J’ai récemment répondu à quelqu’un qui demandait si les Acadiens avaient des mots adoptés des Premières Nations. J’étais fière d’en mentionner quelques-uns: madouesse, pour porc-épic comme dans Madawaska, pays de porcs-épics, mocôque, un si beau mot pour des terres humides, mashcoui, l’écorce de bouleau avec quoi on fait des barques, y compris des barquettes pour la tire d’érable. Il me dit alors qu’il cherchait plutôt si l’Acadie avait couramment le même phénomène qu’en Nouvelle-Zélande avec la langue Māori.

Au lieu de lui enseigner comment poser une question, j’ai fouillé pour savoir ce qu’il cherchait.

La Nouvelle-Zélande, un pays de 5 millions d’habitants, colonisé par les Britanniques comme le Canada, a actuellement une relation telle avec sa Première Nation que depuis quelques années des mots Māoris sont adoptés par les non Māoris.

On dit que ce serait parce que les non-autochtones ressentent une telle affinité avec les Maoris qu’ils embrassent leur langue, qui est une langue «officielle» depuis 25 ans.

Ce peuple autochtone, qui a été forcé dans les écoles résidentielles assimilatrices pendant 150 ans, comme au Canada, représente 17% de la population du pays.

En comparaison, les peuples autochtones du Canada ne représentent que 5% de la population canadienne et ont 60 langues, dont plusieurs sont en danger de disparition.

Je me suis alors rappelé que j’avais remarqué ce phénomène les quelques fois dernièrement que j’ai voulu lire des articles de journaux anglophones de la Nouvelle-Zélande. Tout d’un coup il y avait des mots comme whanau ou kai. Les linguistes du monde s’intéressent à ce qui se passe dans ce pays, parce que c’est si rare qu’une minorité influence la langue de la majorité.

Je suis donc revenue à celui qui m’avait posé la question, pour lui dire que les mots acadiens empruntés des Mi’kmaqs et des Wolastoqey l’ont été il y a quelque 350 ans et ce n’est pas demain qu’on reverra ce même phénomène ici.

Est même loin le jour où les anglophones embrasseront la langue française à ce point. Ce n’est pas demain que les anglophones se diront eux «right fiers».

Si, ces derniers temps, j’ai appris de nouveaux mots des langues mi’kmaqs et wolastoqey, ce n’est pas parce que je pensais pouvoir m’en servir, c’est plutôt par curiosité personnelle. Welalin, c’est Mi’kmaq pour merci, vous me traitez avec respect (I do well by you).

Comme toujours lorsqu’on s’expose à une autre langue, on en apprend sur la culture de ceux qui la parle.

Dans un autre effort pour comprendre des choses, je lis présentement le livre de l’aîné Mi’kmaq de la Nation Sipekne’katik, Daniel Paul, Ce ne sont pas nous les sauvages.

On sait tous que les Premières Nations ont beaucoup aidé les premiers Acadiens à survivre aux hivers et, plus tard, à survivre aux chasseurs d’Acadiens. Mais il était bon de lire ce que M. Paul dit: «On ne peut que spéculer sur le résultat d’une victoire des Français dans leurs guerres contre les Anglais pour le contrôle de la Nouvelle-Écosse. Compte tenu des bonnes relations qu’ils entretenaient avec les Mi’kmaq, il est raisonnable de supposer qu’un genre de fusion des deux cultures aurait pu se produire. Il est presque certain que les Mi’kmaq auraient prospéré et se seraient vu accorder l’égalité.»

Nos amis des Premières Nations ont souffert de notre départ par déportation brutale. L’historien Brian Cuthbertson dit dans son livre, Stubborn Resistance, New Brunswick Maliseet and Mi’kmaq in defence of their lands: «Les conséquences pour les Malécites et les Mi’kmaqs ont été immédiates et dévastatrices en raison de leur dépendance à l’égard des Acadiens qui leur fournissaient une grande part de leur nourriture, et à l’égard de l’armée française, qui leur fournissait la grenaille et la poudre dont ils avaient besoin pour chasser; en expulsant les Acadiens, les Britanniques avaient détruit leur soutien logistique… La défaite française signifiait que les Malécites et les Mi’kmaqs n’avaient d’autre recours que de chercher à faire la paix avec les Anglais en raison de leur dépendance à l’égard des produits européens.»

Nous sommes 250 ans plus tard et les liens des Acadiens avec les Mi’kmaq et les Wolastoqey n’ont pas été maintenus, pas officiellement au moins.

Plusieurs de nous ici aujourd’hui ont grandi avec une grande empathie envers eux, mais à travers les années et dernièrement, les Acadiens n’ont pas participé à leur défense contre les pertes répétées qu’ils ont subies.

Dès le milieu du 19e siècle, les représentants acadiens et les Acadiens en quête de terres étaient parmi ceux qui ont cherché à réduire encore et encore les réserves ayant été «concédées» aux Premières Nations qui n’ont en fait jamais cédé leur terre.

Quand leurs enfants ont été mis de force dans des écoles d’assimilation, les Acadiens n’ont pas été à leur côté pour les défendre. Pas même ceux qui se disent aujourd’hui «métis» acadien. Et parlant de ces fraudeurs, trop peu d’Acadiens, de représentants et d’organismes acadiens les dénoncent, et les peuples autochtones le remarquent.

Au Nouveau-Brunswick, la Première Nation Wolastoqey demande que la rivière Saint-Jean retrouve son nom d’origine, Wolastoq.

C’est Champlain qui l’a renommé en la voyant pour la première fois en 1604, «sans considérer que d’autres l’avaient déjà nommé», comme on le disait récemment sur les ondes de Radio-Canada.

Je ne nous vois pas dire aux Wolastoqey, vous ne pouvez pas appeler votre rivière Wolastoq. «On sait que vous vous identifiez à la rivière Wolastoq et qu’elle a été votre source de transport et de survie pendant des millénaires avant notre arrivée. Mais tout ça ne pèse pas autant que le fait que notre ancêtre l’a «découverte» le jour de la Saint-Jean.» Quoi, on est d’accord avec des changements qui ne nous coûtent pas?

La réconciliation de l’Acadie avec les Mi’kmaq et les Wolastoqey est quelque peu entamée ces temps-ci, grâce à nos organismes et surtout à la bonne volonté continue de ces peuples autochtones.

Il faudra faire bien plus, individuellement et collectivement pour déplacer le monde un peu pour leur redonner leur place.

Ce sera fait par de grands et de petits gestes.

Rosella Melanson
Fredericton

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle