J’ai marché le long des plages dernièrement, comme il me faut faire à certaines saisons. Je ramasse les bouts de plastique et de verre que j’y vois, pour que ça ne nuise pas à l’œil ou au pied. Et pour me donner bonne conscience sans doute. Une fausse bonne conscience, parce que ramasser des déchets pour les déposer dans des sacs en plastique verts qui seront transportés pour être enfouis sous terre, ça ne figure même pas, selon moi, sur le spectre des actions en appui de la conservation de la nature. Ça ne change certainement rien à la surconsommation et à la production polluante. Ça contribue certainement à cacher le problème.

Ça m’a amené à penser qu’on se fait souvent des accroires comme ça.

«Bravo à moi, j’ai appuyé une cause!» Je ne pense même pas à me demander si j’ai eu un effet, et si c’était un effet positif.

Je sais à quel point il est facile de se dire qu’on a agi parce qu’on a, par exemple, refilé ou commenté une actualité politique sur un média social comme Twitter. Pire encore une pétition internet. Alors que ça ne fait pas grand-chose – ou même le contraire d’une bonne chose si ça donne qu’on va croire ne pas avoir à prendre une vraie action de revendication.

Il faut dire que nous sommes instruits et encouragés de partout à ne pas nous prendre au sérieux comme citoyen. À consommer plutôt que de participer. Même nos gouvernements, surtout au N.-B., nous disent que nous sommes ses clients. Nos systèmes nous aiment comme consommateurs plutôt que comme citoyens.

Pensez comment toute l’industrie du recyclage peut être accusée d’être là pour nous donner bonne conscience et nous permettre de continuer à consommer, parce que si peu du recyclage, qu’on fait comme des robots, aboutit où ça devrait. Mais aussi parce que surconsommation et recyclage font bon ménage. Et si tu apportes tes propres sacs au magasin, tu es proclamé champion du sauvetage de la planète.

Le recyclage aura été le compromis qui nous aura fait perdre l’élan des premiers avertissements de notre planète voilà 40-50 ans. Ça nous a mis sur le mauvais chemin et on semble entêté de consommer jusqu’à notre fin collective.

Recycler, ha.

Tant qu’à faire, aussi bien se féliciter d’avoir vaincu la pauvreté une fois pour toutes quand on donne à la banque alimentaire.

Et quand on donne de l’argent aux femmes battues, Bravo à nous d’avoir mis fin à la violence!

Et bravo à moi d’être féministe en faisant un choix antiféministe parce que le féminisme c’est ce que chaque princesse souhaite que ce soit. Qu’est-ce que c’est que ce slogan, les choix sont politiques?

Bravo de te féliciter de poser un geste politique quand tu décides de ne pas voter lors d’une élection – les politiciens te remercient de donner beau jeu à leurs fanatiques dévoués.

Bravo d’être un fier Acadien dans ton cœur et le 15 août. Tu auras au moins le nom de ce que tu as perdu tatoué sur le cœur.

Moi, j’appelle ça se grandioser, notre façon de nous mentir à ces occasions. C’est la sucette qui fait endormir l’enfant, l’opium qui nous rend dociles, la tournure de phrase qui nous fait croire qu’on a fait du bien. Yeah right!

Au moins, on ne fait pas de mal? Même ça ce n’est point sûr. Notre autosatisfaction et notre manque de rigueur contribuent certainement au fait que la terre brûle, que les problèmes sociaux perdurent, que des politiciens médiocres sont élus et réélus. Ceux qui ont un intérêt dans le statu quo de ce monde doivent se réjouir de l’inefficacité de nos actions.

Quand il n’y a pas d’action collective batailleuse responsabilisante, il n’y a pas de salut. Mais ça, ce serait un autre sujet et j’ai des plages à nettoyer.

Rosella Melanson
Fredericton

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