Des changements importants s’imposent dans la gestion des soins de santé

Madame la ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Dorothy Shephard, le système de santé actuel au Nouveau-Brunswick écarte les citoyens ordinaires des décisions prises par un régime centralisé dans le domaine de la santé. Les citoyens ont le droit de participer à la définition des services offerts dans le centre de service de leur communauté respective.

Le débat relatif aux services de la santé peut se réaliser en impliquant les citoyens de la province. Les citoyens francophones du Nouveau-Brunswick sont suffisamment éduqués et informés pour participer aux délibérations en lien avec les services offerts aux citoyens des communautés francophones et de ses régions.

Le Nouveau-Brunswick est une petite province ayant une faible population comparativement aux autres provinces du Canada, mais ses citoyens méritent des services de santé comparables aux plus grandes provinces.

Certains préconisent de créer un conseil d’administration pour chaque établissement. Ce concept, à mon avis, serait exagéré pour une si petite province. Pour ma part, je suis convaincu qu’il est possible de créer un modèle administratif pouvant répondre aux besoins des citoyens de la province à la limite des ressources disponibles.

Les citoyens francophones comprennent qu’il n’est pas possible d’offrir tous les services de santé dans tous les hôpitaux de la province. La démographie de la province francophone doit nécessairement guider les décisions relatives aux divers services offerts dans chacun des établissements en santé, mais ces décisions doivent d’abord être discutées en impliquant les communautés.

Afin d’assurer la participation des communautés, il est essentiel de modifier la structure opérationnelle de l’organisme afin de rapprocher l’appareil décisionnel de la communauté. Une façon de réaliser ce rapprochement et de donner aux citoyens une présence dans le système est de nommer un gestionnaire, directeur général, dans chacun des établissements. Dans certains cas, il serait concevable de jumeler plus d’un établissement sous une direction générale. Chacun des directeurs généraux aurait la responsabilité de rejoindre sa communauté respective dans le but d’aller chercher l’opinion de la population relativement aux décisions envisagées par la régie. Bien entendu, le directeur général devient le gestionnaire principal de son établissement.

Je conviens qu’il est essentiel de gérer les centres de services de santé, les hôpitaux, à partir d’un bureau central, qu’il s’agisse d’une régie ou encore directement du gouvernement. Personnellement, je privilégie un organisme éloigné de l’appareil gouvernemental. Une gestion liée directement au gouvernement invite les ingérences politiques.

Selon mon modèle, la direction générale, régie ou autre prend les grandes décisions du système, bien entendu, en ayant consulté les régions et les directions générales des établissements qui gèrent les hôpitaux et communiquent avec les citoyens de leurs régions respectives.

Il est inconcevable sur le plan financier d’assurer tous les services de santé dans chacun des hôpitaux de la province; en particulier les grandes spécialités en santé. Les citoyens francophones de la province comprennent que certains services, notamment les grandes spécialités, doivent être assurés dans un seul établissement provincial. Autrefois les citoyens du Nouveau-Brunswick devaient sortir de la province pour tous les services de spécialité. Je suis un de ceux qui préconisent d’assurer un établissement francophone de grandes spécialités dans la province. Il faut comprendre que les spécialistes en santé cherchent à s’installer dans les plus grands centres, là où se trouve un plus grand nombre de collègues spécialistes et où sont installés les plus grands laboratoires.

Le système se doit de monter un mécanisme de consultation permettant aux divers centres de services de santé de participer aux délibérations voulant définir les services à offrir dans chacun des établissements, autrement on va assister aux mêmes récents conflits. Il est essentiel de bien consulter la population avant de prendre des décisions qui impliquent l’ensemble des citoyens. Certains services doivent être disponibles dans tous les centres de service; les services d’urgence pour nommer que celui-ci.

Au Nouveau-Brunswick la population francophone est répartie principalement en trois grandes régions; le Sud-Est, le Nord-Est et le Nord-Ouest. La répartition des services de santé devrait être concentrée dans ces trois régions.

Sachant qu’il est inconcevable d’offrir tous les services dans tous les hôpitaux, il faut entamer un processus par lequel les régions présentent en priorité tous les services qu’elles désirent offrir à leur communauté. Les services souhaités se regroupent en trois catégories: les services de base, offerts dans tous les hôpitaux, les services pouvant être présentés sur le plan régional et les services de grandes spécialités, offerts dans l’établissement de spécialités provinciales. Le bureau de direction avec les régions devra évaluer toutes les demandes formulées par les régions et finalement assigner les services offerts dans chacun des hôpitaux. Lorsque la population sera bien informée et qu’elle se sentira écoutée, les décisions prises par la Régie seront mieux acceptées.

Des changements importants s’imposent dans la gestion des soins de santé. Le temps est venu d’effectuer des ajustements au système afin de nous assurer de mieux servir la population en matière de santé.

Michel Richard
Directeur général du CCNB à la retraite
Président du CSNB 2017-2019
Moncton