Dr Sylvain Charlebois
Directeur Principal
Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire
Université Dalhousie
Halifax, Nouvelle-Écosse

Pendant que les Québécois achètent et savourent les produits du Québec vendus à l’épicerie, les agriculteurs doivent comme toujours composer avec les aléas de dame Nature. Trop ou pas assez d’eau, gel précoce, chaleur intense. Les conditions météorologiques durant les périodes de production importantes sont de plus en plus imprévisibles. Et avec l’été que nous avons, il est fort à parier que les choses empireront.

Certaines régions au Canada brûlent ces jours-ci, littéralement. À Lytton, en Colombie-Britannique, le mercure atteignait 49,6 °C il y a quelques jours. Imaginez : presque 50 degrés… au Canada! La température moyenne en juillet à Lytton est de 21,3 °C. Ils appellent ce phénomène un «dôme de chaleur». Bien sûr, chaque événement météorologique extrême mérite un nom. Il s’en vient vers l’est, mais les chaleurs ne s’annoncent pas aussi intenses que là-bas.

Avec la chaleur à Lytton suivent les feux, qui font rage un peu partout, sans que l’on sache trop de quelle façon ils ont commencé. La nature est tellement sèche que tout peut arriver. Si vous connaissez le climat dans la région de Lytton, vous savez qu’il est semblable à celui du Québec, en particulier de Mont-Tremblant. Aucune région est à l’abri de ce qui se passe à Lytton, aucune.

Il a fait tellement chaud à Lytton que la saison des framboises n’aura pas lieu. Elles ont cuit sur les plants et ne goûtent pas du tout comme à l’habitude. Les producteurs doivent oublier leur récolte. Et même si les produits étaient moindrement potables, imaginez les conditions pour la récolte. L’enfer sur terre.

Avec les changements climatiques, nos récoltes s’effectueront plus tôt et seront plus intenses. Les fraises au Québec cette année en sont un bon exemple. Elles étaient prêtes au début juin, ou presque. Il y a 30 ans, les fraises du Québec étaient grosses et juteuses entre la Saint-Jean et la première semaine de juillet. Actuellement, même si elles étaient incroyables au début, elles sont plus ou moins bonnes depuis la fin juin. Les petites fraises coûtent cher à nos agriculteurs, car leur moins grand volume exige plus de travail pour moins d’argent. Il s’agit d’un exemple simple, certes, mais c’est un peu la même chose avec d’autres produits maraîchers.

Pour pallier tout cela, il va falloir miser sur des projets d’agriculture à environnement contrôlé, sur de meilleurs systèmes d’irrigation. Nos agriculteurs en font déjà pas mal, mais ils ne peuvent pas tout faire seuls. Il leur faut des capitaux, surtout dans le secteur maraîcher.

Ottawa et Québec commencent à peine à démontrer un intérêt à investir dans le secteur, pas seulement dans des initiatives pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Ces initiatives sont importantes, mais il faut aussi des investisseurs privés qui savent que l’agriculture n’est pas un secteur comme les autres. On doit être patient et comprendre qu’il y a des risques liés à l’environnement, à la main-d’œuvre et à plusieurs facteurs macroéconomiques.

Entre-temps, ayez une pensée pour nos agriculteurs. Et si vous êtes un climatosceptique, si 49,6 °C n’est pas assez, il n’y a plus vraiment d’espoir pour vous. Désolé.

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