Personne n’exagère en affirmant que notre système de santé est en morceaux. Le personnel infirmier du Nouveau-Brunswick porte le poids des échecs du système de soins de santé depuis de longues années. Notre campagne de marketing actuelle vise à mobiliser la population tout entière à faire pression sur nos élues et élus pour qu’ils agissent. Nous sommes reconnaissants de votre engagement et de votre soutien. Quand vous appuyez le personnel infirmier à rassembler les morceaux, vous faites en sorte d’aider chaque citoyen qui a besoin de soins de santé.

J’aimerais donc commencer en soulignant les principes qui sont au cœur des revendications de tous les syndicats d’infirmières et infirmiers du pays – recruter, maintenir en poste et respecter notre personnel infirmier. Si les employeurs et notre gouvernement donnent suite à ces principes, les infirmières et infirmiers disposeront d’un milieu de travail satisfaisant, notre système de santé sera doté d’un personnel adéquat et vous recevrez les soins de santé de qualité auxquels vous avez droit.

Regardons d’abord le thème du recrutement: selon l’Enquête sur la population active de juillet 2022 de Statistique Canada, le nombre de postes vacants en soins infirmiers a plus que triplé (+219,8%) au cours des cinq dernières années. Ces postes vacants sont le résultat d’un taux d’admissibilité normal à la retraite ainsi que d’un épuisement professionnel qui se solde par un départ prématuré. Au Nouveau-Brunswick, 41% des infirmières et infirmiers immatriculés (II) pourront prendre leur retraite dans les cinq prochaines années. C’est évidemment une situation très inquiétante. Au dernier décompte, il y avait entre 800 et 1000 postes vacants en soins infirmiers dans la province.

Les annonces récentes visant à augmenter le nombre de places de formation en soins infirmiers dans divers collèges et universités sont une mesure encourageante. Parallèlement, le gouvernement doit aider à offrir des possibilités de formation à un plus grand nombre de personnes qui veulent devenir infirmières et infirmiers et il doit faciliter les efforts du personnel infirmier formé à l’étranger qui souhaite travailler dans le système de santé public du Nouveau-Brunswick. J’exhorte également le gouvernement à collaborer davantage à l’élaboration d’une stratégie de recrutement nationale. Toutes les provinces sont aux prises avec les mêmes difficultés de recrutement; le fait de se livrer concurrence pour s’arracher les ressources disponibles ne constitue pas une solution.

Le maintien en poste est tout aussi important. Selon le sondage national de 2022 de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers (FCSII), 94% du personnel infirmier éprouvaient des symptômes d’épuisement professionnel et 45%, des symptômes d’épuisement grave. Des études récentes ont confirmé la gravité de la situation. Il est donc impératif d’adopter davantage d’initiatives telles que l’établissement et le respect de ratios personnel infirmier-patients, l’augmentation des investissements pour encourager le maintien en poste du personnel infirmier, y compris de meilleures conditions de travail et une réduction de la charge de travail, l’offre d’horaires plus souples et la confirmation d’un milieu de travail plus sain, davantage axé sur le soutien et plus viable pour le mieux-être de nos infirmières et infirmiers professionnels.

Le SIINB se prononce en faveur de l’offre de primes de maintien en poste au personnel infirmier, à l’instar des mesures prises par d’autres provinces. Nous avons présenté cette idée aux dirigeantes et dirigeants du gouvernement, mais la balle reste dans leur camp. Après plusieurs années d’excédents budgétaires, le moment est venu pour notre gouvernement d’investir dans les soins de santé.

Le dernier principe sur lequel il faut agir est celui du respect, qui consiste à assurer la sécurité des infirmières qui se retrouvent dans des situations où ils sont de plus en plus vulnérables. Les cas de violence n’ont cessé d’augmenter ces dernières années, souvent à cause de la frustration des patients et des familles qui sont orientés vers les infirmières du simple fait de l’effondrement du système de santé. C’est comme s’il était normal que le personnel infirmier mette systématiquement sa propre sécurité en péril. En plus de travailler régulièrement trop d’heures, d’être sans cesse en situation de pénurie de personnel, d’être incapable d’obtenir des congés pour récupérer et prendre un repos qui se révèle plus que nécessaire, le personnel infirmier est complètement déshumanisé.

Les infirmières et infirmiers travaillent chaque jour à court de personnel. Ils entrent au travail et se heurtent à des «dilemmes moraux et éthiques» ils doivent déterminer à quel patient malade accorder la priorité, ils ne sont pas sans savoir qu’ils sont incapables de fournir le niveau de soins dont leurs patients ont besoin et auxquels ils ont droit, et ils sont souvent victimes d’actes de violence infligés par leurs patients ou les membres de la famille en raison de facteurs indépendants de leur volonté. Cette situation, vécue à répétition, entraîne un stress physiologique incroyable.

La formation prodiguée au personnel infirmier lui montre comment fournir des soins complexes et, dans presque tous les cas, les infirmières et infirmiers affirment aimer la profession qu’ils ont choisie, mais ils quittent les soins de santé publics, voire la profession au complet, en raison de progrès inexistants dans pratiquement tous les aspects du recrutement, du maintien en poste et du respect. Ces départs effritent le système, ébranlent ceux qui ont besoin de soins de santé et minent le mieux-être du personnel infirmier.

Nous recevons des messages d’infirmières et d’infirmiers qui expliquent à quel point il est difficile de travailler dans le secteur des soins de santé, de travailler dans des unités où il devrait y avoir neuf infirmières et infirmiers, mais où il n’y en a que quatre, de travailler sans pouvoir prendre ne serait-ce qu’une pause pendant un quart de travail de 12 heures et de travailler malgré l’anxiété qu’ils ressentent lorsqu’ils sont incapables de fournir le niveau de soins dont leurs patients ont besoin et auxquels ils ont droit.

Il faut absolument que les soins de santé dans notre province changent. Nous demandons aux gens du Nouveau-Brunswick de nous aider à rassembler les morceaux.

Paula Doucet
Présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick

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