Le premier ministre Higgs est-il un leader ou un joueur nucléaire?

Dans un commentaire récent, Andrew Waugh, le rédacteur politique de Brunswick News, estime que le premier ministre Blaine Higgs n’a pas peur d’être qualifié de premier ministre pragmatique et «progressiste». M. Higgs semble avoir acquis cette réputation en conservant Cannabis NB comme agence gouvernementale, maintenant qu’elle réalise des profits, en créant sa taxe sur le carbone «made in NB» et en prévoyant des budgets déficitaires pour trois années consécutives totalisant 760 millions de dollars ou plus. M. Higgs n’a pas non plus pris de mesures pour annuler le moratoire sur la fracturation du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick, car il est conscient de la forte opposition du public. (Voir https://www.noshalegasnb.ca/)

Le premier ministre ne se rend peut-être pas encore compte que le fait de travailler de façon ambitieuse pour atteindre et dépasser les objectifs de réduction du climat et de la pollution établis par l’Accord de Paris est non seulement progressiste, mais aussi la chose sage à faire. Le soutien de M. Higgs au nouveau développement nucléaire n’est cependant ni progressiste ni sage.

La pandémie de COVID-19 dans le centre et l’ouest du Canada a soudainement fait du Nouveau-Brunswick et des autres provinces de l’Atlantique des endroits attrayants pour les gens de l’extérieur de la province, provoquant une flambée des prix de vente des maisons et des propriétés. Grâce à la COVID-19, le Nouveau-Brunswick pourrait être en train de passer d’une province pauvre à une province plus sûre et plus attrayante, créant ainsi une occasion inattendue de faire croître la population et l’économie de la province. M. Higgs le sait probablement.

Il a peut-être l’occasion de devenir un premier ministre progressiste respecté à l’échelle nationale en matière d’environnement et de réaliser son rêve d’améliorer l’économie tout en réduisant la dette de la province. Mais le nouveau premier ministre pragmatique risque maintenant de laisser passer cette occasion inattendue.

Le précédent gouvernement de Brian Gallant s’est lancé dans deux paris énergétiques hautement spéculatifs.

 

Le premier pari était celui de Joi Scientific, où Énergie NB a gaspillé 13 millions $ pour «investir» dans une entreprise de Floride qui prétendait produire efficacement de l’hydrogène à partir de l’eau de mer pour produire de l’électricité. Le premier ministre Higgs a mis fin à l’entente lorsqu’il est devenu évident qu’il s’agissait d’une ruse non prouvée.

Le deuxième pari consistait à donner 10 millions $ à deux entreprises nucléaires étrangères désireuses de concevoir et de construire de petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) à Point Lepreau (ARC-100 et Moltex SSR). Mais au lieu d’annuler le cadeau initial, M. Higgs l’a triplé à 30 millions $ dans un contrat avec ARC, sachant très bien que le coût final pour la province sera beaucoup plus élevé et sans aucune garantie de réussite.

Ce que le premier ministre ne comprend pas, c’est que la solution pour répondre à nos besoins énergétiques ne réside pas dans des technologies risquées et non éprouvées. C’est plutôt en travaillant en harmonie avec l’écosphère et la biosphère naturelles qui ont toujours servi à l’humanité.

Les technologies d’énergie renouvelable comme l’éolien et le solaire existent déjà et fonctionnent remarquablement bien, le coût de leur électricité diminuant régulièrement alors que le prix de l’énergie nucléaire (et des combustibles fossiles) continue d’augmenter. Le Nouveau-Brunswick serait prudent d’augmenter ses investissements dans les énergies renouvelables tout en réduisant sa consommation d’énergie grâce à l’efficacité et à la rénovation des bâtiments. Les recettes provenant de la taxe sur le carbone pourraient financer cette initiative sans que l’on ait à parier sur des RNSM non éprouvés et sans qu’il soit nécessaire de désigner un organisme de réglementation coûteux pour assurer la sécurité de leur utilisation.

L’énergie nucléaire, par contre, a besoin d’un organisme de réglementation depuis ses débuts il y a plus de 70 ans. La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) est cet organisme de réglementation actuel; elle dispose d’un budget annuel de 175 millions $ payé par les contribuables canadiens. De nombreux opposants à l’énergie nucléaire sont convaincus que la CCSN fait un meilleur travail en servant l’industrie nucléaire que les personnes et l’environnement que les contribuables paient pour protéger.

Le contrat de 20 millions $ que la province a signé avec l’ARC a lié les mains du premier ministre sur le plan financier pour les années à venir, sans aucune garantie de succès. Au lieu de cela, il promet que de grosses sommes d’argent seront dépensées par les contribuables et les investisseurs au cours des prochaines décennies pour un pari nucléaire qui ne profitera probablement qu’à cette industrie.

Le nouveau développement nucléaire n’est pas nécessaire et est contre-productif dans la lutte contre la crise climatique. De plus, ce pari risque bien plus d’aggraver le problème non résolu de la manipulation et du stockage sûrs des déchets nucléaires sur le très long terme, faisant grimper encore plus le coût final du nucléaire et augmentant certainement les factures d’électricité. L’énergie nucléaire a toujours été un dilemme moral, pragmatique et économique que nous continuerons à perdre.

Pour le premier ministre Higgs, le choix clair et plein de bon sens est celui des énergies renouvelables. Au lieu de cela, il a choisi la même voie défectueuse que les deux premiers ministres précédents, Richard Hatfield et Brian Gallant, en ce qui concerne l’énergie nucléaire, jouant avec l’avenir de la province en utilisant une technologie hautement spéculative et risquée, plutôt que d’emprunter la voie pragmatique plus éthique, plus économique et beaucoup plus sûre que M. Higgs dit privilégier.

Mais il y a encore un faible espoir que le premier ministre Higgs change d’avis, comme il l’a fait pour Cannabis NB. Mais dans quelle mesure l’avenir de la province est-il maintenant lié au développement du centre nucléaire de Point Lepreau?

Ann McAllister
Rothesay

Samuel Arnold est un enseignant à la retraite, musicien, compositeur et citoyen engagé. Il est membre de la Coalition pour le développement énergétique responsable (CRÉD-NB) et du Sustainable Energy Group (SEG). Il habite à Woodstock, au Nouveau-Brunswick. Ann McAllister est la directrice musicale de l’église unie Silver Falls à Saint John et une enseignante à la retraite. Elle est membre de la Coalition pour un développement énergétique responsable au Nouveau-Brunswick (CRÉD-NB) et du chapitre de Saint John du Conseil des Canadiens. Elle habite à Rothesay, au Nouveau-Brunswick.