Il y a un bout de temps, l’an dernier, je crois, quelqu’un avait dit, à la radio ou dans notre journal, qu’il avait commandé son café au Tim Hortons à Cap-Pelé et s’était fait répondre: «New Brunswick is a bilingual province. Speak English!» J’avais trouvé drôle, au départ, que l’on puisse donner une telle interprétation à notre bilinguisme, dans la seule province bilingue au Canada. Ensuite, je m’étais dit qu’il pouvait exister plus d’une façon de voir les choses, mais celle-là m’avait marqué un peu.

L’autre jour, j’étais moi-même dans un Tim Hortons dans une localité où je peux m’attendre à être servi en français – vous aurez compris que je ne parle ni de Sackville ni de Sussex – et devant moi, il y avait un client, francophone. Il donne sa commande, mais la personne à la caisse ne comprend pas français. Il doit demander à son ami de venir traduire en anglais la commande, pourtant pas très compliquée. Suis-je étonné de ce que le client n’ait pas pu commander en anglais? Pas du tout, bien au contraire! Je me suis aussitôt dit qu’on ne devrait jamais voir pareille affaire dans une localité francophone, que l’on ne peut même pas imaginer, à l’inverse, dans une localité anglophone. En buvant mon café, que j’ai commandé en anglais, je me dis qu’il est déplorable que l’on en soit là dans notre Nouveau-Brunswick. Comment se fait-il, me suis-je demandé, que le bilinguisme ne s’impose pas davantage dans nos villes et villages francophones? Il doit pourtant y avoir une raison. Je vous offre donc mes conclusions à 5 cents.

Si le bilinguisme n’est pas davantage respecté dans nos localités francophones, c’est que nous ne tenons pas à le faire respecter. Nous sommes accueillants, accommodants, et c’est très bien, mais à la fin, cela joue contre nous.

Que feriez-vous si on vous parlait anglais partout? Penseriez-vous qu’il se peut que des gens, dans le coin, ne connaissent pas l’anglais?

Quelle incitation y aurait-il à apprendre le français? Aucune, n’est-ce pas? C’est ainsi que pensent bien des anglophones – les chiffres le prouvent -, si bien que le bilinguisme continue d’être l’affaire des francophones.

Le Nouveau-Brunswick se vante d’être la seule province bilingue du Canada, mais ce qui n’est pas dit, c’est que les francophones l’assument, en grande partie. Lorsqu’il n’y aura plus de francophones pour parler anglais, le Nouveau-Brunswick sera bien moins bilingue, croyez-moi.

Nous vivons dans un contexte défavorable au français au Canada et au Nouveau-Brunswick où jamais la pareille nous est rendue. Si nous accueillons des anglophones dans nos villes et villages francophones, ils seront nombreux à demeurer unilingues au lieu de devenir bilingues.

En serait-il de même pour les francophones? Vérifions les chiffres de l’assimilation.

À la longue, le nombre de bilingues diminue chez les francophones – on vieillit et on meurt, après tout – tandis que le nombre d’unilingues augmente.

Dans une telle situation, nous sommes voués à la disparition. Comment inverser cette tendance? Serions-nous, finalement, nos pires ennemis?

Alain Otis
Dieppe

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