Une grande partie de notre santé ne dépend directement pas de nos choix

Le modèle de la santé de la population du conseil de santé du nouveau Brunswick a rassemblé les déterminants de la santé en quatre catégories distinctes. Dans ce modèle, les facteurs sociaux économiques et les comportements liés à la santé représentent à eux seuls 80% des déterminants (40% chaque). Pour ce qui est des services de santé? L’accès aux services, la qualité des services et la satisfaction des services représentent quant à eux 10% du modèle et, chaque année, il absorbe environ 40% de notre budget annuel total. Il est peut-être nécessaire d’explorer d’autres avenues dans le cadre de l’amélioration de la santé des Néo-Brunswickois. Ce ne sont pas des idées nouvelles.

Revenons à novembre 2002, à l’époque où une grande réforme du système de santé canadien commençait à peine. Le commissaire Roy J. Romanow, C.R., déposait son rapport final intitulé Guidé par nos valeurs: L’avenir des soins de santé au Canada.

Au printemps suivant cette publication, entre les deux phases de l’éclosion de SARS à Toronto, une époque de l’histoire qui n’est pas sans rappeler notre époque actuelle, M. Romanow recevait un prix international pour le service public. Ce prix lui a été décerné en reconnaissance de ses services exemplaires à la tête de la Commission sur l’avenir des soins de santé. À l’occasion de cette récompense, il avait été invité à prononcer un discours dans lequel il a parlé des grandes questions qui ont été abordées au cours de son processus de consultation avec des milliers de Canadiens. Il mentionnait alors que, selon lui, notre système de soins de santé était l’une des grandes institutions de notre pays et qu’il représentait un élément essentiel de notre démocratie. Il était donc important de bien faire les choses puisque nous parlons de la santé de nos citoyens et de notre pays. Nous n’avons qu’à regarder un pays où il existe de grandes iniquités en santé, comme chez nos voisins du sud par exemple, et la division que cela crée.

Le système de soins de santé est un service pour les Néo-Brunswickois et il devrait viser à satisfaire leurs besoins en matière de santé et à améliorer la santé globale de la population. Il est à noter que M. Romanow faisait remarquer que même si les 47 recommandations de son rapport étaient suivies dans une réforme de soins de santé, il ne serait pas possible d’améliorer la santé des Canadiens avec seulement ces actions. Les problèmes et les besoins sont tout simplement plus importants que le système de soins de santé et ils devraient être traités de cette façon.

Chaque fois qu’une réforme est entreprise, il y a des intérêts concurrents et beaucoup de voix à prendre en compte autour de la table. Ces voix doivent travailler ensemble, en harmonie, vers une vision commune. Au fur et à mesure qu’il avançait dans son discours, il arrivait au message principal où il produisait une liste de recommandations pour devenir et rester en bonne santé. Il s’agissait d’une synthèse de ses consultations et de recommandations découlant de sa consultation exhaustive sur l’avenir des soins de santé au Canada. En voici une traduction:

1. Ne soyez pas pauvre. Les gens riches vivent plus longtemps que les pauvres et ils sont en meilleure santé à chaque étape de leur vie.

2. Choisissez bien vos parents. Assurez-vous qu’ils nourrissent votre sentiment d’identité et d’estime de soi et qu’ils vous entourent de stimuli intéressants. Les expériences prénatales et de la petite enfance ont un effet puissant sur la santé et le bien-être ultérieurs.
3. Obtenez votre diplôme d’études secondaires, puis allez au collège ou à l’université. L’état de santé s’améliore avec votre niveau d’éducation.

4. Ne travaillez pas dans un emploi stressant, mal rémunéré et manuel dans lequel vous avez peu de pouvoir décisionnel ou de contrôle. Les mauvais emplois sont synonymes de mauvaise santé.

5. Ne perdez pas votre emploi et ne devenez pas chômeur. Les chômeurs souffrent du stress et de l’isolement et peuvent devenir pauvres et rappelez-vous ce que j’ai dit sur le fait d’être pauvre.

6. Assurez-vous de vivre dans une communauté où vous faites confiance à vos voisins et où vous vous sentez à votre place. Une communauté civile et de confiance favorise la santé et l’espérance de vie.

7. Vivez dans un logement de qualité, mais pas à côté d’une rue achalandée, dans un ghetto urbain ou près d’une rivière polluée. L’air, l’eau et le sol sont vitaux pour votre santé, tout comme les éléments d’origine humaine de notre environnement physique.

Quiconque lit ces conseils et les prend en considération remarquera immédiatement qu’une quantité considérable d’entre eux sont hors de notre contrôle.

Par exemple, nous ne déterminons pas notre lieu de naissance ni notre statut socio-économique dans la vie. Ces choses sont hors de notre contrôle. Cette prise de conscience était intentionnelle de la part de M. Romanow. Une grande partie de notre santé est en dehors de nos choix et nous devons compter sur le gouvernement et les acteurs sociaux pour nous y conduire avec des changements de politique sociale.

Que pouvons-nous faire pour réduire les iniquités en matière de santé au Nouveau-Brunswick?

Orienter nos efforts vers l’amont pour lutter contre les conditions sociales et économiques qui causent les iniquités en matière de santé. Ces questions doivent être discutées dans le cadre de la réforme en cours au Nouveau-Brunswick. Ne manquons pas notre chance.

Annie-Pier Fortin, M.Sc
Moncton

Grant Handrigan, PhD
Professeur agrégé
École de kinésiologie et de loisir
Université de Moncton