Les aînés ne sont pas le problème, ils font partie de la solution

Avec la venue de la COVID-19, les Canadiens âgés ont été désignés comme fragiles et vulnérables – et pour cause. La pandémie a frappé particulièrement durement les personnes âgées, lesquelles représentent la majorité des gens qui ont été gravement malades ou qui sont décédés.

Les personnes âgées craignent beaucoup plus la contagion que le reste de la population, les obligeant à prendre des mesures de confinement plus strictes pour assurer leur santé et leur sécurité.

Mais ce qu’on oublie dans nos efforts pour protéger les aînés, c’est que ces derniers ne sont pas seulement vulnérables et dépendants, ils sont aussi des citoyens qui contribuent grandement à notre économie et à notre société. Les adultes plus âgés ne doivent pas être considérés seulement comme des victimes de la COVID-19, ils constituent également une ressource apte à aider la société à s’en rétablir.

Les Canadiens vivent maintenant plus longtemps que jamais. Les baby-boomers les plus âgés ont 75 ans cette année, et sont plus déterminés que toute autre génération avant elle à bien vieillir, à vivre vieux chez eux et à rester en bonne santé et actifs aussi longtemps que possible. Les statistiques le confirment: beaucoup de personnes âgées travaillent encore activement.

Le taux d’emploi des personnes âgées dans la population active canadienne a plus que doublé depuis 2000. En 2015, un Canadien sur cinq âgé de 65 ans et plus, soit près de 1,1 million de personnes, a déclaré avoir travaillé pendant l’année. En 2018, Statistique Canada a révélé que 28,4% des Canadiens de 60 ans et plus ayant déclaré que le travail était leur principale activité étaient des travailleurs autonomes.

Aujourd’hui, un plus grand nombre de personnes âgées détiennent un diplôme d’études supérieures par rapport aux années antérieures, ce qui semble les inciter à travailler plus longtemps. Les aînés ayant au moins un baccalauréat sont presque deux fois plus susceptibles de continuer de travailler après 65 ans par rapport à ceux qui ont un diplôme d’études secondaires.

Il est toutefois important de noter que les personnes âgées sont parfois encore sur le marché du travail parce qu’elles n’ont pas les moyens de prendre leur retraite, et non parce qu’elles choisissent de continuer de travailler.

Un revenu d’emploi a été la principale source de revenus pour 43,8% des personnes âgées qui travaillaient en 2015. Les personnes sans revenu de retraite privé – qui sont moins nombreuses depuis les 30 dernières années – ont 1,5 fois plus de chance de continuer de travailler que les personnes âgées bénéficiant d’une pension privée.

Cela dit, ce n’est pas seulement par l’emploi – et les impôts qu’ils continuent de payer pendant qu’elles travaillent – que les personnes âgées contribuent à la croissance de l’économie. Ces personnes s’engagent également à redonner et à construire nos collectivités.

Les Canadiens âgés sont des bénévoles engagés. Ils mettent à contribution quantité de connaissances, d’expérience et de compétence fort utiles à la collectivité.

Dans les organismes caritatifs et sans but lucratif, une heure de bénévolat sur cinq est offerte par une personne âgée. Comme Bénévoles Canada accorde à une heure de bénévolat la valeur de 27$, cela signifie que les aînés injectent chaque année plus de 10,9 milliards $ de travail non rémunéré dans notre économie.

Les personnes âgées sont généreuses non seulement avec leur temps, mais aussi avec leur argent. En 2017, les aînés canadiens ont fourni 42% de tous les dons aux organismes de bienfaisance, pour un total de plus de 4 milliards $. Cela représente près de la moitié de tous les dons de charité faits au Canada.

Près d’un quart des personnes âgées canadiennes de 65 ans et plus sont également des aidants naturels. En 2018, 1,5 million des 7,8 millions d’aidants canadiens étaient âgés de 65 ans et plus.

Pendant la pandémie, les personnes âgées ont levé la main et choisi de soutenir la collectivité en organisant des collectes de denrées alimentaires, en livrant des commandes d’épicerie, en reconduisant des gens à leurs rendez-vous, en sortant des voisins de l’isolement et en faisant du bénévolat dans des organismes de bienfaisance afin de soutenir les personnes les plus vulnérables de notre société, quel que soit leur âge. Des médecins et des infirmières à la retraite sont également retournés en première ligne pour prêter main-forte.

Toute cette générosité et ce travail n’ont pas que des avantages pour notre économie et notre société: des études ont démontré qu’en restant actives et engagées grâce au travail ou au bénévolat, les personnes âgées tirent elles-mêmes des bénéfices sur le plan de la santé et du bien-être.

Ainsi, l’image simpliste des personnes âgées comme étant toutes fragilisées et vulnérables ne reflète pas la réalité de la vaste majorité des 6,8 millions de personnes âgées du Canada.

Ces personnes ont l’expérience de toute une vie à mettre à profit, et beaucoup n’ont tout simplement pas terminé leur vie active.

Le Canada a besoin de puiser dans leur énergie et leur expertise, nous qui sommes confrontés à un des plus grands défis des dernières générations en raison de la COVID-19 et de ses conséquences économiques.

John Muscedere
PDG, Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées
Professeur, École de médecine
Université Queen’s

John Puxty
Directeur, Centre for Studies in Aging and Health de Providence Care
Professeur, École de médecine
Université Queen’s