Je vous écris au sujet de la lettre, excellente et très provocatrice, écrite par Susan O’Donnell et Gordon Edwards, intitulé «L’extraction du plutonium du combustible nucléaire usagé est un processus sale et dangereux» (L’Acadie Nouvelle, jeudi 18 mars 2021); un texte qui apparemment ne se trouvait pas dans les journaux anglophones contrôlés par la famille Irving.

Les deux auteurs, citant des preuves convaincantes, accusent nos gouvernements, fédéraux et provinciaux, de nous mener dangereusement vers le mauvais côté de l’histoire, et ce, sans avoir obtenu notre approbation.

Quand Justin Trudeau et les libéraux ont été élus en 2015, j’ai eu l’espoir que notre pays pouvait peut-être retourner vers une société d’égalité et de justice; retourner vers la vision dont j’avais été témoin en 1968, quand P. E. Trudeau a parlé du Canada comme «La société juste».

Malheureusement, les paroles illusoires d’aujourd’hui se sont dissipées, se sont transformées en actions qui promeuvent une société juste, mais seulement pour eux et leurs amies.

Les décisions du gouvernement ne viennent plus des convictions, ni des principes, mais plutôt de l’opportunisme politique; motivés par le désir de bien paraître, d’exploiter l’ignorance et l’égoïsme des citoyennes et d’être copains-copains avec les grandes corporations, particulièrement l’industrie pétrolière.

En agissant comme ça le Parti libéral, si on déduit l’hypocrisie, ne se distingue pas de tout du Parti conservateur.

Le gouvernement actuel s’est perdu en chemin. Par quelle conviction est-ce que ce gouvernement a pris la décision d’acheter un pipeline pour que le Canada puisse verser son huile sale sur la planète, au milieu d’une crise écologique sans précédent?

Par quel principe est-ce que ce gouvernement a pris la décision de vendre les véhicules blindés en Arabie saoudite, sachant la vérité – que ce pays les utilisait contre ses propres citoyens? Il y a beaucoup (trop) d’exemples.

Cet amour pour le nucléaire est évidemment leur plus mauvaise idée. Le Canada se définit depuis toujours, d’un point de vue pseudo-innocent, comme un pays qui utilise le pouvoir nucléaire d’une façon pacifique.

On oublie que notre plutonium a été utilisé dans les bombes atomiques d’Amérique et de l’Inde. Désespérés de garder notre image de nous-mêmes, comme un Canada pur et bon, on déguise cette expérience, sale, dangereuse et non vérifiée sous l’euphémisme insipide de «recyclage» de plutonium.

Ce n‘est pas possible de duper les Canadiens et le monde indéfiniment. Le fait que le gouvernement présente cette technologie inachevée comme «énergie propre» est un mensonge.

Est-ce un matériau qui restera dangereux pour les 24 000 prochaines années est propre?

Les États-Unis ont déjà banni le «recyclage» du plutonium, sachant que cette activité engendre la possibilité de déstabiliser l’équilibre fragile de non-proliférations des armes nucléaires. Si le Canada continue dans cette voie, on deviendra un pays amical aux terroristes. Si le Canada continue dans cette voie, faisant du Nouveau-Brunswick son cochon d’Inde, il serait jugé comme prenant des risques déraisonnables.

C’est un fantasme pur et simple de croire que le plutonium puisse être extrait d’une façon sécuritaire. Si le processus peut être achevé, et si nous étions prêts à payer le prix – humain, environnemental et terroriste – la décision pourrait se transformer en notre plus mauvais cauchemar.

Les déchets provenant de Pointe Lepreau seraient seulement la pointe de l’iceberg. Les États-Unis auraient été très contents de se débarrasser de leurs déchets nucléaires. Si les Canadiens et plus particulièrement les Néo-Brunswickois(es) savaient la vérité, combien parmi eux seraient contents de devenir le dépotoir des matériaux radioactifs du monde entier?

Combien parmi nous accepteraient de laisser ce type de matériel traverser nos routes ou de passer devant nos maisons et nos écoles?

En 1996 le gouvernement libéral a été forcé, grâce à une révolte populaire, d’interdire l’importation de plutonium de la Russie. On a besoin d’une telle révolte aujourd’hui pour nous sauver des décisions risquées de nos gouvernements.

Pour empirer les choses, nos gouvernements, fédéraux et provinciaux, continuent de financer cette technologie, inachevée et dangereuse, sans avoir une consultation publique ou un débat au parlement. Vivons-nous toujours dans une démocratie? Où se trouvent les voix de la raison et du bon sens? Si Justin Trudeau et Blaine Higgs nous ont vendus, où se trouvent Steven Guilbeault, Catherine McKenna, David Coon, Jenica Atwin, Jagmeet Singh, Yves-François Blanchet et d’autres voix raisonnables?

Pourquoi les verts, le NPD ou le Bloc n’ont-ils pas forcé un débat? Si le gouvernement minoritaire actuel ne peut pas voir le bon sens, peut-être s’agit-il d’un dossier sur lequel le gouvernement doit tomber.

Raymond Drennan
Bouctouche

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