Revisiter les fondements et les mécanismes de la Loi sur les langues officielles du N.-B.

Madame la Commissaire aux langues officielles, je vous félicite pour la position claire que vous avez prise devant le Comité de l’Assemblée législative le mardi 16 février sur la révision de la Loi sur les langues officielles du N.-B. (LLO-N.-B.).

Le bilinguisme officiel, qui a plus de 50 ans d’existence, a des assises bien établies et un cadre qui n’a nul besoin d’être élargi pour y inclure des préoccupations qui ne sont pas de son ressort.

La loi a d’autres raisons d’être. Son objet permet, avant tout, à chaque citoyen qui le veut, de rester unilingue tout en recevant des services publics de la province dans la langue officielle de son choix. Plus largement, elle pourra encourager le bilinguisme chez les citoyens. Le bilinguisme officiel n’a jamais eu comme raison d’être de fournir des postes de travail à quiconque souhaite devenir fonctionnaire provincial dans notre province.

Je comprends la préoccupation du premier ministre quant au peu de succès des cours de langues secondes donnés par le système d’éducation au Nouveau-Brunswick. Mais chacun en conviendra, notre système a ses failles qui doivent être résolues dans un autre contexte.

Il est évident que l’apprentissage d’une langue seconde mérite une réflexion approfondie.

À titre d’exemple, un jeune anglophone de Minto qui étudie le français comme langue seconde et qui n’utilise jamais le français en dehors de sa classe, ne conservera tout simplement pas ce qu’il aura appris de la langue française. Lui et ses parents devront comprendre l’adage «if you don’t use it, you loose it».

Les chances que ce jeune occupe un poste bilingue dans la fonction publique néo-brunswickoise sont très faibles. Il en va de même pour les unilingues francophones du nord de la province.

L’accès à des postes à la fonction publique provinciale pour les unilingues francophones est pratiquement impossible. Mais de cela, personne ne parle. Vous n’êtes pas sans savoir, par contre, que très nombreux sont les unilingues anglophones qui occupent des postes à la fonction publique provinciale et de cela non plus, personne ne parle.

Rien ne laisse présager que la bilinguisation de notre province est plus prometteuse à l’avenir. Le dernier recensement de 2016 nous dit en toutes lettres que l’augmentation du bilinguisme dans notre province est la plus faible au pays. Une conclusion plutôt désastreuse pour une province qui se donne souvent comme exemple de bilinguisme officiel.

Que la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick soit révisée est une obligation incontournable. Au moment de la révision, nos 50 ans d’expérience de bilinguisme officiel, nos législations linguistiques successives, notre statut et nos obligations constitutionnelles en matière de langues officielles doivent prendre tout leur sens.

La révision de la loi n’est certainement pas l’occasion de réduire nos obligations linguistiques, comme certains aimeraient le faire.

Au contraire, tout ce bagage acquis au cours des 50 dernières années doit nous permettre de faire un travail consciencieux en revisitant les fondements et les mécanismes d’application de notre loi pour mieux les saisir, les améliorer et les mettre en application de façon rigoureuse, sans déroger à l’esprit du législateur.

Jeanne Renault
Moncton