Avec la COVID-19, rien ne sera plus jamais comme avant

C’est le Grand dérangement version COVID-19. J’étais curieux de connaître le point de vue des maîtres à penser qui influencent nos hautes instances politiques sur l’après-COVID-19. Tous semblent d’accord pour dire que rien ne sera plus comme avant. On parle maintenant de l’époque BC (before COVID-19/avant COVID-19) et AC (après COVID-19).

Sur le plan politique, l’épidémie a redonné de l’importance aux gouvernements, car un bon gouvernement peut faire la différence entre vivre ou mourir. Les crises aiguës contribuent à mousser le pouvoir de l’État.

Les banques centrales, dans une certaine mesure, sont assujetties aux politiciens élus, car l’indépendance de ces premières a été compromise. Cette coopération implicite entre les politiques fiscales et monétaires ouvre la porte à une inflation incontrôlable.

En déclenchant une période de décroissance, la pandémie a ravivé l’intérêt dans le modèle de PIB zéro ou même négatif pour s’attaquer à la crise économique et humanitaire en adoptant un modèle planifié, adaptatif et durable de réduction de l’économie pour un avenir où nous pourrons tous vivre mieux avec moins.

D’ailleurs, les technologies permettant de faire plus avec moins existent déjà!

La globalisation va céder le pas à la régionalisation. On verra le raccourcissement des chaînes d’approvisionnement, dont la crise a révélé la fragilité. Le confinement a consolidé l’expansion et la progression du monde numérique d’une façon décisive et souvent permanente.

La crainte durable d’être infecté par un virus, celui-ci ou un autre, va accélérer l’automatisation dans les secteurs durement touchés par la pandémie, comme la restauration et les ventes au détail, pour des raisons d’hygiène et de propreté. La distanciation sociale cèdera la place à la distanciation économique. La production locale remplacera progressivement les importations.

La pandémie est une grande déstabilisatrice qui aggrave les inégalités sociales et économiques. Les fabricants pharmaceutiques seront plus riches et le monde médical plus puissant. L’absence de congés de maladie payés nuit aux efforts pour contrer la propagation de l’épidémie.

Les employés dans une situation économique précaire sont tentés ou obligés de travailler même s’ils sont contaminés et, de ce fait, propagent le virus. Nous l’avons vu dans les foyers pour personnes âgées. En Chine, les travailleurs malades ont droit à 60% de leur salaire! Les failles de nos systèmes de santé nous ont fait réaliser qu’une gestion efficace ne peut pas compenser le sous-financement.

Une des craintes, c’est qu’à l’avenir, la lutte contre cette pandémie et les autres à venir, conduit à la création de sociétés de surveillance permanente. La jeune génération sera probablement plus radicale que la précédente dans la refonte de notre contrat social.

Le dépistage numérique en temps réel par le biais des cellulaires et des données de cartes de crédit est devenu l’un des enjeux délicats dans le domaine de la santé publique et de la protection des informations personnelles. Rappelons-nous des mesures de sécurité adoptées après le 11 septembre, que l’on jugeait exceptionnelles et temporaires, qui sont devenues la norme. On pense que la même chose peut se produire avec les mesures adoptées pour la pandémie.

Jean-Guy Robichaud
Caraquet