Le risque de la bienveillance

En ce début de la nouvelle année 2021, je n’ai pas la conscience tranquille en lisant ce que je vois dans les médias et les réseaux sociaux. Il m’apparaît que la question du silence ou de la parole est toujours posée prématurément envers l’Église.

Dans les déclarations publiques, je suis frappé par l’image négative que les gens ont de l’autorité, celle de l’Église en particulier. Combien de fois ai-je perçu ce mouvement de recul ou de fermeture devant l’autorité?

Il y a comme une sorte d’allergie à tout ce qui touche la dimension ecclésiale. Il y a aussi un indice à prendre au sérieux et qui passe inaperçu, l’héritage de l’Église dans notre milieu.

Après la guerre, Albert Einstein, scientifique non croyant, s’exprimait ainsi: «L’Église catholique a été la seule à élever la voix contre l’assaut mené par Hitler contre la liberté». Voilà pourquoi je demande aux lecteurs de lire mon texte jusqu’à la fin.

J’ai toujours eu à cœur de réhabiliter l’être humain. Et il m’apparaît plus urgent aujourd’hui. Comme plusieurs, je suis de ceux qui refusent d’être absorbés par des propos accablants, alors que tant d’initiatives réjouissantes sont passées sous silence.

Ayant travaillé dans plusieurs pays comme coopérant humanitaire, j’ai pu constater les œuvres merveilleuses accomplies par de nombreux missionnaires religieux. Sans l’Église, en Acadie, que serions-nous devenus sur le plan social, culturel, littéraire et économique?

On a jeté le bébé avec l’eau du bain en réduisant l’Église à sa part d’ombre. On ne peut nier les merveilles qu’elle a suscitées dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’action caritative. L’Université de Moncton avec ses campus, nos hôpitaux, notre industrie de la pêche, nos coopératives, UNI, en sont des signes frappants. Tout récemment, la friperie du Sacré-Coeur à Bathurst et l’église communautaire à Bas-Caraquet, Les Éditions de la Francophonie, sont l’œuvre d’un homme et de son épouse, reconnus comme très engagés en Église. Je ne peux oublier la Fondation Cécile Renault, l’Accueil Sainte-Famille pour les victimes de violence conjugale.. Grâce à son souffle d’amour qui la travaille de l’intérieur, l’Église à Bathurst est une force dans la pâte de la société.

En évoquant les réalisations de l’Église en éducation, en santé et en culture, je ne prétends pas faire œuvre d’historien. Il s’agit pour moi d’une évocation trop schématique que les lecteurs de l’Acadie Nouvelle compléteront par leurs propres découvertes.

Choisir de poser un regard bienveillant sur l’Église actuelle peut paraître risqué. C’est de l’ordre de l’appréciation que je salue les responsables d’Église en faisant confiance à leur potentiel et à leur courage, malgré la critique… pas toujours méritée. J’ai beaucoup d’admiration pour ces personnes en autorité, qui se tiennent debout dans l’adversité. Jamais nous n’avons eu autant de possibilités de communication. On parle beaucoup de droits et de liberté, en oubliant, parfois, le sens profond de la vérité, cette vérité qui rend libre.

Je laisse à la bienveillance des lecteurs de m’ouvrir aux réponses des autres, dans le désir de favoriser le vivre-ensemble paisiblement dans la diversité et parfois, dans le malentendu. Je prie la vie pour une bienveillance qui réveille en chaque humain rencontré, sa capacité relationnelle altruiste.

Je suis convaincu que chacun de nous peut oser la bienveillance envers lui-même et envers autrui, mobilisant les ressources de la psychologie et des sciences humaines. Quand je risque la bienveillance, c’est à moi qui échoit un autre regard sur les humains que nous sommes.

Enfin, j’ai le cœur plus en paix en mettant des mots sur ce qu’il portait silencieusement.

Léon Robichaud
Shippagan