Je tiens à exprimer mon inquiétude quant aux effets pervers d’une attitude autoritaire de la part des gestionnaires du réseau Vitalité auprès du personnel et des membres du conseil d’administration, muselé et tenu au silence sous peine de conséquences graves.

Cette atmosphère peut prendre diverses formes et certains préfèrent parler avec leurs pieds en quittant ce milieu inhospitalier plutôt que de vivre l’humiliation de devoir accepter de travailler avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. D’autres restent, mais il ne faut pas croire que ceux qui les entourent ne sont pas affectés par l’ambiance créée par cette situation: tout se sait et se ressent dans un environnement où pourtant tous ont un objectif commun, celui de donner les meilleurs soins de santé possible.

Quand on ne comprend pas une situation, on se fait les pires scénarios. Ces temps-ci les occasions sont nombreuses pour susciter de telles inquiétudes et elles érodent la confiance dans les leaders et dans le système lui-même. Conséquences: perte de motivation, de performance, de satisfaction au travail, de sentiment d’appartenance, augmentation du risque de faire des erreurs, absentéisme, retraites anticipées ou changements complets des plans de carrière, tout cela au détriment de la qualité de soins déjà exacerbés pour toutes sortes de raisons.

Les membres du personnel touchés apportent à la maison et dans leur entourage un sentiment qui se traduit dans la communauté par une perte de confiance dans un milieu de santé, un milieu qui se doit d’être rassurant, fiable, disponible, guérisseur, etc.

Ce n’est pas ce type de climat tendu et négatif qui retient et qui attire de nouveaux travailleurs dans le domaine de la santé.

Nous avons tous un proche, un ami ou un collègue qui a entendu parler d’un employé touché par ce genre de situation. Nous ne pouvons pas rester indifférents, puisque cela nous affecte tous, de près ou de loin. Ces symptômes sont contagieux et il n’y a pas de vaccin contre eux. La seule solution est une attitude responsable de la part des dirigeants, en particulier en ce qui a trait aux relations de travail. Le projet de recrutement à l’étranger est louable mais soyez conscients qu’à travers les réseaux sociaux les candidats intéressés ont directement accès aux moindres détails concernant le milieu et les relations de travail. Entre-temps que fait-on pour donner envie d’étudier et de travailler chez nous à nos jeunes cerveaux et conserver nos caractéristiques d’être des soignants attentifs et chaleureux.

Une gestion qui est sourde aux réalités de son personnel est condamnée à l’échec. La dégradation de l’esprit de travail est initialement subtile, mais elle se détériore rapidement. Sans une correction efficace, empathique, qui implique tous les intéressés, qui leur permet de parler sans craindre des représailles, de contribuer, de sentir qu’ils font partie de la solution, sans favoriser un meilleur climat de travail, on se trouvera bientôt face à un mur. Laisser partir trois oncologues chevronnés pour des raisons de relations de travail n’est pas inspirant. Qui seront les suivants à partir? Il faut arrêter l’hémorragie! Est-ce que tout a été fait pour qu’on en soit rendu là? Y a- t-il eu une réelle tentative de médiation?

Tant de questions sans réponse. Qui est le vrai responsable de la rétention et du recrutement du personnel? La population a le droit de savoir.

En considérant la série de pertes encourues dans le réseau au cours des derniers mois et même des dernières années, certains pourraient même se demander si le gouvernement ne vise pas subtilement à affaiblir le réseau Vitalité ou des institutions spécifiques. Les problèmes actuels ne datent pas d’hier et les dirigeants les connaissent depuis belle lurette. On ne pourra pas toujours blâmer la crise sur la COVID-19 et ses variants. Le problème est ailleurs et la solution aussi.

Il est clair que la crise qui persiste est la conséquences d’une gestion et d’un leadership déconnectés de la réalité locale en raison de la centralisation de la gestion et de l’absence d’écoute de la population, qui à la grandeur de la province a demandé une décentralisation de la gestion des services de santé lors des consultations publiques dont les recommandations ont été totalement ignorées par le ministère de la Santé.

Qu’est-ce que ce plan de santé qui n’en est pas un? On ne veut pas d’un plan développé à notre insu et au détriment de services de qualité en français en imposant une soi-disant collaboration entre réseaux dont on connaît tous les conséquences tant au niveau linguistique que de la qualité des soins surtout si les interlocuteurs ne se comprennent pas. Ce serait une trahison puisque nous avons constitutionnellement droit à des services dans la langue de notre choix. Une «collaboration forcée» serait une solution de facilité et elle est synonyme de «fusion» et par conséquent non consensuelle… on n’en veut pas. On doit trouver des alternatives plus originales.

Nous exigeons la transparence et ne voulons plus de réponses, d’explications et de justifications banales face aux déboires du réseau Vitalité. Nous voulons un vrai leadership de la part de décideurs et un plan de redressement concret et à long terme.

On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, dit-on. De plus en plus de voix souhaitent que les municipalités fassent partie de la solution. La restructuration visant à former des municipalités plus uniformes au niveau de leurs intérêts pourrait les amener à jouer un rôle primordial en définissant leurs besoins spécifiques. Elles deviendraient ainsi des communautés comme vecteur de changement et ayant une influence significative en mettant sur pied des comités santé qui établiraient les besoins et priorités locales en santé et qui proposeraient des stratégies suivies de démarches concrètes pour leur mise en place ainsi qu’un suivi pour en assurer la pérennité.

Choisissons de nous prendre en mains plutôt que de nous retrouver les mains liées.

Jean Pereira
Cap-de-Cocagne

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