La paix est-elle un inaccessible rêve à la Don Quichotte? Raymond Lévesque avait-il raison quand il chantait: Quand tous les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère… Quand tous les hommes vivront d’amour, les soldats seront troubadours et ce sera la paix sur la terre…? Le chansonnier avait la lucidité d’ajouter: Mais nous, nous serons morts, mon frère. Est-ce une raison pour abandonner le rêve? Faut-il baisser les bras et déclarer forfait? L’humanité n’a pas le choix, elle doit se mobiliser pour la paix, malgré tous les obstacles.

John Fitzgerald Kennedy, président des États-Unis durant la guerre froide, nous a déjà avertis: «L’humanité doit mettre fin à la guerre ou c’est la guerre qui mettra fin à l’humanité». Un autre éveilleur de conscience, le Pape Paul VI, à l’Assemblée générale des Nations-Unies en 1965, a lancé un cri du cœur: «Jamais plus la guerre. C’est la paix qui doit guider le destin des peuples et de toute l’humanité». Dans ce discours, il a insisté sur le rôle essentiel de l’ONU et de ses différents organismes pour assurer la paix dans le monde. Que peut-on faire pour faire avancer l’idéal de paix?

La réponse et les solutions ne sont pas simples tellement les problèmes sont complexes, tellement les obstacles sont immenses. Devant un tel contexte, quand on y réfléchit sérieusement, on se demande par où et par quoi commencer?

Émettons l’hypothèse que la majorité des gens de bonne volonté, les citoyens ordinaires ne souhaitent pas vivre en état de guerre perpétuelle et aspirent à la paix. Dans ce cas, le chemin à prendre ne serait-il pas dans des actions de conscientisation, d’abord aux horreurs de la guerre et en complément aux bénéfices de la paix? Pourquoi ne pas soutenir un mouvement planétaire fondé sur une prise de conscience d’abord individuelle, puis sur le plan collectif, à l’échelle des nations et des instances internationales?

Certains pourraient qualifier une telle proposition d’idéaliste et d’irréaliste. La paix reste-t-elle un inaccessible rêve? Mais pour ceux qui y croient la question à se poser est comment commencer, comment se brancher sur les initiatives qui existent déjà?

D’abord s’informer, se documenter et approfondir sa compréhension des enjeux reliés à ce que le philosophe Emmanuel Kant appelait la paix perpétuelle en 1795. Son Essai philosophique sur la paix perpétuelle énonce que: «Les États sont naturellement portés au bellicisme mais que cela ne rend pas la guerre légitime… Quant à la paix, elle ne se décrète pas, elle se construit. C’est un idéal régulateur vers lequel il faut tendre, un devoir politique». On peut déduire de cette pensée philosophique qu’il faut réformer la façon de gérer les États. On pourrait les transformer d’États belligérants en États collaborateurs dans la paix, car conscients de leur interdépendance. À constater la répétition des guerres depuis toujours, il faut admettre que c’est tout un programme. Mais tout n’est pas perdu, car certains esprits éclairés travaillent à construire la paix.

Mentionnons, à titre d’exemple, le professeur Jean Piaget qui, au début du XXe siècle, a milité auprès de la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, en faveur d’une éducation pour la paix. L’UNESCO appuie cette idée depuis sa création. Aussi récemment que le 8 décembre 2022, elle a relancé un appel pour «mobiliser la communauté mondiale pour faire progresser la paix par l’éducation». D’autres initiatives sont dignes de mention. En 1999, 100 ans après la Conférence internationale de la Paix à La Haye, une campagne internationale de l’éducation pour la paix fut lancée. Citons un extrait de la déclaration de campagne: «On ne pourra parler de culture pour la paix que lorsque les citoyens du monde entier auront une meilleure compréhension des problèmes mondiaux, sauront régler les conflits et lutter contre l’injustice de manière non violente, observeront les normes internationales en matière de droits de l’homme et d’équité, apprécieront la diversité culturelle, attacheront de la valeur à la planète et auront du respect les uns pour les autres. Or l’unique moyen d’atteindre ces objectifs est d’instaurer une Éducation systématique pour la paix».

Comment le Canada a-t-il répondu à cet appel? En 2001, le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada a soumis un rapport de plus de 180 pages à ce sujet. Sans entrer dans les détails, disons que les ministres admettent que cet appel à l’éducation pour la paix de l’UNESCO a peu de notoriété au Canada. Cependant, ils décrivent certaines initiatives timides sur ce thème. Il faut retenir que l’on devrait avoir des programmes plus affirmatifs à tous les niveaux du primaire à l’universitaire.

Il y a là un domaine où les citoyens peuvent faire une différence dans le processus politique tant aux niveaux provincial que fédéral. On pourrait exiger que les programmes des partis politiques énoncent des objectifs clairs quant à l’éducation pour la paix. On peut également élire des personnes qui démontrent un engagement envers la paix, notamment des femmes qui pourraient, possiblement mieux que les hommes, promouvoir une culture de paix. Notons qu’actuellement le cabinet fédéral comprend quatre femmes dans des postes clés à ce sujet, à la défense nationale, aux affaires mondiales, aux finances et au Conseil du trésor. C‘est à notre portée d’encourager ce genre d’évolution. Cela peut sembler de petits gestes, mais si ceux-ci se répétaient dans plusieurs pays, les effets se feraient sentir. On pourrait se rapprocher du projet pacifiste de Kant!

Il y a tant d’autres volets à aborder au sujet de la construction de la paix, mais l’espace manque dans cette tribune. Il faudra y revenir…

Jean-Bernard Robichaud, Ph.D.
Gatineau, Québec

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