En 2021, le système de garde au Nouveau-Brunswick ne devrait pas être un facteur dissuasif pour fonder une famille. Ni une raison d’empêcher les mères de retourner sur le marché du travail. Ni une raison pour les éducatrices et éducateurs de la petite enfance de chercher un emploi mieux rémunéré.

En avril dernier, le gouvernement fédéral a annoncé son intention d’investir 30 milliards de dollars sur cinq ans pour l’apprentissage et la garde des jeunes enfants, y compris pour les jeunes enfants autochtones. Il prévoit une réduction des frais de garde de 50% d’ici 2022, pour atteindre 10 dollars par jour en moyenne d’ici à 2025-2026.

Il s’agit d’une occasion en or pour se diriger vers un système universel de services de garde et de mettre en œuvre l’équité salariale afin d’assurer un salaire équitable aux éducatrices de la petite enfance. Jusqu’à présent, des ententes ont été conclues avec la Colombie-Britannique, le Yukon, l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse. Une entente est en cours de discussion avec la Saskatchewan et Terre-Neuve et Labrador.

Par le passé, le Nouveau-Brunswick a démontré son intérêt à bâtir un meilleur système de garde d’enfants pour le bien des enfants, des parents et des éducatrices, mais tarde à négocier une entente avec le gouvernement fédéral.

Si le gouvernement veut offrir des services de garde de qualité, il ne suffit pas de fournir des subventions conditionnelles aux parents. La qualité des services repose sur le recrutement et la rétention de personnel qualifié – un personnel dont le travail est actuellement sous-valorisé et sous-payé.

En 2019-2020, un total de 1520 employés en services de garderies éducatives ont quitté leur poste, soit 27,8% de la main d’œuvre. Avec un salaire moyen qui se situe autour de 18,75$ l’heure pour celles avec formation, elles sont encore loin d’atteindre l’équité salariale.

L’équité salariale, soit un salaire égal pour un travail de valeur égale, exige que l’on reconnaisse la valeur du travail à prédominance féminine et que l’on veille à ce qu’il soit rémunéré au même salaire que le travail à prédominance masculine de même valeur.

En 2012, l’économiste Ruth Rose avait déterminé qu’un salaire équitable serait de 19,97$ l’heure. Ce calcul serait nettement plus élevé aujourd’hui, compte tenu de l’évolution de la profession, telles les exigences plus élevées en matière d’éducation et l’augmentation du coût de la vie au cours de la dernière décennie.

Le système étant sous-financé, le fardeau des salaires repose largement sur les parents. Des salaires équitables subventionnés par le gouvernement permettraient d’attirer et retenir les éducatrices qualifiées dans le secteur, mais aussi d’inciter de nouvelles personnes à obtenir une formation dans ce domaine. Il faut veiller à ce que les personnes qui s’occupent de nos enfants reçoivent un salaire décent.

Au Canada, le meilleur exemple d’un système de garde public est le modèle québécois. Depuis la mise en œuvre de son système en 1997, le Québec a vu la participation des femmes au marché du travail augmenter de 8%. De plus, celles ayant des enfants en dessous de trois ans ont un taux d’emploi parmi les plus élevés au monde.

À l’heure actuelle, au Nouveau-Brunswick, le taux de participation des femmes au marché est de 57.9% se classant en avant-dernière place au pays. Avec près de 120 000 postes à combler d’ici 10 ans, la province a intérêt à maximiser la participation de la moitié de sa population, c’est-à-dire les femmes. Cela permet de stimuler l’économie, réduire le recours aux programmes d’aide sociaux et contribuer à l’augmentation des revenus fiscaux.

Selon une étude menée en 2017, le PIB provincial aurait pu grimper de 3 à 4% entre 2016 et 2026 si la participation des femmes sur le marché du travail avait augmenté. Des études démontrent que pour chaque dollar dépensé en éducation de la petite enfance, l’économie au sens large en retire entre 1,50$ et 2,80$.

Toutefois, les frais élevés de garde se sont révélés une entrave à la participation des femmes au marché du travail, avant même l’arrivée de la COVID-19. Les critiques souligneront que nos coûts sont en moyenne inférieurs à ceux des provinces les plus peuplées du Canada, mais il en va de même pour nos salaires…

En 2020, le coût mensuel médian pour la garde d’un nourrisson pouvait s’élever jusqu’à 868$/mois en fonction de la région du N.-B. La réduction des frais à 10$/jour, envisagée par le gouvernement fédéral, permettrait aux parents néo-brunswickois de sauver jusqu’à 7816$ par enfant annuellement. Il est à noter que dans les provinces et territoires qui ont adopté des politiques facilitant l’emploi des femmes, telles que des garderies éducatives abordables, on peut observer une augmentation du nombre de naissances et du développement économique.

Nous avons une occasion unique d’établir un système de garde universel. Une occasion de négocier un système qui assurera des salaires équitables pour nos éducatrices, des services de qualité pour nos enfants et qui encouragera la pleine participation de nos citoyennes au marché du travail. Nous affirmons depuis longtemps qu’un tel système est un pilier important de l’infrastructure sociale et économique de notre province.

C’est l’occasion pour le Nouveau-Brunswick d’être à la tête d’un moment transformateur – ne ratons pas cette chance.

Krysta Cowling

Présidente de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick

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