On a vu au cours des dernières semaines l’émission Enquête de Radio-Canada (national) diffuser une enquête sur la manière dont les Irving réussissent à ne pas déclarer de revenus au Nouveau-Brunswick et ainsi ne pas avoir à y payer d’impôt.

Le reportage, malheureusement, ne nous explique pas comment tous ces impôts et taxes impayés font que la province du Nouveau-Brunswick n’a pas d’argent pour l’éducation, la santé, la justice, les routes et infrastructures, etc.

Quand, tous les jours, l’Empire Irving, dans la plus grande raffinerie au Canada, réussit à raffiner 300 000 barils de pétrole par jour, il doit bien y avoir de l’argent qui s’accumule quelque part.

En amont du raffinage, les Irving ont les bateaux qui vont chercher le pétrole au Moyen-Orient, les trains qui apportent le pétrole des États-Unis et de l’Ouest canadien ainsi que des entreprises qui s’occupent de l’approvisionnement.

En aval de la production, ils ont les camions qui amènent l’essence et autres produits du raffinage vers les points de vente au détail et ils ont les chaînes de vente au détail pour vendre directement aux consommateurs du Nouveau-Brunswick, du Québec et du Nord-Est des États-Unis.

Les Irving récupèrent ainsi les profits des compagnies qui les approvisionnent en matière première, le profit du raffinage, les profits de la distribution et les profits de la vente au détail. Pourtant, si le pétrole à Dubaï et au Moyen-Orient est synonyme de «gros» argent, au Nouveau-Brunswick vous n’en voyez pas un signe. Même à Saint-Jean, là où Irving Oil a son siège social, la municipalité récupère peu d’impôts fonciers et la ville est une des villes où la pauvreté des familles et des enfants est la plus élevée au Canada. Contrairement à la rumeur populaire, Saint-Jean a peu à envier aux régions acadiennes en matière de prospérité des classes populaires.

Cet épisode de l’émission Enquête diffusée à Radio-Canada a donné lieu à bien des jasettes dans nos chaumières, voire à des commentaires étonnants à l’Assemblée législative à Fredericton.

Ancien employé de l’empire Irving, notre premier ministre nous a assuré que son ancien employeur respecte entièrement ses obligations légales et notre ministre des Finances provincial en a rajouté en se disant fier que les entreprises du Nouveau-Brunswick savaient profiter au maximum des échappatoires que la loi leur permettait pour éviter de payer des impôts.

L’évitement fiscal est tout à fait légal. Les lois fédérales autorisent les entreprises prête-nom dans les paradis fiscaux et l’empire Irving est un champion de ces stratagèmes, nous apprenait Enquête.

Pas juste les entreprises de l’ancien ministre Paul Martin. Tous ces stratagèmes remontent aux banques néo-écossaises qui, peu après la Déportation, ont pris conscience qu’elles pouvaient faire circuler l’argent de leurs clients, les Britanniques de la Nouvelle-Écosse, entre Halifax et les Bahamas complètement à l’insu du fisc haligonien.

Avec la mondialisation et la multinationalisation, la comptabilisation des profits dans les «paradis fiscaux» a pris de l’ampleur, mais la Nouvelle-Écosse, de par son histoire, et le Nouveau-Brunswick, de par l’entreprise Irving, restent parmi les pionnières de ce fléau… que notre ministre des Finances semble trouver formidable.

Cette tempête dans un pays de «bananes» a duré quelques jours. Je ne sais pas si les journaux anciennement de l’empire Irving en ont parlé.

C’est toujours étrange de voir la partie francophone de notre province bilingue s’énerver le «poil des fesses» ou applaudir ses nombreux artistes au FICFA ou aux Éloizes sans que la partie anglophone de la province ait la moindre idée de ce qui s’y passe.

L’émission Enquête sur ce sujet a été diffusée le 3 novembre, en soirée. Coup de tonnerre, le lendemain, le gouvernement Higgs annonçait la nomination de Kris Austin au comité de révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Est-ce un hasard?

Pendant que les francophones du Nouveau-Brunswick se chicanent avec les anglophones, on ne parle plus des stratagèmes d’un cancer qui ronge le Nouveau-Brunswick depuis des décennies et les dollars continuent de s’accumuler aux Bahamas pendant que nos infirmières sont sous-payées.

Surplus de 774 millions $ ou pas.

Jean-Guy Duguay
Moncton

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