Pour une immigration qui tient compte des réalités francophones

Lundi, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada rendait public un rapport d’évaluation du Programme Pilote d’Immigration au Canada Atlantique (PPICA), nous informant de la «réussite» de ce programme, qui rappelons-le, est passé de «pilote» à «permanent» en 2019.

Cette annonce marque encore une fois l’insensibilité des politiques en immigration à la cause francophone. L’immigration n’est abordée que d’un point de vue économique, sans en considérer l’impact sur nos communautés francophones en situation minoritaire. La cohésion sociale de notre peuple continue d’être menacée par ces politiques assimilatrices. Les politiques en immigration doivent être au service de la population dans ce qu’elle a de spécifique dont la langue fait indéniablement partie. Cela s’applique aux quatre provinces de l’Atlantique.

Ce programme offre un permis de travail fermé, c’est-à-dire associé à un employeur. L’employé nouvellement arrivé ne peut donc pas quitter son emploi avant l’obtention de sa résidence permanente, ce qui arrive en moyenne au terme de trois ans de traitement de dossier. Ainsi, lorsque le rapport mentionne qu’«après deux ans, 82% des demandeurs principaux vivaient toujours au N.-B.», cela nous indique que les auteurs sous-estiment les observations que nous avons maintes fois formulées sur le dossier par le biais de notre CAIF (Comité atlantique sur l’immigration francophone). Depuis la mise en œuvre du programme, le 6 mars 2017, combien de cette première cohorte d’immigrants et d’immigrantes sont encore présents dans nos régions?

Nous savons pertinemment que ce nombre est bien moindre puisque le même rapport indique que de 2002 à 2014 «l’Île-du-Prince-Édouard a affiché un taux de rétention de 27%, suivie de Terre-Neuve-et-Labrador avec 57%, comparativement à l’Ontario et à la Colombie-Britannique, qui avaient des taux de rétention de 93% et de 91%, respectivement. (N.-B.: 59% et N.-É. 65%)».

Plus encore, la majorité des pays ciblés par le recrutement, qui relève d’une compétence provinciale, ne sont pas francophones: Philippines, Inde, Chine, Corée du Sud, Ukraine, Nigéria, Égypte. Cette stratégie est renforcée par l’approche des provinces en matière de recrutement, comme nous le démontre le N.-B., qui tiendra ses foires de recrutement 2021 en Ukraine, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, aux Émirats arabes unis, au Nigeria ou en Afrique du Sud.

Nous contestons la façon dont les provinces dirigent les employeurs dans leur recrutement de main-d’œuvre, car les demandeurs auprès du PPICA doivent joindre une lettre de recommandation délivrée par une province de l’Atlantique à leur demande de permis de travail.

Les employeurs, surtout les employeurs francophones, doivent être invités à choisir de la main-d’œuvre francophone provenant de pays où le français fait partie de la culture.

Depuis plus de trois ans, la Société Nationale de l’Acadie demande à ce qu’une lentille francophone soit intégrée au programme, qui éprouve des ratés dans la construction d’un nouveau processus migratoire.

Nous continuons de sensibiliser le développement des politiques à ce sujet, notamment dans l’élaboration en cours d’un programme de candidats municipaux. Nous sommes inquiets de constater que ce nouveau programme fait fi de nos réalités comme société d’accueil.

Il en va de notre survie, après tout.

Louise Imbeault
Présidente de la Société Nationale de l’Acadie