On m’a fait savoir récemment qu’il est de mise, peu après la nomination d’une personne non qualifiée à un poste, une fois passées les réactions immédiates de contestation, qu’il est de mise que les contestataires deviennent gracieux et bienveillants envers l’intrus sous-qualifié.

On ne m’a pas expliqué pourquoi on se ferait ça à soi-même.

Ça rappelle ce que les femmes battues s’entendaient dire: «Essaye plus fort de le comprendre.»

C’est comme dire, eh ben, le voleur est déjà là dans la maison, aussi bien laisser la porte ouverte et lui faire du thé.

Prenons en exemple la nomination de personnes unilingues dans des postes bilingues – un passe-droit qui n’est accordé qu’aux anglophones, on s’entend.

Les coupables sont bien sûr ceux qui ont nommé ces personnes. Ils ont délaissé leurs responsabilités et choisi de sacrifier les citoyens francophones, sans raison. Disons Justin Trudeau.

Mais ceux qui acceptent un poste qu’ils se savent incapables de remplir, ces effrontés aussi se moquent du groupe qu’ils ne pourront desservir et de leurs droits. Ils acceptent parce qu’ils se sentent en droit d’occuper un tel poste. Ils sont les complices. Disons Brenda Murphy et Mary Simon.

Ces personnes n’ont jamais la grâce de s’adresser aux francophones pour reconnaître qu’elles leur nuisent et qu’elles collaborent à faire fi de leurs droits acquis. Au plus, elles prennent un air penaud et disent qu’elles «amélioreront» leur français inexistant, enfin, s’il faut, in extremis, à salaire, à la longue.

Comme une internaute a écrit sur Twitter à ce sujet: «Sans obligation de résultat, sans objectif déterminé et sans échéance précise.»

Et pourquoi ressentent-elles tout d’un coup le besoin d’apprendre l’autre langue officielle, à leur âge? L’appât de la gloire?

En 2019, alors que les Acadiens du Nouveau-Brunswick étaient accablés de tout bord par un premier ministre Blaine Higgs unilingue hostile, dirigeant un parti qui n’avait aucun lien avec les Acadiens et gouvernant sans les francophones, pactisant avec un parti anti-acadien, alors qu’on blâmait le français pour la crise des ambulances et les coûts des autobus scolaires, en cette année de 50e anniversaire du bilinguisme provincial, Justin Trudeau, représentant le «gouvernement protecteur des langues officielles», nomme une unilingue au poste de lieutenant-gouverneur. Comme si des centaines de Néo-Brunswickois bilingues, dont nombre d’anglophones de tous les genres, n’étaient pas disponibles et capables de remplir les tâches simples de ce poste symbolique.

Connaissant la personne nommée pour son excellent travail pour l’égalité et l’empowerment, j’ai gagé, naïve, qu’elle n’accepterait pas.

Comme le politologue Roger Ouellette a écrit dans l’Acadie Nouvelle: «Pourquoi ne pas avoir voulu récompenser les efforts d’un membre bilingue de la communauté anglophone?» Encore et encore, certains veulent démontrer que le français est inutile.

Puis en 2021, Justin Trudeau nomme Mary Simon qui ne parle pas le français, bien qu’il existât des listes de candidats tout aussi impressionnants qui étaient autochtones et francophones.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est comme si les parlant-français sont stéréotypés «homogènes», francophones est la seule chose qu’on est. On ne pense pas à nous comme potentiellement autochtones, immigrants, racisés, de diverses orientations sexuelles. Il y a une colonne «francophone» et les autres colonnes.

Ces personnes unilingues ne vont pas apprendre le français, je n’ai aucune illusion. Mais même si à la fin de leur mandat, elles pouvaient me répondre quand je demandais «Pis, cosse-tu fais de bon?», je contesterais toujours leur nomination. Là n’est pas la question. Ceci n’est pas une école. Ceci est une démocratie, ces postes sont politiques, donc je réagis comme citoyenne politique.

Et il y a moyen d’enseigner le français langue seconde qui coûte moins, et je ne parle pas seulement du coût monétaire.

Face à ceux qu’on «force» à apprendre le français, on voudrait nous convertir en tuteurs, en meneurs de claque. Ce tour de passe-passe que certains veulent toujours nous faire – les francophones seraient responsables de l’unilinguisme des anglophones – ça ne passe pas. Je suis citoyenne, pas ta mère.

C’est pourquoi, quand Brenda Murphy ou Mary Simon lisent des syllabes à la française pendant quelques minutes une fois l’an, je ne m’intéresse aucunement à évaluer ou saluer leur progrès.

On ne me fera pas oublier qu’elles sont complices par intérêt personnel et que d’autres, tout aussi qualifiés, auraient pu être nommés sans se moquer de nos droits.

Rosella Melanson
Fredericton

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