On peut tirer quelques leçons utiles de la trajectoire de carrière d’Elon Musk

Assurer la survie de notre espèce et coloniser d’autres planètes, rien de moins: voilà le rêve que poursuit sans relâche Elon Musk depuis sa jeunesse.

Parmi les nombreuses entreprises qu’il gère avec cet objectif en tête, on compte Tesla Motors ainsi que Solar City, pour éliminer les carburants fossiles, et SpaceX pour conquérir l’espace. Elon Musk est un personnage qui, de manière incompréhensible, réussit un tour de force après l’autre. Pour donner un exemple, avant Tesla Motors, la dernière compagnie américaine à avoir survécu dans le marché ultra-compétitif de l’automobile était Chrysler, fondée en 1925.

Travailleur acharné, Musk est toujours sur sa faim et constamment à mijoter un projet grandiose, par exemple Neuralink, qui vise à fabriquer des sondes pouvant établir une communication directe entre le cerveau et l’ordinateur.

Elon Musk est d’une polyvalence inhabituelle, un des rares PDG capables de s’impliquer à tous les niveaux de son entreprise, du design à la conception sur ordinateur, de la chaîne d’approvisionnement jusqu’au produit final. Il peut parler avec aisance de sujets aussi variés que l’économie, l’atome, la suspension automobile, l’astronomie, le cerveau et les principes de propulsion.

Quel est son secret?

L’éducation universitaire d’Elon Musk est particulière en ce qu’elle combine une discipline fondamentale, la physique, et une discipline pragmatique, les affaires.

On parle parfois de l’importance d’une formation générale et multidisciplinaire, mais une double expertise peut être avantageuse aussi. Dans la carrière fulgurante de Musk, il aura été nécessaire non seulement de savoir fonder et gérer des entreprises, mais aussi de connaître les limites de la science et comprendre les produits de la haute technologie, comme les piles électriques, la nanotechnologie, les panneaux solaires et les fusées qui propulsent les satellites dans l’espace.

Mais il y a aussi un aspect plus personnel et moins connu de l’éducation d’Elon Musk, celle qu’il s’est construite par lui-même depuis son enfance.

Dans une biographie écrite par Ashlee Vance (version française disponible chez Gallimard), on y fait la connaissance d’un enfant sud-africain tranquille, curieux et qui dévore des quantités de livres. Il aime expérimenter, construisant des fusées et préparant ses propres combustibles.

Lorsque le premier ordinateur personnel arrive sur le marché, il est fasciné par cette machine non seulement parce qu’on peut jouer avec, mais parce qu’on peut la programmer. Il conçoit alors ses propres jeux vidéo après avoir lu des livres sur la programmation, une habileté qui lui servira jusqu’à ce jour. (Dans une ligne de pensée similaire, le Président Obama encourageait les jeunes Américains en 2013 avec ce message: n’achetez pas simplement un nouveau jeu vidéo, faites-en un!). À 17 ans, Musk prend l’avion pour le Canada, où il commence des études universitaires, qu’il finira aux États-Unis. Il devient ensuite cofondateur de PayPal, dont les profits lui serviront de tremplin pour se lancer dans ce qui l’intéresse vraiment.

On peut tirer quelques leçons utiles de la trajectoire de carrière d’Elon Musk.

D’abord, pour s’attaquer aux grands défis de notre époque, tels que la pollution et les changements climatiques, il faudra des jeunes qui sont à la fois experts et polyvalents, avec une compréhension solide du monde naturel et celui des affaires, et donc capables d’atteler le complexe industriel à la tâche de convertir notre économie en une version durable.

Soulignons que le problème ne sera pas réglé par la politique et l’activisme, car autant les riches que les pauvres refusent de changer leurs habitudes, donnant ainsi une raison d’être à l’industrie lourde, la plus grande pollueuse de la planète. Il faudra des technologies plus vertes et moins coûteuses, et la question du prix sera sans doute la partie du défi qui exigera le plus d’innovation.

Ensuite, il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’investissement personnel que l’on met dans son éducation, car l’éducation n’est pas seulement l’affaire de l’école et des éducateurs, mais aussi celui de l’élève.

C’est la raison pour laquelle la taille et le prestige de l’école que l’on fréquente est moins importante que l’attitude que l’on a envers l’apprentissage.

À quoi sert une bibliothèque contenant des millions de volumes si l’on ne la visite jamais? Qu’est-ce que s’investir dans son éducation? C’est creuser pour comprendre plutôt que mémoriser et apprendre superficiellement; c’est lire, apprendre des choses nouvelles en consultant les meilleures sources; c’est connaître l’utilité de ce que l’on apprend, sinon demander pourquoi c’est important; c’est sortir de sa zone de confort et s’habituer graduellement à des tâches de plus en plus difficiles; c’est imaginer des nouvelles choses et tenter de les construire; c’est se mettre à la place de l’autre, chercher à comprendre et apprécier des opinions différentes; c’est ne pas se contenter du minimum pour se faufiler dans le système, mais de mettre les bouchées doubles lorsque nécessaire et d’en faire plus que ce qui est demandé.

Au fil du temps, et à force d’entraînement, ces efforts se transformeront en une expertise utile et indispensable aux autres.

Avec cette approche, les portes s’ouvriront et le reste suivra.

Alain Haché
Professeur
Département de physique et d’astronomie
Université de Moncton