Dernièrement, au Canada, il y a un mouvement qui tente de déboulonner des monuments, de brûler des symboles comme des églises et de renommer des lieux dans d’autres langues, surtout autochtones.

Nous devons reconnaître les torts causés par les pratiques du colonialisme, accepter qu’il y eût des atrocités et que ces atrocités ont eu et ont encore des répercussions désastreuses dans plusieurs communautés autochtones au pays.

Dans ce contexte, on peut comprendre par exemple, le phénomène des communautés autochtones qui ont repris ou rebaptisé le nom de leurs communautés en langue mi’kmaq et malécite. Big Cove est devenu Elsipogtog, Burnt Church est devenu Esgenoopetitj, etc. Elles ne subissent plus les noms qu’on leur a donnés, elles les choisissent elles-mêmes. C’est pour mieux refléter qui elles sont et finalement pour mieux aimer leurs communautés et pour renforcer leur sentiment d’appartenance.

On peut donc comprendre un tel mouvement. Les traumatismes que vivent encore les Premières Nations à la suite des méfaits du colonialisme des peuples envahisseurs, qu’ils soient britanniques ou français, sont loin de s’estomper.

L’anthropologue Serge Bouchard disait que pour aimer un endroit, son coin de pays, son village, il fallait premièrement le nommer. Disons qu’en Acadie, nous n’avons pas été choyés de ce côté-là, car d’autres ont pris l’initiative et décidé pour nous et pour d’autres minorités de nommer les lieux à leurs images et à leur histoire. Que l’on pense à Bathurst, Beresford, Moncton, Campbellton, Atholville, Amherst, Sackville, etc.

Au cours de son histoire, l’Acadie a aussi donné des noms d’origine autochtone – mi’kmaq et malécites – à plusieurs de ses régions. Pensons à Caraquet, Tracadie, Tabusintac, Kouchibouguac, Bouctouche, Tetagouche, Népisiguit, Pisiguit, Madawaska, Nigadoo, Shippagan, etc.
Une toponymie variée donc, qui reflète plusieurs pans d’histoire. On peut dire que la présence des peuples autochtones est assez bien reconnue, au moins au Nouveau-Brunswick.

Ceci dit, qu’en est-il de ce mouvement de renommer la rivière Saint-Jean en rivière Wolastoq, comme-ci ça allait changer l’histoire. Au contraire, c’est comme si on voulait refaire l’histoire, la réviser, l’adapter au goût du jour, à la mode des médias sociaux. C’en est à se demander à quoi au juste sert l’histoire avec un grand «H» quand tout un chacun, au fil des événements, peut en changer le cours passé, dans l’espoir qu’on l’oublie, qu’elle n’existe plus.

Changer le nom de la rivière Saint-Jean par exemple, n’efface pas ce qui s’est passé depuis 1604: la colonisation, la contribution des autres peuples, y compris le peuple acadien, à l’édification de la société d’aujourd’hui.

Cela dit, avant de sauter en l’air et de suivre un mouvement et la vague du moment, prenons le temps de réfléchir. Utilisons plutôt la toponymie pour mieux connaître notre histoire au lieu d’essayer de l’occulter.

Euclide Chiasson
Dieppe

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