À l’ère de la télévision et des réseaux sociaux, chacun, semble-t-il, cherche son moment de gloire. On dit ou on présente impunément n’importe quoi. Et quand la réaction est très négative ou outrageante, on dit avoir été mal cité ou incompris.

Le conseil scolaire catholique Providence en Ontario – région de Windsor, London et Sarnia – a soit brûlé, soit détruit des livres qui, selon un comité affairé à la tâche, représentaient mal la réalité des Premières Nations: geste qui a été posé en guise de réconciliation. Ce sont près de 5000 livres qui n’apparaissent plus sur les étagères. Une véritable aberration. Comment un conseil scolaire a-t-il pu se laisser embrigader dans une pareille aventure? Brûler des livres n’est tout de même pas un acte banal. C’est de l’épuration littéraire.

Et comme preuve de la sincérité des Blancs, on a profité des cendres pour nourrir un arbre nouvellement planté, question de «tourner le négatif en positif». Un rituel qu’on a caractérisé de «purification par la flamme». Des gestes qui font partie de la culture du bannissement. L’Église par son Inquisition, Hitler dans sa soif de purification ethnique, Mao voulant détruire tout ce qui contrariait son idéologie et les combattants de l’État islamique aspirant vers un même but, tous ont posé des actes pareils dans un même esprit: «la purification par la flamme».

La conseillère auprès des instances scolaires, Suzy Kies, coprésidente de la Commission des peuples autochtones du Parti libéral du Canada, se réclame d’une ascendance abénakise et, à ce titre, se présente comme la «gardienne du savoir» autochtone. Des chefs de bande, après une recherche dans les registres, ne trouvent pas et ne reconnaissent pas l’appartenance de Mme Kies à leurs communautés. Devant la controverse qui s’ensuivit, Mme Kies a démissionné de son poste tout juste avant le débat des chefs, non pas parce qu’elle regrettait l’horreur à laquelle elle s’était prêtée à titre de conseillère, mais pour ne pas nuire à son chef, Justin Trudeau, et à son parti. Impressionnant!
Ces livres et ces bandes dessinées, dont des Tintin, des Astérix et des Lucky Luke, des encyclopédies et des bouquins dénonçant le traitement horrible qu’on a fait subir aux jeunes des pensionnats autochtones ont été écrits et dessinés à une autre époque. Le terme «Indien», par exemple, sur un des albums de Tintin n’était pas inapproprié jadis pour exprimer la réalité autochtone. De là, l’occasion d’entrer en dialogue avec les jeunes en milieu scolaire pour leur faire comprendre que les choses ont évolué et que le terme est actuellement considéré comme étant péjoratif. Ça, c’est poser un acte pédagogique approprié. C’est développer chez eux un esprit critique. Ce n’est sûrement pas en brûlant les livres que les liens entre Blancs et Autochtones iront s’améliorant.

Le livre Les Esquimaux publié en 1981 a été retiré des bibliothèques parce que le terme utilisé par l’auteur pour parler des Inuits est péjoratif. Ça ne l’était pas. Il l’est devenu depuis.

La biographie de l’explorateur Étienne Brûlé intitulée Le fils des Hurons des auteurs Claude Larocque et Denis Sauvé a subi le même sort. On n’aime pas le tableau apparaissant sur la couverture et qui présente des autochtones torse nu. C’est de la censure et c’est inacceptable. Et, si la commission scolaire n’avait pas cette semaine décidé de publier un communiqué où elle dit regretter sa décision de brûler des livres, on lui reprocherait d’ignorer ce qu’est la honte. Si ce n’eut été de la pandémie et si ce n’eut été de la controverse que le phénomène a créée chez les parents et les enseignants, le rituel de lancer les livres sur le bûcher aurait pu se répandre à l’entièreté d’un district qui comprend trente écoles. Quel exemple à donner!

La voie de la réconciliation pourrait être longue, mais il faut qu’elle soit. Ce n’est pas, toutefois, en brûlant des livres et en vidant les bibliothèques qu’on arrivera à réparer les torts infligés aux autochtones au cours des siècles. Là-dessus, les leaders des Premières Nations sont tout autant d’accord. Il faudra un dialogue, un qui soit vrai et sincère, avec des peuples dont la culture, les langues, et les manières d’être ont tout autant de richesse que celle de tous les autres peuples. Être né de race blanche ne garantit pas la supériorité.

Hector J. Cormier
Moncton

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle