Rachelle Landry
Moncton

Trente ans de traduction! C’était toute une aventure, mais elle tire vers sa fin, et les fins ont tendance à susciter des réflexions. Je ne comprends pas grand-chose à la traduction. J’ai commencé à traduire avant d’aller à l’école sans savoir ce que je faisais, et quand Monique me demandait de traduire 400 mots en une demi-heure, je le faisais sans analyser ce que je faisais. Tout ce que je sais, c’est que j’ai fait presque autant d’erreurs que ceux qui savent ce qu’ils font, pis chus vraiment sorry. (Joke.)

Je pourrais vous parler pendant des heures de mon expérience personnelle de la traduction au Nouveau-Brunswick ou de ce que j’ai entendu de mes deux oreilles (!) pendant les réunions du conseil de la CTINB ou ailleurs, mais ma réflexion porte moins sur ma propre expérience que sur la façon dont le Bureau de traduction du Nouveau-Brunswick a évolué au cours des ans.

Je me demande s’il est encore le reflet de la Loi sur les langues officielles. Je me demande surtout s’il respecte cette loi. Il est devenu une sorte de bureau de remplacement de phrases dépendantes de l’anglais.

J’aimerais que la SANB et Michel Doucet se penchent sur la question de savoir si une traduction technologisée au point où les traducteurs sont portés à écrire en fonction de l’anglais est encore une langue égale aux yeux de la Loi sur les langues officielles. J’ai peut-être tort de soulever cette question, mais je ne peux pas quitter la profession sans le faire. Je crois qu’il est important de la poser et que la SANB, compte tenu de sa hausse de salaire, a la responsabilité d’y répondre. Je l’invite donc publiquement à consulter les professeurs de traduction de l’Université de Moncton pour se faire expliquer ce dont je parle.

La SANB sait que le français au gouvernement du Nouveau-Brunswick est une langue principalement traduite et extrêmement vulnérable pour cette seule raison. Elle sait aussi que la Loi sur les langues officielles et le Bureau de traduction de la province sont indissociables. Quand j’y ai mis les pieds il y a une trentaine d’années, on m’a dit que sa première responsabilité était de refléter la Loi sur les langues officielles. Aujourd’hui, il ne semble même plus comprendre cette loi. Il me parle régulièrement en anglais parce qu’une traductrice comprend l’anglais. Je lui ai demandé d’arrêter. Le Bureau semble avoir oublié qui il est, d’où il vient et pourquoi il existe.

Je demande à la SANB de mener une réflexion et des consultations sérieuses et approfondies. La question à poser aux professeurs de traduction est de savoir si la technologisation risque d’être abusive et de reléguer le français au rang de langue inégale dans la province. Je tiens à souligner deux choses: 1) les fonctionnaires ne peuvent pas être tenus responsables de la négligence du gouvernement en ce qui concerne l’application de la Loi sur les langues officielles, donc je n’accuse personne; 2) je ne cherche pas à empêcher l’évolution technologique. Je me demande simplement s’il y a lieu de l’utiliser avec discernement au lieu de la laisser nous manger. Merci.

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