Une histoire tragique et trop méconnue

Au Canada, comme aux États-Unis, chaque février, nous sommes tous invités à célébrer le Mois de l’Histoire des Noirs. Les médias nous le rappellent sans cesse, car l’histoire de ce peuple est tragique, trop méconnue et insuffisamment appréciée.

Qu’il me soit permis de rappeler brièvement deux simples événements, honteux et racistes, l’un survenu au Canada, en 1946, le second, aux États-Unis, en 1955.

D’abord, le premier fâcheux incident. Dans la ville de Halifax, une jeune femme noire, Viola Davis Desmond, née en 1914, âgée d’une trentaine d’années, se présente dans une salle de cinéma. À cette époque, les personnes de race noire n’avaient nullement le droit de s’asseoir au même endroit que celui des blancs. Seul le balcon leur était autorisé. Or, la courageuse Viola refuse carrément de se rendre au balcon et de se plier à une loi injuste et raciste. Elle est expulsée et condamnée à 30 jours de prison en plus d’être obligée de payer une amende. L’Association des Noirs de cette province s’en mêle et porte la cause devant la Cour suprême qui maintient la décision discriminatoire.

Par contre, en 2010, la Nouvelle-Écosse a reconnu cette injustice flagrante et lui présenta officiellement des excuses. C’était un peu tard, car Viola, sans doute blessée, avait quitté Halifax pour vivre à New York où elle est morte en 1965 à l’âge d’une cinquantaine d’années. Les excuses sont arrivées, mais 45 années trop tard.

Quand vous aurez entre vos mains un billet canadien de dix dollars, regardez attentivement le visage humain qui s’y trouve. Oui, c’est Viola.

La seconde histoire ressemble étrangement à la première. Il s’agit encore d’une femme, Rosa Parks, qui vivait dans la ville américaine de Montgomery, en d’Alabama. Une chose étrange est à noter. Madame Parks est née en 1913, soit un an avant Viola. Dans cette ville américaine, dans les autobus, on y pratiquait la discrimination raciale. En avant, les sièges étaient réservés aux blancs alors qu’en arrière les noirs devaient s’y rendre. Si l’autobus était rempli, les noirs devaient céder leurs sièges.

Or, un jour, en 1955, Rosa Parks, âgée de 42 ans, choisit d’occuper un siège prévu pour les blancs. Le conducteur lui ordonne donc de se rendre en arrière, mais elle refuse catégoriquement d’obéir à une loi injuste. Comme dans le cas de Viola, elle est jugée et condamnée. Solidaires et courageux, comme ils le sont toujours, les noirs protestent, boycottent, poursuivent la compagnie d’autobus devant la Cour Suprême. Contrairement à ce qui s’est passé à Halifax, en 1946, cette Cour, en 1956, donne raison aux plaignants et annule les lois injustes et ségrégationnistes. Quant à Rosa Parks, ne pouvant pas se trouver d’emploi, quitte sa ville de Montgomery. Elle meurt à Detroit en 2005 alors qu’elle dépassait les 90 ans, soit presque le double de Viola Desmond.

D’après mon analyse, ces deux femmes noires représentent le courage, la lutte, la justice. Je formule un vœu. Que les familles, les systèmes scolaire, universitaire et collégial éduquent notre jeunesse au sujet du racisme, et cela, non seulement durant le mois de février, mais aussi durant tous les autres mois de l’année. Disons-le haut et fort. Le racisme est un virus vraiment contagieux et comparable à bien d’autres. Jetons un coup d’œil chez notre voisin et ailleurs. Peut-être se trouve-t-il aussi chez nous!

Alcide F. LeBlanc
Moncton