Récemment, l’Acadie Nouvelle publiait un excellent dossier sur le bilinguisme officiel au N.-B. Au-delà des chiffres et des statistiques déplorables après plus de 50 ans de la Loi sur les langues officielles chez nous; il est évident que les sentiments de respect mutuel et de fierté collective à se définir comme la seule province officiellement bilingue ne font plus partie de notre ADN linguistique.

Nous avons beau nous targuer de lois reconnaissant l’égalité du français et de l’anglais dans la prestation de services gouvernementaux; en plus d’une loi statuant l’égalité de nos deux communautés linguistiques et de leurs enchâssements dans la constitution canadienne; ces droits ne pèsent pas lourd dans notre balance démocratique quand à peine 15,4% de notre majorité sent le besoin de s’identifier comme citoyen bilingue.

Nous sommes à un point où il y a plus d’anglophones au N.-B. qui n’ont même pas l’anglais comme langue maternelle (35,8%), qu’il y a de francophones ayant le français comme langue maternelle (31,4%). Cette proportion ne fait que s’amplifier au niveau du pays à un moment où Statistiques Canada n’a pas encore publié les résultats du recensement 2021.

Lors du dernier recensement, la langue parlée qui avait obtenu la plus grande augmentation au Canada était le tagalog, une langue parlée aux Philippines. Il y avait au moins cinq autres groupes linguistiques dont la croissance dépassait le 40% d’augmentation: le mandarin 51%, l’arabe 47%, l’hindi 44%, le créole 42% et le bengali 40%.

Comprenez-moi bien, j’appuie les efforts d’immigration des différents paliers de gouvernements et on prévoit en accueillir plus de 350 000 en 2022. Nos leaders francophones, acadiens et québécois répètent depuis des décennies que nous devons cibler les 40 pays de la francophonie internationale et mieux encadrer cette migration massive afin de les intégrer à nos communautés linguistiques et culturelles sinon notre poids démographique et démocratique continuera à diminuer.

Le rapport des commissaires Finn et McLaughlin nous interpelle en nous demandant que sont devenus les 36,9% d’élèves anglophones inscrits en immersion française depuis des décennies. Où sont ces nombreux étudiants des cours d’immersion des années 1970-1980-1990 qui n’hésitaient pas à se tenir debout en pleine réunion publique pour vanter les vertus du bilinguisme officiel dans notre province?
Quand avons-nous entendu, récemment, un leader anglophone faire l’éloge et la promotion du bilinguisme officiel au N.-B.?

Les francophones bilingues de notre province (72%) ne sont pas uniquement bilingues afin de postuler un emploi dans la fonction publique municipale, provinciale et fédérale. Ces francophones ont endossé l’uniforme du bilinguisme pour témoigner cette valeur ajoutée avec respect, fierté et attitude positive à bâtir une société bilingue.

Aussi longtemps que ces mêmes sentiments de respect et de fierté ne seront pas partagés par la majorité anglophone; nos leaders acadiens, nos députés francophones et nos médias pourront continuer à plaider nos droits et défendre nos nobles causes: nos gains seront minimes sinon ce sera le statu quo.

Nous sommes, un peu, victimes de nos succès avec les garanties constitutionnelles de nos droits linguistiques individuels et institutionnels. Surtout avec la Loi 88, respectant nos droits à des institutions distinctes, nous avons édifié des unités institutionnelles unilingues afin de nous protéger contre l’assimilation et nous permettre un meilleur épanouissement dans notre langue et notre culture.

Les nombreux succès réalisés dans tous les secteurs de nos activités, tout en nous protégeant de l’assimilation; encouragent l’isolement de nos deux communautés linguistiques à se développer en silos institutionnels distincts, n’ayant plus besoin d’une certaine solidarité commune dans notre projet d’une société bilingue.

Je ne propose nullement de faire marche arrière ni de mettre en question les nombreuses initiatives couronnées de succès surtout en éducation. Je comprends que le paysage politique a changé au cours des années. Les circonscriptions les plus résistantes au bilinguisme ont toujours été omniprésentes, peu importe le parti au pouvoir.

Je trouve très intéressante, même essentielle la recommandation du rapport de Me Yvette Finn et John McLaughlin de créer un comité de l’Assemblée législative sur les langues officielles. La convivialité et le décorum moins pompeux des comités de l’Assemblée législative laissent plus d’espace pour le travail en coulisse et produisent de meilleurs résultats que les plus fervents discours sur le parquet de l’Assemblée.

Tendre la main avec fermeté et dignité n’est pas un signe de faiblesse ni de soumission; il s’agit plutôt d’un gage de sécurité affirmant notre statut d’égalité dans cette poursuite à faire du N.-B. une province réellement bilingue.

Gérald H. Clavette
Rivière-Verte

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