Les services sociaux seront-ils rétablis ou davantage effrités?

M. Bruce Fitch, ministre du développement social, nous venons de prendre connaissance du reportage dans l’Acadie Nouvelle faisant suite au rapport du Comité d’examen sur les décès d’enfants. Nous croyons utile de mettre certains faits en perspective.

Le 1er décembre 2010, votre ministère nous donna l’assurance que des services d’appui à la famille seraient institués en avril 2011. Or, en mars 2014, donc trois ans après, vous nous avisiez que vous n’aviez toujours pas l’intention d’offrir de tels services aux familles en difficulté.

Il est bon de rappeler qu’il y a une quarantaine d’années, le gouvernement offrait des services généraux aux familles monoparentales, aux adolescents et aux personnes ayant un handicap en guise de prévention, ce qui ne se fait plus actuellement.

Au fil des ans, les divers gouvernements qui se sont succédé ont éliminé bien des services sociaux que nous jugeons indispensables à la population. C’est le cas, notamment, pour le service de médiation familiale, les services de consultation aux couples qui vivent des conflits conjugaux, les services sociaux aux enfants qui ont subi de l’abus physique, sexuel ou psychologique par des personnes à l’extérieur de la famille, les services de dépannage à ceux qui sont à faible revenu (remplacés par des aides en nature), les services sociaux offerts aux jeunes et l’aide au transport permettant aux personnes vivant avec un handicap de participer à des programmes d’activités communautaires.

Ainsi, votre ministère n’a pas les ressources suffisantes pour combler les besoins essentiels des enfants et des familles sur les plans physique, situationnel, familial et social, ce qui fait que la détresse s’installe, puis les autres problèmes s’ensuivent. Il est bien connu que les situations de détresse qui perdurent dégénèrent en crises sociales.

Le fond du problème, comme l’a bien expliqué le Défenseur des enfants en novembre dernier, est le manque de travailleurs sociaux, qui se répercute par une diminution des services d’appui et l’incapacité à répondre adéquatement aux besoins des familles en difficulté. À cela s’ajoute une approche réactive, plutôt que proactive, qui fait que l’on ne tend pas la main à ceux qui ne demandent plus de services, puis la tendance à diriger ceux en détresse vers d’autres services pour pouvoir fermer les dossiers dès que possible. Un autre facteur est l’imposition de nombreux critères d’exclusion qui font que l’on n’intervient que lorsque le besoin de protection est évident, laissant pour compte ceux qui n’ont pas de problèmes aigus ou qui ne sont pas en situation de danger immédiat.

La réaction du gouvernement, telle que rapportée dans l’Acadie Nouvelle d’aujourd’hui, est décevante. Il reprend son ancienne logique selon laquelle il a l’intention de délester les travailleurs sociaux de tâches administratives, plutôt que d’augmenter le nombre de travailleurs sociaux.

À notre avis, le gouvernement devrait prévoir une plus grande place aux travailleurs sociaux qui sont habilités à traiter une foule de problèmes sociaux, que ce soit auprès des personnes âgées, ceux qui ont une incapacité, les minorités culturelles, les clients exigeants, les clients agressifs ou encore ceux qui ont des difficultés sur le plan de l’adaptation et de l’organisation. Veuillez nous faire savoir si vous avez l’intention de rétablir les services généraux tels qu’ils existaient anciennement.

Claude Snow, Comité des 12