L’art de fragmenter une société

Motivé à une certaine époque à effectuer des recherches sur cette crise sanitaire, mes efforts s’arrêtèrent quelques mois plus tard. Nous étions en décembre 2019, à une époque où le nombre de cas se comptait pratiquement sur une main. À l’aube de la venue d’une certaine anomalie ayant le pouvoir de perturber différentes couches de la société, il aurait alors relevé du sensationnalisme pour quiconque d’oser prédire l’avenir. Les Nostradamus de notre époque auraient eu bien du mal à y voir clair. Que ce soit au niveau économique, travail, éducationnel, santé ou personnel, nous ne savions pas que le plus grand défi de notre génération nous attendait au coin de la rue.

En toute honnêteté, vous pourriez dire que j’étais pessimiste. Je préfère dire que j’étais réaliste. Effectivement, la ligne entre les deux est très mince jusqu’à présent. Dans une crise sans précédent, ou presque si on exclut la grippe espagnole, nous étions sur le point de juger nos voisins, de critiquer sans cesse les décisions de nos dirigeants, et de devenir de plus en plus impatients. Bien sûr, il y a eu des temps plus difficiles. Rien qu’à revenir en arrière de quelques générations et nous aurions été témoin de la Grande dépression et des deux Guerres mondiales.

Soudainement, en plein milieu de cette confrontation, il fut alors possible aux gouvernements d’émettre des lois en l’espace de quelques heures, ce qui aurait pris des mois auparavant. L’appui financier apparut soudainement par miracle. Nous avions alors le pouvoir de tout arrêter, ce qui aurait été impensable jusqu’à lors.

Ce n’est pas tellement les phases temporaires de notre évolution qui m’effraient dans cette crise. C’est ce qui s’en vient demain. Ne nous faisons pas d’idées, certaines choses prendront des générations à guérir. Nous avons affecté une école de pensée.

Cette crise a le pouvoir et tous les éléments nécessaires pour fragmenter une société. Ce que nous avons pressenti au début, cette division vaccinale qui affectera quiconque, devient de plus en plus réaliste. Peu importe la forme de passeport immunitaire, tel que bracelet ou carte d’identité, ceux vaccinés auront des bénéfices. Peu importe si le vaccin est saisonnier ou pas, peu importe sa longévité d’efficacité, il procurera des avantages sur autrui.

Ce type de langage est devenu courant dans nos conversations quotidiennes. Ce qui était précurseur d’une certaine réalité le devient davantage alors que la course au vaccin continue de faire rage. Dick Pound, doyen du Comité international olympique (CIO), l’affirma le 7 janvier lors d’une entrevue à Radio Canada. Sa perception est qu’il se pourrait que dans les mois à venir que le fait d’être vacciné représente un privilège, tel que social. Comme je le mentionne depuis un an, une telle situation donnera accès à des avantages.

«Avez-vous votre passeport COVID‑19? Oui, parfait, vous pouvez avancer à votre table et un serveur viendra prendre votre commande?»

Permettez-moi d’être plus direct. Si vous ne l’avez pas, on vous invitera certainement à retourner chez vous, car à cet endroit, vous n’entrerez pas. Est-ce possible d’entrevoir une telle situation? Au rythme actuel où vont les choses, je vous dirais que oui.

Fort probable qu’un jour l’accès à des services et vivres essentiels nous seront interdits faute de vaccination. Une assimilation complète serait alors en vigueur. Personnellement, c’est la sombre réalité que je déplore dans toute cette gestion. Plusieurs s’entendent à dire qu’il s’agit de la pire gestion de crise de toute l’histoire de l’humanité. Peu importe, les justifications pour ces lois et toutes les opinions du peuple que je respecte à leur juste valeur, à quoi bon tout ça va servir si nous perdons notre liberté décisionnelle ainsi que la perte de certains privilèges!

En fin de compte, nous ne demandons pas grand-chose, si ce n’est que de faire preuve de rationalisme. Jusqu’à présent, nous avons accepté les faillites personnelles et commerciales que vous nous avez imposées, ces pertes d’emplois, ces chicanes de voisins, ces ruptures de couples, ces augmentations de dépressions et de troubles de santé mentale pour ne pas dire d’augmentation de suicides, ces intrusions dans nos vies privées et ces isolements forcés. Nous espérons que vous savez ce que vous faites, car jusqu’à présent, certains perçoivent cette crise gérée de façon subjective ce qui n’est pas très inspirant.

Si vous nous dites que vous êtes surchargés, épuisés et exténués d’être au centre de ces conférences de presse et de prises de décisions d’envergure affectant tout un peuple, aucun problème, nous sommes tous humains. Nous accepterons vos démissions en faveur de dirigeants préconisant l’objectivité. Après tout, nous sommes en 2021. Nous avons droit à de l’innovation, de nouvelles écoles de pensée, des gens qui ne se sentent pas intimidés à l’idée de résoudre des problèmes complexes. Quoique certains sympathisants appuient une telle décision, il n’en demeure pas moins qu’une grande région provinciale – le Nord-Est – a été confinée basée sur des analyses prédictives, une région avec aucun cas. J’espère que l’histoire vous donnera raison.

Michel Fournier
Petit-Rocher