Dans une lettre publiée dans la section Opinion de l’Acadie Nouvelle, en début de semaine, des professionnels de la santé imploraient les personnes éligibles à se faire vacciner, plus précisément celles souffrant d’obésité ou de surpoids, les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques.

En effet, les facteurs de risque de complications sévères à la suite d’une infection par la COVID-19 incluent l’âge avancé et la présence d’une comorbidité comme le diabète, l’obésité et les maladies cardiovasculaires. Il est quelque peu surprenant de constater qu’il s’agit d’un point rarement mentionné lorsqu’on parle de stratification du risque de COVID-19. Ce groupe de professionnels de la santé a toutefois jugé important de laisser tomber le stéthoscope et de prendre la plume pour faire connaître ce fait important.

À juste titre, en regardant globalement l’état de santé de notre province, le Nouveau-Brunswick fait malheureusement piètre figure au niveau de ces indicateurs de la santé.

Selon le portrait de la santé de la population du Conseil de Santé du N.-B. (CSNB) de 2016, 26,4% des adultes étaient obèses. De plus, l’obésité était fortement associée à 8 des 10 principaux problèmes de santé qui sont les plus fréquents au Nouveau-Brunswick. Dans son rapport «Les problèmes de santé chroniques et la qualité des services de santé: les besoins sont-ils satisfaits?» du CSNB, il était rapporté que les problèmes de santé chroniques survenaient à un âge plus précoce au Nouveau-Brunswick et que 6 personnes sur 10 qui présentaient trois problèmes de santé chroniques ou plus avaient moins de 65 ans. Dans un rapport du CSNB, où l’on traite de l’espérance de vie en baisse dans la province, on stipule qu’entre 2012 et 2016, environ 1800 personnes par année sont décédées de causes évitables au Nouveau-Brunswick.

Des décès prématurés qui auraient pu être évités grâce à des efforts de prévention primaire, comme l’adoption d’un mode de vie sain.

Parmi les facteurs de risque qui contribuaient à au moins 7 des 10 principales causes de décès évitables au Nouveau-Brunswick, on y retrouvait le tabagisme, la sédentarité, l’hypertension artérielle et l’obésité. Il s’agit de conditions qui augmentent le risque d’une personne pour de nombreuses maladies et affections chroniques, y compris la COVID-19.

Nous savons déjà que l’activité physique joue un rôle important en prévention par son rôle protecteur des maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète, les accidents cérébraux vasculaires et certains types de cancer, la maladie mentale, la démence, en plus d’avoir un effet bénéfique sur le bien-être. De plus, les personnes qui adoptent un mode de vie sain et qui pratiquent l’activité physique de façon régulière vivent non seulement plus longtemps, mais plus longtemps en bonne santé. Selon le dernier portrait de la santé des populations de 2016 du CSNB, 49,2% des Néo-Brunswickois étaient modérément actifs ou actifs à chaque jour alors que la moyenne canadienne se situait à 53,7%.

Dans un article paru dans le British Journal of Sports Medicine en 2021, il a été démontré que les chances de développer des complications sévères après avoir contracté la COVID-19 étaient plus grandes chez les adultes infectés qui n’atteignaient pas les recommandations d’activité physique, soit d’accumuler 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse par semaine.

Dans cette étude portant sur 48 440 personnes, l’activité physique a été mesurée par auto déclaration et trois choix étaient possibles: régulièrement inactif, parfois actif et régulièrement actif. L’inactivité physique augmentait le risque d’être hospitalisé, d’être admis aux soins intensifs et de mourir en raison d’une infection à la COVID-19. Parmi tous les facteurs de risque communément connus de complications sévères par suite d’une infection à la COVID-19 (tabagisme, obésité, hypertension, cancer et maladies cardiovasculaires), l’inactivité physique était d’ailleurs le facteur de risque le plus fort.

En fait, il est possible que son importance soit même sous-estimée en raison de l’effet connu de l’activité physique sur la réduction de la présence d’un grand nombre de ces autres conditions chroniques.

Toutefois, une certaine précaution s’impose, car il s’agit d’une étude observationnelle qui ne permet pas d’établir une relation de cause à effet. Cela dit, il existe de nombreuses autres études suggérant que la pratique régulière d’une activité physique améliore la santé et réduit les risques de développer des maladies chroniques. Suivant la publication de cet article, d’autres ont d’ailleurs suivi avec des cohortes encore plus importantes, par exemple de la Suède et de la Corée du Sud, et ont montré des effets protecteurs similaires.

Dans son analyse publiée dans la section Opinion de l’Acadie Nouvelle de septembre dernier, Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de Sciences Analytiques en Agroalimentaire, écrivait qu’une bonne alimentation constituait le meilleur vaccin pour aider notre système immunitaire quel que soit le virus ou la maladie chronique. Il est de mise d’ajouter qu’une bonne alimentation ainsi que l’adoption d’un mode de vie actif constituent le meilleur vaccin.

Le Nouveau-Brunswick se doit d’investir dans des mesures de santé préventives pour augmenter l’état de santé de ses citoyens, comme l’augmentation des niveaux d’activité physique de la population.

Il existe en effet des preuves irréfutables dans la littérature sur l’efficacité d’une pratique régulière d’activité physique dans la prévention primaire et secondaire de plusieurs maladies chroniques et de décès prématurés.

En ayant au quotidien une vie active, on diminue les comportements sédentaires qui sont néfastes pour la santé. Et lorsqu’un virus tel que le SARS-CoV-2 est présent dans la population, celle-ci est bien équipée pour le combattre.

En plus de ce qui est mentionné dans les discours de santé publique, l’activité physique devrait être encouragée par nos dirigeants comme moyen efficace de se protéger contre la COVID-19.

Tous les niveaux de gouvernement, qu’ils soient municipaux, provinciaux ou fédéraux, devraient redoubler d’efforts et rendre la pratique d’une activité physique régulière plus accessible à tous.

Annie-Pier Fortin, MSc
Membre du CA de l’Association de Kinésiologie du N-B (AKNB)

Grant Handrigan, PhD
Professeur agrégé, École de Kinésiologie et Loisir, UdeM,
Directeur, Centre de Recherche en Kinésiologie, Loisirs et Vie Saine

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle