L’écrivain français Michel de Montaigne disait: «Pauvreté n’est pas vice, mais la pauvreté n’a jamais été un sujet de gloire nationale…». Actuellement, les médias rapportent les préoccupations de la population au sujet de la hausse de l’essence pour les personnes ayant un véhicule. Cependant, on parle moins des effets dommageables de la hausse du coût de la nourriture. Statistique Canada rapportait le 18 mai dernier que le prix des aliments avait augmenté de 9,7% au cours de la dernière année. Les prix ont augmenté de 8,2% pour les légumes, de 10,0% pour les fruits, de 10,1% pour la viande, de 12,2% pour le pain et de 19,6% pour les pâtes alimentaires.

L’impact inévitable des hausses du prix des aliments va générer un état d’insécurité alimentaire pour bien des ménages. Statistique Canada mesure la gravité de l’insécurité alimentaire à partir de questions portant sur le fait qu’il n’y a pas assez d’argent pour se procurer la nourriture nécessaire pour couvrir les besoins essentiels. Les chercheurs classent l’insécurité alimentaire en trois situations: 1) marginale: lorsqu’on a de la difficulté d’accès à la nourriture et qu’on est inquiet de manquer de nourriture; 2) modérée: lorsqu’on doit faire des compromis en matière de qualité et/ou de quantité de nourriture et 3) grave: lorsqu’il y a des signes de consommation alimentaire réduite ou perturbés. Les données de 2020 indiquaient que, au Nouveau-Brunswick, 11,7% des personnes tombaient dans l’une ou l’autre de ces trois insécurités alimentaires. Ce pourcentage va probablement augmenter, donc entraîner des conséquences désastreuses sur la santé et le bien-être de la population.

Pourquoi tant de personnes manquent-elles d’argent pour se procurer de la nourriture? Ces moins nantis, ce sont d’abord les assistés sociaux. La province dispose actuellement de deux programmes : celui de prestations prolongées et celui d’assistance transitoire. Dans le groupe recevant des prestations prolongées, il y a les individus qui reçoivent 732$, par mois, les ménages ayant un enfant qui reçoivent 1022$ et des unités de deux adultes qui reçoivent 1043$. Quant au deuxième groupe, celui recevant de l’assistance transitoire, il comprend les personnes seules aptes au travail et qui ne reçoivent que 593$ par mois. Il y a également, entre autres, les unités de deux personnes qui reçoivent mensuellement 931$ s’il y a un enfant ou et 948$, si ce sont deux adultes. En tenant compte du coût du loyer en plus de celui de la nourriture, il n’est pas surprenant que toutes les personnes qui dépendent de l’assistance sociale vivent dans la grande pauvreté.

Une autre catégorie de moins nantis, ce sont les personnes qui travaillent au salaire minimum, particulièrement si elles occupent un emploi à temps partiel. Bon nombre d’entre elles doivent se priver de nourriture, surtout si elles doivent payer de l’essence pour se rendre au travail.

Le rapport annuel sur les prix alimentaires, préparé par des chercheurs de l’Université Dalhousie, de Guelph, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique, estime le prix des aliments pour nourrir différents groupes d’âge en 2022. Les coûts mensuels prévus pour les quatre groupes d’âge suivants sont: garçon de 14 ans, 352$; homme de 31 ans, 315$; fille de 9 ans, 289$ et femme de 31 ans, 283$. Il est impossible pour les prestataires d’assistance sociale et les bas-salariés de débourser de tels montants pour leur épicerie.

Le ministère du Développement social du Nouveau-Brunswick a pour mission d’offrir des programmes et des services qui assurent la protection et les soins des personnes et des familles. Il doit offrir les ressources dont la population a besoin pour vivre en santé et en sécurité. Présentement, un soutien financier pour atténuer la hausse du coût des aliments semble essentiel pour assurer la sécurité alimentaire des enfants et de leurs parents dont le revenu est inférieur au coût du panier de consommation.

Il y a des précédents au sein du ministère de Développement social où on trouve certaines politiques visant à soulager les personnes en situation de pauvreté. Pensons, entre autres, aux prestations spéciales telles que celle du supplément au chauffage qui permettent d’ajouter un certain montant aux prestations d’aide financière de base. En vue d’éviter l’insécurité alimentaire des prestataires d’assurance sociale, principalement celle des familles ayant des enfants, il est important que le personnel de ce ministère identifie comment une telle aide financière, spécifique pour l’alimentation, pourrait être administrée et distribuée aux personnes dans le besoin. Les employés dont le revenu est en-dessous du seuil de pauvreté devraient également être admissibles à recevoir un appui financier.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a la responsabilité de gérer la province en vue du bien commun. Le besoin d’une alimentation adéquate est un droit humain. Espérons que les décideurs politiques en tiendront compte.

Auréa Cormier
Secrétaire du groupe de formation en justice sociale
Moncton

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