Immigration familiale en Acadie: naviguer entre promesses et réalités

Un article récemment paru dans un journal anglophone diffusé au Nouveau-Brunswick a suscité de nombreuses réactions parmi un bon nombre d’immigrants. Il y était question de «Cesser de vendre du rêve» en plus de dénoncer la contradiction importante entre les promesses faites lors du recrutement outre-Atlantique et certains aspects de la réalité à laquelle sont confrontés les immigrants après leur arrivée dans la province. L’article relatait le vécu de professionnels venus au pays dans l’espoir de mettre leurs talents au service du Nouveau-Brunswick.

C’est un sujet commun pour les nouveaux arrivants: la différence qu’il y a entre discours, faits bruts et réalité vécue. Les nombreux obstacles qui existent entre les besoins bien réels au Nouveau-Brunswick, les solutions que peuvent y apporter les immigrants, et la manière dont on leur permet – ou pas – de le faire.

La réaction qu’a générée cet article était à la mesure de la problématique qu’il soulevait: la place de l’enfant, une question fondamentale pour de nombreux candidats à l’immigration au Nouveau-Brunswick.

L’immigrant n’est pas seulement une force de travail qui vient combler un vide technique, mais une personne qui arrive avec l’ensemble de ses aspirations pour lui-même, ses proches et sa communauté d’accueil. Eh oui, avec un ou des enfants.

Ces mêmes recruteurs qui vantent l’avenir professionnel qui attend les candidats à l’immigration font miroiter aux parents la qualité de vie qui attend les familles dans des villes à taille humaine, et l’accueil qui sera réservé à leurs enfants dans une province qui cherche une relève.

Ensuite viennent les faits: le défi démographique est bien réel. Les économistes clament haut et fort qu’il faut à tout prix rajeunir la population vieillissante du Nouveau-Brunswick pour bâtir une relève en main-d’œuvre. Notre économie est à risque! Et la province mise grandement sur l’immigration pour y parvenir. Ceci implique le recours à une immigration avec enfants ou la volonté d’en faire.

Et puis vient la réalité. Celle des besoins primaires, comme mettre un toit au-dessus de la tête de sa famille. La pénurie de logements abordables frappe aussi les immigrants. Bon nombre de propriétaires de logement exigent aux immigrants de fournir des références et un relevé de paie canadiens; des exigences injustes et discriminatoires à l’égard de ces derniers. Pourquoi l’autorité provinciale accueillante n’ajouterait-elle pas dans sa trousse d’accueil, une déclaration signée visant à rassurer les propriétaires de logements sur la capacité de payer des immigrants et d’autres informations utiles?

À cela s’ajoutent les restrictions imposées injustement par plusieurs propriétaires de locaux d’habitation dans leurs annonces: «Adultes seulement. Petits animaux domestiques permis.» Dans la réalité il est donc plus facile de faire passer auprès d’un propriétaire la présence d’un chat ou d’un chien que celle d’un enfant. Il serait grand temps que le médiateur des loyers du Nouveau-Brunswick et le Commissaire aux droits de la personne du Nouveau-Brunswick interviennent pour corriger ces pratiques discriminatoires.

Si elle réussit à se loger, la famille immigrante n’est pas au bout de ses peines. Il ne faut surtout pas que son enfant tombe gravement malade avant que la famille immigrante ne puisse bénéficier des protections offertes par le régime de l’assurance-maladie.

Il faut également mentionner les nombreux défis liés au système de garderie du Nouveau-Brunswick. Une nécessité incontestable pour qui veut travailler (c’est bien pour ça qu’on leur a permis de rentrer n’est-ce pas?). D’autant plus qu’en venant ici l’immigrant laisse derrière lui son réseau familial et amical sur lequel il peut compter pour la garde des enfants.

Plusieurs participants à un groupe de discussion ont expliqué qu’il leur était régulièrement arrivé de payer un tiers pour garder leurs enfants à un tarif supérieur à ce qu’ils percevaient eux-mêmes au travail. Assez rapidement, le dilemme de l’intégration économique des parents émerge.

Avec un salaire d’entrée souvent proche du minimum provincial, le report de la participation à la vie économique de l’un deux pour économiser les frais de garde devient un choix par défaut. La situation des familles monoparentales est encore pire.

En résumé, dans le contexte de l’approche actuelle mieux vaut arriver sans enfant et espérer un jour être suffisamment riche pour pouvoir en concevoir.

Se diriger vers des provinces qui font de l’accueil de l’enfance une plus grande priorité semblera plus simple à beaucoup.

Notre province a pourtant tellement à offrir. Si des familles restent – et parfois s’accrochent, c’est souvent parce qu’elles y retrouvent tout de même une part du lait et de miel qui leur était vanté.

La province est magnifique, la vie y est belle et la plupart des gens qui vous croisent auront pour vos enfants un sourire ou un mot gentil.

L’enseignement y est aussi une valeur ajoutée. Si beaucoup d’immigrants vous diront qu’il est moins académique, certains oublient parfois qu’ils sont justement venus chercher autre chose qu’un système scolaire qui broie leurs enfants et que celui du Nouveau-Brunswick est l’un des plus inclusif et aimant que l’on puisse trouver. Chacun y a sa place et l’on y forme avant tout des adultes heureux.

Le défi est de taille pour convaincre les immigrants de rester ici avec leurs petits. Il faudra des mesures concrètes pour permettre à ceux qui un jour vous soigneront ou travailleront (alors que vous serez à la retraite), de prendre le relais en restant icitte.

Benoit Bolland,
Chargé de cours, Université de Moncton

Charles Gervais,
Chef du contentieux Assomption Vie

Leyla Sall,
Professeur de sociologie, Université de Moncton