La famille, les amis, les collègues travailleurs sociaux et fonctionnaires ainsi que les Acadiens et citoyens du Nouveau-Brunswick font leurs derniers adieux à un géant du développement social pendant plus d’un demi-siècle entre 1960 et 2020.

Pour les proches, on se souviendra d’un mari, d’un papa et grand-papa hors-norme, tellement il les chérissait et les entourait de son amour indéfectible. Pour les gens de son village natal, siège du Collège St-Joseph dont la fondation remonte à 1864, trois ans avant la Confédération canadienne, et ancêtre de l’Université de Moncton, on se souviendra de la militance de Georgio pour sauvegarder ce haut lieu de la survivance acadienne qu’est l’Institut de Memramcook. Pour l’Acadie du Nouveau-Brunswick, même s’il ne s’est jamais présenté comme un militant nationaliste acadien, ses hautes responsabilités publiques et son engagement social ont certainement contribué à l’amélioration des conditions de vie de la minorité acadienne et des plus démunis de la province. Ses anciens collègues de L’Université de Moncton se souviendront de lui comme membre de la première équipe d’enseignants à l’école de service social.

Pour les citoyens du Nouveau-Brunswick et pour le gouvernement, on se souviendra de l’extraordinaire haut fonctionnaire, acadien et travailleur social, qui pendant plus de 20 ans, de 1977 à 1998, a occupé des fonctions stratégiques au cœur du pouvoir. À 37 ans, le premier ministre Hatfield en a fait le plus jeune sous-ministre des services sociaux, à ce jour. Il a aussi occupé diverses hautes fonctions publiques dont celle de président de la Société d’habitation du Nouveau-Brunswick. Il a notamment été le sous-ministre du premier ministre pendant cinq ans.

Pour souligner sa contribution exceptionnelle au service de l’État, M. McKenna a fait un don de 100 000$ à l’Université du Nouveau-Brunswick en déclarant qu’il fut… «un visionnaire éclairé sur l’avenir du Nouveau-Brunswick et qu’il bénéficie du respect et de l’admiration de tous ceux qui l’ont connu.»

La bourse de 10 000$ Georgio Gaudet, ainsi créée, soutiendra notamment les femmes, les aborigènes et les étudiants démunis, ce qui souligne bien ses valeurs et son engagement.

Pour ses collègues travailleurs sociaux et pour tous les acteurs du développement social dans la province et au pays, il restera une référence et un modèle d’une personne fidèle à un idéal de protection de la dignité humaine et de défense des plus démunis. Ceci se traduisait non seulement dans ses fonctions officielles, mais aussi dans son bénévolat. Sans présenter de liste exhaustive, mentionnons, l’Institut de Memramcook, le Fonds de l’environnement du Nouveau-Brunswick, le Commission des Accidents du travail du Nouveau-Brunswick, l’Institut Vanier de la Famille, le Conseil canadien de l’enfance et de la jeunesse. Le Conseil canadien de développement social et le Conseil des gouverneurs de l’Université de Moncton.

Pour l’avoir côtoyé à l’École de service social de l’Université de Montréal où il était mon aîné et l’avoir suivi jusqu’à sa retraite, je suis l’un de ceux qui peuvent témoigner de la qualité et de la constance de son engagement social. Étudiant et dans les premières années dans la profession entre 1963 et 1968, il fut un mentor pour moi et de nombreux autres collègues travailleurs sociaux.

Brillant et flamboyant étudiant, il avait choisi comme lieu de formation pratique le service d’assistance publique de la Ville de Montréal. Il m’a incité à suivre ses pas pour, dans ses mots, être en contact et mieux comprendre la grande pauvreté.

Revenu au Nouveau-Brunswick, nous étions en pleine «Révolution tranquille» et le programme de chances égales de Louis J. Robichaud. Georgio y a plongé avec enthousiasme. Il a notamment travaillé sur la modernisation de la vieille loi sur la protection de l’enfance pour en faire la loi sur les services sociaux à la famille ce qui changeait fondamentalement l’approche en cette matière.

À cette époque les Sociétés d’Aide à l’enfance, mal financées et sous-équipées ont été abolies et les services sont devenus des services publics sous l’autorité d’un ministère. Nous avons travaillé ensemble à l’établissement de bureaux régionaux des services sociaux et de l’assistance publique.

Je me souviens d’un jour de janvier 1966 où Georgio devait me présenter comme premier travailleur social professionnel en protection de l’enfance dans le comté de Gloucester auprès du Conseil d’administration et du personnel de la société d’aide à l’enfance. Nous avions pris le fossé sur la route d’Évangéline entre Shippagan et Caraquet. Et cet autre jour de janvier 1967 où nous allions ouvrir un bureau régional du ministère dans les locaux de la Légion canadienne à Tracadie et où nous avions été bloqués sur la route de midi à minuit, à Rivière du Portage, en raison d’une tempête de neige.

Pour terminer, revenons sur une journée de sa vie qui résume son engagement dans la lutte à la pauvreté.

À la fin des années soixante, le Sénateur David Croll présidait un comité sénatorial sur la pauvreté. Son rapport eut beaucoup de retentissement à l’époque. Georgio coordonnait l’accueil de ce comité dans sa tournée du Nouveau-Brunswick. Nous avions inscrit au programme du comité une visite dans un camp de bûcherons au nord de la Miramichi pour témoigner des conditions de travail et de la pauvreté de ces travailleurs. Nous avions beaucoup travaillé avec les bûcherons pour les préparer à cette visite que nous voulions très percutante. La veille de la visite, le Sénateur a informé Georgio que le comité avait changé de plan et qu’il ne pourrait pas visiter les bûcherons. Séance tenante, Georgio est monté aux barricades et a contesté cette décision au nom du ministre Norbert Thériault. Il a déclaré que cela était inacceptable aux yeux du gouvernement provincial et que de plus, il n’était pas question de faire cet affront aux bûcherons qui les attendaient. Après quelques longues heures de discussions, le comité a accepté le plan original de visiter le camp de bûcherons. Mais durant ces heures, nous étions angoissés, car Georgio n’avait pas pu rejoindre le ministre Thériault. Il craignait que le ministre ne supporte pas ce jeune fonctionnaire qui s’était opposé en son nom et sans le consulter, au changement annoncé par le président d’un comité sénatorial.

Heureusement Georgio a réussi à parler au ministre avant le sénateur et le ministre l’a félicité pour son audace. Cela résume bien l’homme d’action qu’il a toujours été.

Adieu mon ami. Espérons qu’un historien se penchera un jour sur ton parcours remarquable et que l’histoire retiendra que le développement social de la province te doit beaucoup.

Jean-Bernard Robichaud, PhD
Gatineau, Québec

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