Julie Payette ne mérite pas une pleine pension

Julie Payette, pour sauver la face, a démissionné, en compagnie de sa chef de cabinet, du poste de gouverneure générale pour éviter un plus gros scandale qu’aurait été celui d’être mise à la porte. Et c’est exactement ce qui se devait d’arriver. Quand on est le chef de l’État et qu’on a comme rôle d’apposer des signatures devant donner force de loi aux législations, dont certaines interdisant l’intimidation, l’abus et le harcèlement en milieu de travail, et, qu’en retour, on se comporte comme un enfant gâté ou comme un tyran, il y a là quelque chose de pervers.

Et, pourquoi pas, quant à y être, reprocher au premier ministre Trudeau d’être allé vite en affaires lors de sa nomination. Le comportement de Julie Payette n’a pas commencé à Rideau Hall. Elle a agi de pareille façon au Centre des sciences de Montréal et au Comité olympique canadien. Ne le savait-on pas ou ne voulait-on pas savoir pour mettre rapidement en poste une «étoile» que certains ont caractérisé d’«étoile filante», tellement le mandat a été de courte durée. Malgré les reportages de CBC où on a dévoilé le comportement inacceptable de Mme Payette et malgré les plaintes de nombreux employés de Rideau Hall, Justin Trudeau l’a quand même qualifié, devant la nation entière, d’excellente gouverneure générale qu’il n’avait pas l’intention de remercier.

Il aura fallu, pour qu’on décide de passer à l’action, une enquête par une firme indépendante, au coût de centaines de milliers de dollars, qui allait nous informer que l’atmosphère dans l’enceinte de Rideau Hall n’était rien de moins que toxique. Le doigt pointait la gouverneure générale et sa secrétaire, l’avocate Assunta Di Lorenzo qui, toutes deux, manifestaient un même comportement hostile allant jusqu’à crier devant les collègues que le travail présenté n’était qu’un «tas de merde».

Il y a toujours eu dans une société des gens qui se rangent du côté des harceleurs et des agresseurs. On voit cela dans les cours d’école où de petits tyrans (bullies) imposent la terreur, loin des yeux des autorités, évidemment, avec la complicité de curieux qui se vantent de n’avoir rien fait autre que d’avoir été témoins comme si ce n’était pas de la lâcheté.

Ce genre de comportement est généralement banni comme il se doit. On aurait raison de vouloir présenter aux jeunes des modèles comme, par exemple, une astronaute devenue gouverneure générale, mais pas celle-ci. Trop décevant.

Un tel phénomène en amène plusieurs à remettre en question le poste même de gouverneur général. Le Canada deviendrait alors une république. Il n’est pas certain qu’une république coûterait moins à opérer. Ce qu’il faudrait plutôt questionner, c’est le symbolisme du poste.

La représentante de la Reine et chef d’État empochait un salaire de 290 000$ par an. De quoi se payer une belle vie. Et, à la fin d’un mandat de cinq ans, on lui garantissait une pension de 143 000$ pour la vie. Bénéfice fort intéressant.

On se demande toutefois si on est tenu d’offrir pareille pension à une personne ayant dû quitter le poste dans la disgrâce. On se demande, aussi, s’il importe d’appuyer financièrement l’ancienne gouverneure générale advenant le cas où elle voudrait lancer une fondation comme l’ont fait ses prédécesseurs.

Elle nous a coûté cher et ses goûts sont plutôt dispendieux. Son installation a coûté 649 000$. De quoi faire «un méchant party»! Quand ce sont les deniers publics qui paient la facture, on peut bien vouloir, comme l’aurait voulu la représentante de la Reine, une porte spéciale pour que les chats de Madame puissent avoir accès à l’extérieur à partir des quartiers d’habitation au deuxième.

Si le gouvernement canadien est légalement tenu de payer à Julie Payette la pension dont il est question, qu’il la lui accorde selon le montant de temps qu’elle a été à l’emploi, c’est-à-dire trois de cinq années, ou 3/5 de 143 000$.

Et, quant à y être, pourrait-on suggérer au premier ministre de passer un règlement ou une loi qui autoriserait les seuls gouverneurs généraux qui ont fait du service militaire à porter l’uniforme. Ce privilège appartient à ceux qui en font le sacrifice et qui sont prêts à défendre le pays dans l’éventualité d’un conflit. Autrement, c’est du spectacle purement et simplement.

Hector J. Cormier
Moncton