L’option nucléaire inapte à faire face au réchauffement climatique

Imaginons la Péninsule Acadienne Autrement (IPAA) est très préoccupé par les projets de développement de «petits» réacteurs nucléaires modulaires proposés par Moltex Energy et Arc Clean Energy et soutenus par le gouvernement du Nouveau-Brunswick et le gouvernement fédéral.

Alors que les scientifiques du monde entier exhortent l’humanité à faire face au réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici 2030, les réacteurs proposés ne seront pas fonctionnels avant au minimum 10 ans et il n’y a aucune garantie qu’ils le seront. L’enjeu est fondamental; si nous ne réduisons pas nos émissions de CO2 avant 2030, il ne sera tout simplement pas possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Nous subirons alors les conséquences de l’emballement climatique et devrons assumer les coûts humains et financiers qui y seront rattachés.

Notre organisme croit que le gouvernement provincial devrait plutôt miser sur la sobriété énergétique (réduction de la consommation), l’efficacité énergétique (réduction des pertes), le remplacement des énergies fossiles par des sources d’énergie renouvelable y compris l’accès au surplus de l’hydroélectricité de notre voisin. Ces options peuvent toutes être déployées beaucoup plus rapidement que les deux projets d’énergie nucléaire proposés et cela, à moindre coût.

Les centrales nucléaires modulaires proposées par Moltex Energy et Arc Clean Energy font appel à des technologies en développement qui n’ont pas encore été éprouvées. Elles sont donc sans garantie de succès et risquent de coûter très cher. Cela est d’autant plus vrai quand on sait qu’Énergie NB doit amorcer trois importants projets de rénovation au cours des 10 prochaines années, soit la mise en état des centrales électriques de Mactaquac, de Belledune et de Coleson Cove. Le coût de ces trois projets combinés pourrait ainsi faire grimper la dette qui est actuellement à 4,9 milliards $ à près de 10 milliards $ d’ici 2031 – cette dette, ce sont les citoyens du N.-B. qui la paieront. Est-ce que le gouvernement du N.-B. a les moyens de ses ambitions?

À IPAA, nous pensons que les différents paliers gouvernementaux devraient plutôt miser sur l’ensemble des acteurs sociaux – Énergie NB, industries, entreprises, municipalités, citoyens – et sur l’achat d’hydroélectricité et des technologies déjà éprouvées dont les coûts sont en constante diminution plutôt que sur deux entreprises étrangères qui dépendent d’une injection massive de fonds publics canadiens pour développer leurs projets de réacteurs nucléaires. La sobriété et l’efficacité énergétique sont des mesures doublement efficaces – puisqu’un kilowatt économisé n’a pas à être produit – qui nous permettent d’économiser tout en réduisant nos besoins énergétiques actuels et futurs. La décroissance énergétique, l’achat d’hydroélectricité et le déploiement d’énergies renouvelables, telles que l’énergie éolienne, photovoltaïque, etc. sont les seules options économiquement viables qui nous permettraient de demeurer en dessous de l’objectif soutenable de +1,5°C avant 2030.

À toutes ces questions non résolues s’ajoute celle – fondamentale tant du point de vue écologique qu’économique – de la sécurité publique.

Alors que les centrales nucléaires classiques comportent des risques bien documentés, les projets développés par Moltex Energy et Arc Clean Energy comportent plusieurs risques inédits qui ne seront pas soumis à un examen public: dangers liés à l’importation et au transport de matières radioactives en provenance des États-Unis, dangers liés à l’extraction de l’uranium et au retraitement de combustible radioactif usé, dangers liés à l’entreposage de déchets radioactifs liquides plutôt que solides, risque accru de terrorisme et de trafic de plutonium pouvant servir à la fabrication d’armes nucléaires.

Par ailleurs, bien que tous les systèmes producteurs d’électricité génèrent du CO2, seuls les réacteurs nucléaires produisent des déchets radioactifs qui devront être isolés et surveillés pendant des centaines de milliers d’années.

Les projets de «petits» réacteurs modulaires ne permettent pas de faire face à la menace de l’emballement climatique, coûtent plus cher et comportent beaucoup plus risques que les options alternatives. Il devient alors absolument injustifiable que nos gouvernements financent de tels projets.

La réflexion entamée soulève aussi d’autres questions plus larges. Est-ce que l’énergie dont nous avons besoin pourrait être achetée auprès de fournisseurs à un coût infiniment moindre et sans danger comme l’a fait Énergie NB durant 4 ans lors de la remise à neuf de la Centrale de Pointe Lepreau? Pourquoi ne pas utiliser les fonds de la taxe carbone pour soutenir l’entrepreneuriat local en développant des programmes dédiés à l’efficacité énergétique et en déployant des systèmes de production d’énergie renouvelable sur l’ensemble du territoire? À qui profitera le financement de la recherche sur les réacteurs nucléaires modulaires? Et enfin, en soutenant ce projet, quels risques faisons-nous courir à la communauté, à la faune et à la flore de la baie de Fundy?

Pour toutes ces raisons, Imaginons la Péninsule Acadienne Autrement ne soutient pas ce projet.

Nancy Juneau
Christine Lemay
Co-présidentes
Imaginons la Péninsule Acadienne Autrement