Noël cette année

Valois Robichaud
Shippagan

Au moment d’écrire ces lignes, il reste six jours avant la veillée de Noël. Je ne suis pas tranquille avec ma conscience ou mieux dit, mon sens éthique, humain, simplement dit, avec mon cœur! Ce que j’ai lu et entendu, entourant le départ de l’un des prêtres de notre diocèse et la façon dont le tout s’est passé, me laisse, profondément déçu et amer.

Est-ce que je dois prendre la plume ou pas! Et pourquoi? Et pour qui? Quelle est ma motivation à revenir sur cet événement? Très certainement, si je viens écrire c’est pour aller à la rencontre des personnes qui ont connu cet homme, figure publique et religieuse, porteur d’un message d’amour!

Or, oui, je me dois de nommer son nom, avec tout le respect que je dois à Patrick McGraw, alors même que je ne lui ai pas demandé sa permission, car au fait, je vais parler de lui, et surtout, mais surtout des personnes qui ont eu le privilège de le connaître, et de vivre avec lui un petit bout de leur chemin de vie.

Je puis affirmer que lorsque j’ai vu dans les médias ce qui se passait à l’endroit du Père McGraw, je perdais tous mes repères pour saisir l’événement, me situer moi-même comme personne, et je n’avais aucun point sur lequel je pouvais m’appuyer. J’étais seulement bouleversé par ce que je lisais et entendais dans les médias.

Au sein de toute institution crédible, sérieuse, confiante, s’il y a une démarche à faire pour signaler un reproche, un manque à la règle, comme je l’ai lu, et bien, c’est dans le respect des personnes concernées, à l’abri des médias que le problème, ou la situation doit être regardé avec et auprès des personnes qui sont concernées.

Je crois que les paroissiens qui ont partagé leur vie de foi avec le Père McGraw ont dû bien certainement vivre une forme de violence, dans le sens suivant: un bon matin, ils apprennent que cet homme en qui il avait fait confiance, et bien cet homme est congédié, renvoyé.

J’ai trouvé très maladroit le processus qui s’en est suivi, à savoir que la personne s’est au fait confessée au grand public. Quelle humiliation.

Je me suis demandé et bien, elle est où la maturité dans ce qui se vit là, présentement au grand public. Qui est garant du respect de la conduite de ces événements. Je n’ai pas les réponses et je n’ai pas besoin de les connaître.

Oui, je suis profondément atteint par cet événement. Tout chemin d’humanité est fait d’ombres, de lumière, et il faut souvent une vie pour croître et devenir. J’ai toujours eu cette philosophie éducative qui veut que je fasse confiance aux personnes avec qui et grâce à qui j’évolue, j’apprends et je deviens.

Toute expérience est un mouvement pour s’ajuster, se réajuster, s’actualiser et c’est ce que j’appelle le processus de croissance. Pour y arriver, les personnes ont besoin de vivre un climat relationnel empreint d’empathie et d’accueil inconditionnel.

La scène qui s’est déroulée entourant le départ du Père Patrick McGraw était pour moi surréaliste! J’avais l’impression qu’on voulait briser un silence… et fracasser tous les records de la transparence, une fois pour toutes! Est-ce que ce silence tant imposé au cours du XXe siècle entourant les dérapages des hommes et des femmes engagés dans un ministère de l’Église aurait justifié cette sortie publique pour se déculpabiliser, se justifier, faire la leçon, se montrer en exemple, ou pour tout autre motif conscient ou inconscient?

La scène de la femme adultère sur la place publique me revient. Je vois Jésus assis sur le sol, la tête baissée, et sa présence d’amour est telle, que tous partent sans la juger, et celle qui est là, retourne avec une nouvelle lumière, celle d’avoir été accueillie par amour. C’est par l’amour et l’accueil inconditionnel de la personne de l’autre, qu’une vie nouvelle est souvent possible.

Nous n’avions pas besoin de connaître les raisons qui ont motivé les autorités à renvoyer son prêtre. Cet espace est sacré et là, je pense que l’on a manqué d’humanité, voire d’éthique. Si un adulte a été brimé, blessé, par les comportements d’un autre adulte, ou si des malversations financières ont eu lieu, c’est avec ces personnes-là qu’il faut se rencontrer, s’écouter, se recevoir, tout en maintenant une confiance pour qu’il y ait une forme de réparation et de guérison.

Les paroissiens d’ici comme ailleurs, ont à juste titre, réagi avec impuissance, et avec beaucoup de chagrin, au moment où cet homme d’Église était montré ainsi sur la place publique. Or, aucun être humain ne peut être écarté, seul son comportement doit être éclairé, ajusté, accompagné, même corrigé, si nécessaire, dans un cadre de travail où la collégialité, la fraternité puisse offrir une forme d’espérance aux personnes, qui ont été concernées par les événements. Ici, j’inclus bien entendu toutes les personnes qui ont été impliquées dans les circonstances qui ont amené au départ du prêtre, Patrick McGraw.

Enfin, l’Église, c’est nous tous, ici comme ailleurs, pour ceux et celles qui marchent vers la lumière, vers un mieux-être, quand c’est possible, apprenant à chaque jour à être plus humain.

Oui, la veillée de Noël approche à grands pas, et j’ai le cœur un peu plus en paix, maintenant, alors que j’ai mis en mots ce qu’il portait.