Attendre pour construire des réacteurs PRM revient à retarder l’action climatique

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a engagé 30 millions $ pour développer deux projets de petits réacteurs nucléaires modulaires (PRM) dans la baie de Fundy, à côté du réacteur de Point Lepreau.

Le gouvernement fédéral a versé 56 millions $ supplémentaires en fonds publics pour ce projet. Ces investissements ont peu de chances de réussir et retarderont l’action climatique.

Les deux conceptions PRM sont basées sur des technologies dont on connaît les problèmes et les échecs commerciaux. Plus généralement, les PRM constituent une mauvaise stratégie pour lutter contre le changement climatique: ils sont coûteux et ne sont pas prêts.

Nous avons expliqué les problèmes liés aux PRM dans un document d’information plus long destiné au ministre des Ressources naturelles et Développement de l’énergie, Mike Holland.

La première conception, l’ARC-100, est basée sur l’EBR-2, un réacteur américain expérimental qui n’a jamais fonctionné en dehors d’un laboratoire. Il utilise du sodium fondu pour refroidir le combustible. De tels réacteurs ont connu de nombreuses fuites de sodium, provoquant des incendies et des problèmes de nettoyage. Certains ont subi des accidents graves, notamment des fusions nucléaires partielles lors de l’expérience EBR-1 et de la centrale Fermi-1 aux États-Unis.

Les réacteurs refroidis au sodium ont été plus coûteux à construire en termes de capacité que les réacteurs à eau lourde comme celui de Point Lepreau.

La conception du Moltex est basée, en partie, sur deux réacteurs construits il y a plusieurs décennies au laboratoire national américain d’Oak Ridge, qui ont fonctionné respectivement pendant 100 heures et moins de quatre ans. L’exploitation de ce dernier réacteur a été interrompue 225 fois en raison de divers problèmes. Il n’est pas surprenant qu’aucun autre réacteur à sels fondus n’ait été construit.

Des problèmes similaires affectent de nombreuses conceptions de réacteurs nucléaires «avancés». Un rapport récent de l’Union of Concerned Scientists aux États-Unis a exposé une série de risques de sûreté et de sécurité associés à ces conceptions. Comme l’explique plus en détail un article universitaire, ces modèles de réacteurs ne sont tout simplement pas prêts à être déployés ou commercialisés en raison de problèmes techniques.

Les deux conceptions de réacteur pour le Nouveau-Brunswick prévoient également le traitement chimique des grappes de combustible irradié (usagé) du réacteur. Ce processus théorique de «recyclage» créera de nouveaux flux de déchets liquides radioactifs, nécessitant un stockage à long terme. Il produira également du plutonium sous des formes utilisables dans les explosifs nucléaires, ce qui nécessitera un renforcement de la sécurité à Point Lepreau.

La Commission de réglementation nucléaire des États-Unis a récemment cessé de fixer des règles pour le «recyclage» du combustible nucléaire usé en raison du manque d’intérêt commercial. Si les entreprises américaines ne sont pas intéressées à commercialiser cette technologie, pourquoi le gouvernement croit-il que le Nouveau-Brunswick aura plus de succès?

Les arguments du gouvernement du Nouveau-Brunswick pour investir dans ces modèles de réacteurs ne sont pas fondés sur des faits.

Par exemple, le discours du Trône de 2020 citait les avantages économiques potentiels de la capture de seulement un pour cent d’un «marché canadien estimé» pour les PRM. Ce marché putatif se compose en grande partie de sites éloignés hors réseau qui utilisent actuellement le diesel pour produire de l’électricité.

Cependant, nos recherches ont montré que l’électricité produite par les PRM coûterait jusqu’à dix fois plus cher que l’électricité produite par le diesel. À ces coûts, il est peu probable qu’un grand nombre de ces sites éloignés achètent des PRM. En outre, même dans l’hypothèse optimiste où ils le feraient tous, la demande totale d’électricité est insuffisante pour justifier le coût de l’installation d’usines de fabrication de PRM.

En vertu de la loi fédérale, la centrale au charbon de Belledune d’Énergie NB doit être éliminée progressivement d’ici 2030. Les conceptions ARC-100 et Moltex ne sont pas encore autorisées à fonctionner au Canada. Étant donné que la Commission canadienne de sûreté nucléaire n’a jamais autorisé de réacteurs basés sur les conceptions proposées, il faudra des années, voire des décennies, pour comprendre les problèmes de sécurité et analyser les modes d’accident.

Attendre pour construire des réacteurs PRM revient à retarder l’action climatique.

La voie d’atténuation du changement climatique la plus fiable, la plus disponible et la plus abordable pour le Nouveau-Brunswick consiste à développer rapidement l’infrastructure d’énergie renouvelable, à remettre à neuf l’installation de Mactaquac, à investir de manière agressive dans l’efficacité énergétique et à améliorer les interconnexions pour augmenter les importations d’hydroélectricité en provenance de la boucle de l’Atlantique et du Québec.

Investir dans les PRM est incompatible avec cette voie.

Un récent documentaire universitaire analysant les émissions de carbone et les investissements dans les technologies énergétiques dans 123 pays a montré que les investissements dans l’énergie nucléaire évincent les énergies renouvelables et entraînent des réductions d’émissions plus faibles.

On ne peut pas avoir les deux: l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables durables.

Dépenser de l’argent public pour des concepts de réacteurs nucléaires non éprouvés est une voie vers l’escalade des tarifs d’électricité, des responsabilités à long terme, le report d’une action climatique plus immédiate et la complication de l’héritage croissant de déchets radioactifs qui pèsera sur les générations futures.

Susan O’Donnell
Chercheuse et professeure auxiliaire à l’Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton

Gordon Edwards
Consultant nucléaire et président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire

M.V. Ramana
Titulaire de la chaire Simons sur le désarmement, la sécurité mondiale et humaine, et directeur du Liu Institute for Global Issues à l’école de politique publique et d’affaires mondiales de l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver