Au service des gens et non de l’État

M. Trevor Holder, ministre de l’Éducation postsecondaire, Formation et Travail, vos propos récents à l’effet que les travailleurs sociaux n’en font pas assez pour réduire la pauvreté n’ont absolument rien à voir avec la profession que je pratique depuis 50 ans. Les travailleurs sociaux sont malheureusement à la merci des lois et des structures qui ne leur permettent pas, bien souvent, d’exercer leur profession telle qu’ils le souhaiteraient.

Je lève mon chapeau à ceux qui interviennent auprès des enfants exclus du système scolaire et expulsés de leur famille, qui sont témoins d’abus et de violence familiale et qui développent des problèmes graves sur le plan affectif. Je salue également ceux qui interviennent auprès des adultes qui sont demeurés enfants et qui sont incapables de voir à leurs besoins.

Que penser maintenant de ceux qui ont la lourde responsabilité de prendre en charge ceux qui doivent être protégés, un travail qui se fait dans des conditions extrêmement éprouvantes, souvent au milieu d’injures et de menaces. Protéger les plus faibles dans la société se fait au beau milieu d’interventions de crise auprès de personnes qui vivent des situations troublantes et dont les problèmes sont multiples et complexes.

Elles sont rares les professions qui prennent parti en faveur des démunis, qui ont un pied dans la vie personnelle des individus et l’autre sur le plan communautaire, et qui tentent de convertir les valeurs humaines en politiques publiques. Je ne crois pas qu’il y ait une autre profession au monde qui soit à la fois au four et au moulin et qui touche autant d’aspects de la vie humaine. Tout en éteignant les feux, les travailleurs sociaux essaient d’influencer les élus pour qu’ils améliorent le filet de sécurité sociale et qu’ils rendent les services personnels plus humains et accessibles à tous.

Si j’ai opté pour pratiquer cette profession, c’est qu’elle s’est donné le mandat d’encourager et de déranger, de tendre la main et de faire pression, de veiller aux droits tout en surveillant l’État et de se porter à la défense des plus faibles. C’est une profession qui réclame l’équité, plutôt que les bonnes grâces, qui a le courage de se lever et de dire: «Attention, c’est mal!», qui plaide pour la diligence et l’honneur et qui demeure centrée sur les besoins de la personne, plutôt que sur ceux du système.

J’aime le fait que cette profession garde un oeil vigilant et qu’elle tire la sonnette d’alarme quand il le faut, qu’elle milite pour une société plus juste, qu’elle oblige à transformer les privilèges en droits, qu’elle assiste, éduque, informe et encourage, qu’elle travaille pour l’ensemble de la société en aidant une personne à la fois, qu’elle met en lumière ce qui est caché, qu’elle donne aux gens des outils pour se défendre et qu’elle a l’audace de scruter les causes de la pauvreté.

Finalement, à mon avis, le travail social est une profession qui, par ses bras levés, crée de l’espoir dans la société. Il est vrai qu’elle dérange, qu’elle questionne et qu’elle incommode, mais l’État doit s’y faire en se disant que c’est là le prix à payer pour assurer le progrès social.

Lorsqu’elle lance des roches dans les eaux tranquilles, elle suscite certes des remous, mais cela est encore mieux que de voir l’impuissance conduire à la révolte, n’est-ce pas?

Claude Snow
Caraquet