Élections municipales: osons, maintenant!

Les élections municipales approchent à grands pas. Parions qu’un bon nombre d’électeurs voteront pour des visages familiers, des noms qu’ils connaissent, des gens qui sont comme eux et qui pensent comme eux. Mais si on faisait les choses autrement?

Notre vote est important. Nous devons choisir avec soin celles et ceux qui nous représenteront aux conseils municipaux, aux conseils d’éducation de districts, ainsi qu’aux régies régionales de la santé. Des luttes intéressantes s’annoncent dans un bon nombre de municipalités, tant à la mairie qu’à certains postes de conseillers.

Malgré le fait que nous observons de nouveaux visages et une présence accrue de femmes, il y a encore trop peu de candidates et de candidats qui reflètent la diversité à ces élections. Une diversité qui s’exprime non seulement par le genre, mais aussi en termes d’âge, d’orientation sexuelle, d’ethnie, de race, de langue et culture, de religion, et de personnes ayant un handicap.

Le mode de scrutin actuel ne favorise pas l’élection de candidates et de candidats qui représentent ces groupes d’intérêts minoritaires qui composent la diversité. C’est peut-être ce qui explique le faible taux de candidatures issues de groupes d’intérêts multiples qui forment nos communautés.

Le problème ne s’arrête pas là. La Loi sur les élections municipales, en conjonction avec la Loi sur les régies régionales de la santé et la Loi sur l’éducation au Nouveau-Brunswick exige que toute candidate ou tout candidat qui se présente aux élections ait la citoyenneté canadienne. Il en va de même pour le droit de vote.

Cette contrainte importante écarte de la vie publique et politique des immigrantes et des immigrants venus s’installer dans nos communautés pour y vivre en permanence. Devenir citoyen canadien peut prendre de cinq à sept ans. Et pour certaines d’entre elles ou certains d’entre eux, cela signifie devoir renoncer à la citoyenneté de leurs pays d’origine où vivent leurs parents et des membres de leurs familles, avec les conséquences économiques et sociales que cela peut entraîner s’ils doivent retourner dans leurs pays d’origine en permanence, par exemple, l’accès à la propriété, à la mobilité, et à certains avantages sociaux.

Dans de nombreux pays à travers le monde, le droit de vote et de poser sa candidature aux élections n’exige pas la citoyenneté du pays. Pourquoi alors imposer une telle restriction au Canada? Il est grand temps que nous adoptions des assouplissements importants afin d’encourager une participation citoyenne plus grande pour celles et ceux venus d’ailleurs pour nous aider à bâtir nos communautés. Une plus grande participation citoyenne de nos immigrantes et de nos immigrants favorisera certes leur rétention, une problématique sérieuse en 2021 au Nouveau-Brunswick.

Nos gouvernements municipaux, provincial et fédéral, y inclus Élections NB doivent faire mieux pour promouvoir la participation des personnes qui représentent différents groupes d’intérêts à la vie publique et politique.

Au lendemain des élections, nos élus auront l’opportunité de faire les choses autrement pour favoriser l’inclusion de la diversité dans la vie municipale, dans les régies régionales de la santé et dans les conseils d’éducation de districts.

La représentation de la diversité au sein de nos institutions est d’une très grande importance si nous souhaitons développer des communautés dynamiques, progressives et inclusives. La diversité stimule l’émergence d’idées nouvelles, l’innovation et des solutions mieux adaptées.

En l’absence d’une diversité représentative au sein des structures de gouvernance officielle, pourquoi ne pas créer des comités aviseurs composés de personnes qui peuvent bien complémenter la représentation officielle? Des comités dont le rôle premier serait de présenter des recommandations ou proposer de nouvelles idées dans le cadre de projets ou dossiers importants? Des comités dont les membres pourraient être rémunérés ou compensés en fonction de leurs contributions, afin de refléter le sérieux de la démarche.

Des membres choisis avec soin pour donner une voix et un visage à ces citoyennes et citoyens qui sont trop souvent sous-représentés ou marginalisés dans nos communautés, mais qui ont tant à donner!

Osons agir autrement!

Leyla Sall
Professeur de sociologie
Université de Moncton

Charles Gervais
Chef du Contentieux
Assomption Vie

Benoit Bolland
Chargé de cours
Université de Moncton