre pour garder leurs portes ouvertes avec moins de clients en personne et des restrictions de la santé publique. Comme si la COVID-19 n’était pas un défi assez important, les entrepreneurs doivent aussi s’occuper des sans-abri qui mendient devant leurs commerces, commettent du vandalisme, font usage de drogues et d’alcool dans les salles de bain des entreprises et dorment dans les allées et les stationnements couverts.

Pourquoi résoudre la question de l’itinérance est-elle maintenant une question prioritaire?

Parce que chaque personne mérite un abri convenable et de la nourriture. Chaque personne mérite une certaine dignité de base, et simplement parce que c’est la bonne chose à faire pour chaque être humain.

C’est aussi la bonne chose à faire pour notre communauté d’affaires. Chaque semaine, nous entendons des propriétaires d’entreprise, exaspérés par ce qu’ils voient et trouvent dans leurs lieux d’affaires, inquiets de la perception croissante que notre centre-ville n’est pas un espace sûr et sécurisé.

C’est aussi ce qui doit être fait de manière proactive pour notre ville dans son ensemble. Le gouvernement provincial, en particulier, doit intervenir pour aider à protéger notre assiette fiscale du centre-ville, évaluée à 700 millions $, et les milliers d’entreprises qui y sont actives.

Au cours des dernières semaines, deux entreprises ont déménagé dans des endroits qu’elles considèrent comme plus «sécuritaires» à Riverview et Dieppe. Notre récente enquête auprès des principaux propriétaires d’entreprises du centre-ville a révélé une préoccupation croissante envers les problèmes sociaux. Nous ne voulons pas en arriver au point où les investisseurs potentiels remettent en question leur intention d’investir des sommes importantes d’argent dans des projets du centre-ville.

Nous devons féliciter la Ville de Moncton qui a pris plusieurs mesures pour régler le problème, notamment en renforçant la sécurité et en s’engageant à investir 6 millions de dollars dans l’initiative Rising Tide, sous condition que le gouvernement provincial investisse la même somme. Une demande a été préparée pour la nouvelle initiative fédérale de logement rapide qui dispose de 500 millions $. La Chambre de commerce, Downtown Moncton Centre-ville inc., la GRC Codiac et la ville se rencontrent régulièrement pour examiner les actions. Des réunions récentes ont réuni des représentants provinciaux, y compris les députés du gouvernement de la région.

Le message adressé à la province est clair: vous avez la responsabilité principale du logement abordable, des services de santé mentale et de traitement des dépendances. S’engager à mettre en place 151 nouvelles unités de logement abordable sur trois ans dans le cadre d’un programme fédéral de logement abordable est une réponse insuffisante. Nous devons travailler plus fort pour offrir des services de santé mentale et de traitement des dépendances aux sans-abri, et non pour faire face aux conséquences lorsqu’ils se retrouvent à l’hôpital ou dans des centres de traitement.

Lors de notre dernière rencontre avec les députés du gouvernement, j’ai tenté de définir l’urgence du soutien provincial en termes financiers. Traitez l’engagement envers l’initiative de logement abordable Rising Tide avec des services complémentaires comme un «investissement» dans le Grand Moncton, ses personnes les plus vulnérables et sa réputation. Investissez maintenant pour protéger le statut de la région en tant que moteur de la relance économique et de la croissance pour tout le Nouveau-Brunswick.

Je sens que la province est à l’écoute, qu’elle voit tous les impacts de l’itinérance sur les particuliers, les entreprises et notre communauté. J’espère que ce sentiment d’histoire qui se répète continuellement saura se dissiper et que toutes les parties s’uniront pour résoudre l’un des problèmes les plus urgents de notre communauté.

John Wishart
PDG de la Chambre de commerce pour le Grand Moncton