Nous avons tous droit à des services médicaux décents

Après avoir été blessé, à la fin février, je me suis rendu à la clinique Trinity et ensuite, à l’urgence de l’Hôpital universitaire Georges-Dumont. Il était environ 13h30.

Arrivé à l’urgence, la salle d’accueil était remplie. Comment décrire la situation sinon de parler d’un chaos! À part les malades qui arrivent à l’hôpital en ambulance, tous les autres rentrent par la même porte, qu’ils soient mal en point ou qu’ils aient des symptômes de la COVID-19.

Ces derniers sont dirigés vers un cubicule. Les premiers étaient très nombreux dans une même pièce, sans distanciation aucune, de tous les âges, certains assis, certains debout et d’autres dans des fauteuils roulants. Il y avait des gens couchés, fatigués d’attendre aussi longtemps.

Une seule infirmière de triage accueillait les gens. J’étais admiratif de son calme. Elle appelle un numéro et l’heureux élu se dirige vers une petite pièce où il sera enregistré. Les gens appelés peuvent venir de la salle d’accueil générale ou du cubicule pour ceux qui ont des symptômes de la COVID-19.

Si vous faites partie de ces derniers, vous devrez attendre que l’infirmière se couvre d’un équipement protecteur approprié. Les gens sans symptômes et ceux avec symptômes entrent dans la même pièce pour se faire enregistrer. Une fois que la personne avec symptômes COVID-19 est enregistrée, l’infirmière enlève son équipement protecteur, désinfecte la salle de triage et recommence le processus en appelant de nouveaux numéros. On comprendra pourquoi le processus met autant de temps. Devant moi, il y avait moins de dix personnes et il s’est passé plusieurs heures avant que je sois enregistré.

Pendant ce temps, de nouvelles personnes sont rentrées dans la salle et certaines étaient dirigées vers le cubicule de la COVID-19. J’étais sidéré de voir le peu de protection qu’avaient les gens en attente. Et bien sûr, le rythme d’accueil baissait de façon importante au moment de l’arrivée d’un accidenté. À 16h. j’ai pu trouver une place assise. À 18h, je me suis rendu à la cafétéria.

En parlant à d’autres personnes, j’ai appris que certaines attendaient depuis dix heures. Afin d’égayer un peu une situation difficile, les gens se sont mis à se frapper dans les mains chaque fois qu’une personne était enregistrée ou qu’une autre allait voir un médecin.

Les gens sont patients. Ils savent qu’il est coutume d’attendre huit, dix et même douze heures à l’urgence avant de voir un médecin. Quelque 17% de la population de notre province a plus de 65 ans. Il n’est pas normal que ceux-ci passent autant de temps dans de pareilles conditions. Nous avons tous droit à des services médicaux décents.

Récemment, le premier ministre Higgs a entamé une campagne pour solliciter la venue de citoyens vivant dans d’autres provinces. Il a raison de vanter les nombreux atouts de notre région. Mais pense-t-il que les gens quitteront leur province de résidence pour s’établir dans une province où 44 226 citoyens (décembre 2020) n’ont pas de médecin de famille?

S’il est vrai que nos maisons sont beaucoup moins chères que celles des grandes villes canadiennes, l’accès à un médecin de famille est au haut de la liste des priorités et des incitatifs lorsqu’on se déplace vers une autre province.

Et sans nouveaux venus, malheureusement, notre économie restera stagnante.

Bernard Renault
Moncton