À mesure que les prix alimentaires augmentent, plusieurs s’empressent de rejeter la faute sur les épiciers. Et les plus récents résultats financiers de Loblaw inviteront surement encore une fois la critique.

La notion de «cupidité» devient l’un des sujets les plus discutés ces temps-ci. L’inflation alimentaire au Canada a atteint 10,3%, un sommet inégalé depuis les 41 dernières années et les consommateurs n’auront probablement pas de répit de sitôt.

Dans un rapport récent, nous avons examiné les états financiers des trois chaînes alimentaires et avons comparé les deux derniers trimestres de 2022 de chacune d’elles à leurs meilleures performances et moyennes de l’année, pour ensuite quantifier l’excédent ou le déficit. Pour les deux derniers trimestres de 2022, Empire / Sobeys / IGA ont enregistré un déficit net de 37 millions $ par rapport à ses meilleures performances des dernières années. La performance de Métro en 2022, en revanche, a enregistré un déficit net de 11 millions $ par rapport à ses meilleures performances des dernières années. Rien de scandaleux.

Les compagnies Loblaw limitée, qui regroupent Loblaws, Provigo et Maxi, constituent cependant une exception. Au premier trimestre de 2022, Loblaws / Provigo / Maxi a surpassé les performances de ses meilleures années équivalant à 68 millions $; au deuxième trimestre 2022, elle a aussi surpassé les performances de ses meilleures années de 112 millions $. Ainsi, le bénéfice brut de Loblaws / Provigo / Maxi jusqu’à présent en 2022 dépasse leurs meilleures performances des cinq dernières années par 180 millions $, ce qui se traduit par un profit d’environ un million de dollars par jour.

Cela signifie-t-il que Les compagnies Loblaw limitée sont trop gourmandes de profits alimentaires? Pas nécessairement. Les revenus déclarés de Loblaws combinent les aliments, la santé, la beauté, les vêtements et d’autres marchandises générales dans une seule et même catégorie. Les lecteurs des états financiers de Loblaws / Provigo / Maxi ne peuvent pas déterminer avec certitude si une augmentation des ventes non alimentaires a entraîné la majeure partie du bénéfice brut «excédentaire», voilà pourquoi les accusations d’abus restent futiles.

En revanche, des entreprises comme Loblaws / Provigo / Maxi devraient être tenues de déclarer leurs activités alimentaires séparément de leurs activités non alimentaires. Contrairement à la vente de t-shirts ou de parfum, l’aspect moral des ventes alimentaires, une nécessité de la vie, diffère énormément.

Pourtant, le jeu du blâme continu et les Canadiens veulent un bouc émissaire. Cela indique la nécessité d’un autre changement, et il concerne le Bureau de la concurrence. Cet organisme indépendant laisse constamment tomber le public canadien en ne fournissant pas de soutien important aux législateurs, alors qu’il se contente d’approuver toutes les acquisitions et de superviser des enquêtes avec peu ou pas de vigueur.

Le scandale du prix du pain représente un bon exemple. Après sept ans, l’enquête reste toujours en cours. Nous avons également vu des enquêtes sur la viande et le saumon, dont aucune n’a fourni de résultats probants.

Le consommateur blâme facilement les épiciers, simplement parce qu’il les connaît. La partie la plus obscure de notre chaîne d’approvisionnement alimentaire a été épargnée par les accusations de «cupidité» pendant des mois, même si plusieurs multinationales comme Unilever, Kraft-Heinz et Kellogg’s ont enregistré des profits importants ces derniers temps.

La colère dirigée contre les épiciers se remarque uniquement au Canada. Notre pays connaît peut-être une crise de confiance des consommateurs qui se répercute sur nos relations avec les épiciers en raison de l’absence du Bureau de la concurrence. Les enquêtes inachevées pour de nombreux dossiers font en sorte que les Canadiens se sentent grossièrement abandonnés.

Aux États-Unis, les choses sont très différentes. Leur haine inhérente pour les monopoles et les oligopoles a poussé les législateurs et les bureaucrates à agir rapidement et avec vigueur. Kroger tente actuellement d’acquérir Albertsons pour près de 25 milliards de dollars américains, ce qui ferait de Kroger le deuxième plus grand épicier aux États-Unis. L’accord se heurte à d’importants obstacles réglementaires, ce qui pourrait forcer Kroger à abandonner près de 400 magasins, créant ainsi un rival pour le nouvel épicier.

Cela n’arriverait jamais au Canada. Lorsque Provigo a été acquis par Loblaws en 1998, ou lorsque Metro a acquis A&P en 2005 ou même lorsque Sobeys a acheté Safeway dans l’Ouest, presque personne n’a haussé le sourcil pendant la procédure.

Essentiellement, avec plus de données financières pour clarifier les ventes de produits alimentaires et un «chien de garde» plus autoritaire au Canada, l’industrie alimentaire et les épiciers pourraient avoir une chance de regagner la confiance des consommateurs.

Sylvain Charlebois
Directeur Principal
Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire
Université Dalhousie
Halifax, Nouvelle-Écosse

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