La pandémie actuelle nous a plongés dans une crise d’envergure dans le secteur infirmier.

Pratiquement partout au pays, et dans chaque établissement de soins de santé, il n’y a pas suffisamment de personnel de première ligne pour dispenser les soins de qualité dont la population canadienne a besoin. Notre système de soins de santé est au bord de la catastrophe.

Nous devons arrêter de planifier dans le noir lorsqu’il s’agit des soins de santé. La pénurie de personnel infirmier, crise de longue date, requiert une meilleure planification à l’échelle nationale. Une agence fédérale de la main-d’œuvre en santé – s’inspirant sur ce qui existe déjà dans l’industrie de la construction au Canada – nous permettrait de mieux gérer les besoins en personnel et à concevoir un système de soins de santé répondant vraiment aux besoins de la population canadienne.

La crise actuelle ne se limite pas aux postes vacants en ce moment; un nombre alarmant d’infirmières et d’infirmiers cherchent la porte de sortie. Selon un sondage national mené avant la COVID-19, 60% du personnel infirmier avait l’intention de quitter son emploi au cours de l’année, et plus du quart mentionnent même vouloir quitter la profession.

Pour arrêter l’hémorragie, il faut, impérativement, un moratoire national sur les mises à pied dans le secteur infirmier, ainsi que des stratégies innovatrices de maintien en poste. Les stratégies de recrutement sont vitales mais le succès de l’intégration des nouveaux diplômés dépend grandement du mentorat offert par les infirmières et les infirmiers plus expérimentés.

Si les gouvernements n’agissent pas de toute urgence, un plus grand nombre d’infirmières et d’infirmiers choisiront de quitter la profession. En attendant, la population canadienne verra seulement la qualité des soins se détériorer et devra attendre plus longtemps pour les recevoir.
Avant la pandémie, le personnel infirmier étaient déjà aux prises avec des charges de travail impossibles à gérer, des heures supplémentaires excessives et souvent obligatoires, l’omniprésence de la violence au travail et un manque constant de protection.

Ces conditions ont eu des répercussions alarmantes sur la santé mentale et physique du personnel infirmier. Parmi plus de 7000 infirmières et infirmiers ayant participé à un sondage en 2019, 9 sur 10 mentionnent des symptômes de burn-out. Les taux de dépression, de trouble d’anxiété généralisée et d’ESPT étaient similaires à ceux des policiers et des agents correctionnels.

La pandémie n’a fait que rajouter à la charge psychologique du personnel infirmier. Voir ses patients, ses résidents et ses collègues tomber malades ou mourir, s’inquiéter du risque de ramener la COVID-19 à la maison et à sa famille, et ne pas se faire offrir les EPI adéquats pour faire son travail en toute sécurité n’a fait que miner davantage la santé mentale du personnel infirmier.

La pandémie a aussi mené à d’innombrables heures supplémentaires, à des quarts de travail consécutifs de 12 heures et à l’annulation des congés prévus à l’horaire; les infirmières et les infirmiers n’ont eu aucun répit.

Au début de 2021, environ 20% de tous les postes vacants au Canada – près de 100 000 postes – se trouvaient dans le secteur de la santé et des services sociaux. Les postes infirmiers demeurent souvent vacants pendant 90 jours ou plus, une tendance susceptible de se maintenir car de plus en plus d’infirmières quittent la profession.

Plus récemment, et en raison des années de négligence de la part du gouvernement, les provinces en sont venues à supplier d’autres provinces pour qu’elles leur envoient des infirmières et à embaucher du personnel sans les compétences spécialisées nécessaires, afin de parer au plus pressé.

Au Nouveau-Brunswick, la pénurie de personnel infirmier est désastreuse avec plus de 800 postes infirmiers vacants dans toute la province. Plusieurs infirmières et infirmiers font régulièrement des quarts de travail de 24 heures en raison du manque de personnel. Le personnel infirmier se sent extrêmement stressé et à bout. Plus de 90% des infirmières et des infirmiers mentionnent une détérioration des soins de santé et soulignent que les soins aux patients vont continuer de diminuer si la pénurie actuelle et les conditions de travail négatives persistent.

Pendant que les politiciens nous applaudissaient lorsque les caméras étaient braquées sur eux, plusieurs cherchaient à nous nuire derrière la scène. Bien que la COVID-19 ne soit pas encore dans le rétroviseur, certaines provinces cherchent déjà à équilibrer leur budget sur le dos du personnel infirmier grâce à des gels de salaires, des réductions et des mises à pied.

Nous, infirmières et infirmiers, voulons offrir à nos patients les soins qu’ils méritent, nous voulons nous sentir en sécurité lorsque nous nous rendons au travail et nous voulons être traités équitablement par nos gouvernements et nos employeurs.

Le 17 septembre, les infirmières et les infirmiers manifesteront au Nouveau-Brunswick et partout au Canada pour revendiquer les changements transformateurs nécessaires pour améliorer le système de soins de santé pour tous. Notre système universel de soins de santé, financé par l’État, est depuis longtemps une source de fierté nationale; nous espérons que toutes les personnes du Canada se joindront à nous pour lutter contre l’érosion de cet important trésor national.

Linda Silas
Infirmière immatriculée
Présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers

Paula Doucet
Infirmière immatriculée
Présidente du Syndicat des infirmières et des infirmiers du Nouveau-Brunswick

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle