J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la lettre de Rachelle Landry publiée dans l’Acadie Nouvelle du 9 juillet dernier.

Comme elle, je déplore la triste situation de notre français de traduction au Nouveau-Brunswick. Toutefois, je doute que la SANB ou que l’Université de Moncton puissent faire grand-chose à ce sujet.

Je ne crois pas qu’il leur appartient de dire si la traduction que l’on subit représente bien une langue de communication valable au sens de la loi.

Il est vrai que la traduction s’effectue de plus en plus par la mise en œuvre de moyens technologiques qui, au départ, devaient aider le langagier, mais qui maintenant la produisent.

Le langagier, qui devait pouvoir compter sur ces outils, est réduit à rattraper les bêtises que ceux-ci commettent «inconsciemment». La portion de création inhérente à toute traduction est donc usurpée par la machine.

La traduction n’est malheureusement pas l’unique victime collatérale de la technologie, et notre société devra un jour se livrer à une réflexion lucide et sereine sur la place de la technologie dans nos existences.

Bien sûr, la SANB et l’Université de Moncton pourraient exprimer leur déception, déplorer ce triste état de choses, mais verrait-on pour cela un changement s’opérer?

Je suis sûr que non. Nous avons collectivement été conquis par les marchands de technologie en tout genre; souvent ils nous proposent des solutions de facilité à des soi-disant problèmes, et on s’empresse de les adopter.

Nos dirigeants sont les premiers à tomber dans ce piège et, en ce qui nous concerne, pas un seul n’aurait la moindre pensée pour la qualité de la communication, ni pour la viabilité du français. Ils vous diraient que vos lettres, vos courriels, vos communiqués, vos procès-verbaux et vos rapports sont dans les deux langues et que la façon d’en obtenir la traduction n’entre pas en ligne de compte.

Or, ce qui dans une société unilingue peut être très bon pour la traduction de catalogues ou de publications de nature générale devient un véritable poison dans une société dont la langue minoritaire ne compte que sur la traduction pour briller dans le domaine public.

C’est exactement cette situation que l’on vit au Nouveau-Brunswick: enlevons la traduction et voyons ce qu’il reste de français.

Moi-même je me demande si la traduction, qui se fait presque exclusivement vers le français chez nous, respecte l’esprit de la Loi sur les langues officielles. Rappelons-nous que le Commissariat aux langues officielles a établi que l’interprétation seule ne constituait pas une forme de communication acceptable dans les deux langues.

Pour autant, je suis d’avis que la traduction au Nouveau-Brunswick peut faire vivre le français si elle est pratiquée avec intelligence. Le langagier doit se faire aider par la technologie et non en devenir l’esclave.

Pour cette raison, il faudrait, à défaut de rédiger beaucoup plus en français, soigner la traduction et non la laisser entre les mains de traducteurs technologiques qui ne font qu’aligner des mots.

Alain Otis
Dieppe

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