Vous êtes curieux de comprendre ce qui se fait de mieux en matière d’excellence en enseignement au Nouveau-Brunswick? Utilisez un moteur de recherche: les noms d’enseignantes et d’enseignants du secteur anglophone apparaîtront sans doute. Croyez-moi, elles et ils le méritent largement, c’est plutôt l’absence du personnel enseignant du secteur francophone qui m’exaspère profondément. C’est que notre ministre a aboli son prix d’excellence en éducation… dans le secteur francophone seulement!

Instrumentaliser la pandémie pour abolir un prix

Le «Minister’s Excellence in Education Awards» (qui reconnaît le travail exceptionnel du personnel enseignant ainsi que des éducatrices et éducateurs spécialisés en petite enfance) n’a pas été suspendu durant la pandémie.

Le ministre de l’Éducation et de Développement de la petite enfance a continué d’attribuer, en mode virtuel, ces prestigieuses reconnaissances chez les anglophones.

Pour le secteur francophone, tous et toutes (incluant l’AEFNB) ont convenu que la suspension momentanée était acceptable: les impératifs de la pandémie justifiaient de concentrer nos ressources limitées vers des urgences exceptionnelles.

Abolir une rare reconnaissance publique de la profession

Mais voilà qu’on nous annonce, en septembre 2022, que le Prix d’excellence en éducation (secteur francophone seulement) est carrément aboli… au profit d’un nouveau programme de bourses!

Chez les francophones, «les Prix d’excellence en éducation du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance permettent[aient] de reconnaître et d’honorer les enseignantes et les enseignants, ainsi que les éducatrices et les éducateurs des installations de garderie agréées qui se distinguent par leur créativité, leur dynamisme et leur engagement.»

«Les lauréates et lauréats du prix d’excellence [étaient] sélectionnés en fonction de leurs idées novatrices et créatives et leurs actions dans le cadre de leur enseignement ou de leurs interactions en milieu scolaire et de leur dynamisme et leur engagement au niveau de l’école, de la communauté, du district ou de la province.»

Définir l’excellence… par tirage au sort!

Mais voilà que ces prestigieuses reconnaissances sont désormais remplacées par un programme de bourses calqué sur les stratégies de commandites du secteur privé (Que feriez-vous avec 1500$?). Le ministre utilise ainsi désormais d’excellentes stratégies publicitaires (mises de l’avant, par exemple, par UNI ou par KRAFT) pour financer avec des deniers publics (!) des projets scolaires ou en petite enfance… Comment réagirions-nous si, pour célébrer l’engagement exceptionnel des infirmières et des infirmiers, le ministère de la Santé lançait le programme: «Que feriez-vous avec 1500$ dans votre salle d’urgence?»

De plus, pour éviter d’avoir à se prononcer sur l’innovation, l’excellence ou le dépassement, on procédera désormais, vous l’avez deviné – par tirage au sort! En outre, question de ne pas froisser quiconque, ces nouvelles bourses sont destinées à tous les intervenantes et intervenants en éducation qui peuvent soumettre leur propre candidature pour accéder à de l’argent.

Ces «nouvelles» bourses Étincelles (11 bourses de 1500$) attirent certainement l’œil; mais elles ne sont pas sans allumer des flammèches d’indignation auprès de la profession enseignante et des spécialistes en petite enfance de langue française qui ont bel et bien discerné la récente manœuvre maladroite du ministre…

En pleine pénurie de personnel enseignant

C’est bien vrai: ne s’engage pas en éducation celle ou celui qui cherche la reconnaissance, les manchettes, les rubans ou les trophées. Il suffit d’observer le quotidien du personnel enseignant pour comprendre qu’on n’enseigne ni pour la notoriété ni pour gagner une coupe Stanley!

Mais les provinces et les communautés qui continuent de valoriser la profession enseignante comprennent à quel point de tels efforts sont à la base de leurs aspirations socio-économiques.

De retirer, chez les francophones seulement, ce rare geste de reconnaissance nous apparaît fort mal avisé en pleine pénurie criante d’enseignantes et d’enseignants qualifiés dans nos écoles acadiennes.

M. Hogan, une requête toute simple…

Suivant nos deux requêtes écrites formelles malhabilement discréditées, l’AEFNB vous redemande publiquement, monsieur le ministre Bill Hogan, de réinstaurer dès l’automne 2023 le Prix d’excellence en éducation pour les francophones.

Nous espérons de tout cœur que cette requête ne soit pas seulement celle du personnel enseignant, mais de plusieurs voix francophones qui comprennent à quel point tous les petits gestes de valorisation de la profession enseignante demeurent au cœur de l’essor d’une Acadie vibrante, rayonnante et novatrice.

Nathalie Brideau
Présidente
Association des enseignantes et des enseignants francophones du N.-B.

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