NDLR : Le Nouveau-Brunswick compte de plus en plus d’adeptes de bières artisanales. Aujourd’hui, à peu près chaque région de la province a sa ou ses microbrasseries. L’Acadie Nouvelle a sillonné les routes de la province afin de vous faire découvrir les nombreuses facettes de la bière artisanale et les retombées qu’a cette industrie.

L’essor des microbrasseries au Nouveau-Brunswick permet à d’autres industries connexes à la bière de se développer, notamment dans le secteur agricole, comme en témoigne l’apparition de plusieurs fermes de houblon dans la province au cours des dernières années.

D’après des chiffres de l’Association des producteurs d’alcool artisanal du Nouveau-Brunswick (APAANB), ce secteur d’activité emploie directement l’équivalent de plus de 400 personnes à temps plein dans la province. L’industrie a aussi permis la création de près de 215 emplois indirects.

Josh Parker est l’un de ceux à avoir indirectement bénéficié du développement des bières artisanales. En 2015, à peu près au moment où les microbrasseries se sont mises à pulluler dans la province, il flaire la bonne affaire et lance Lakeview Hops, à Harvey, près de Fredericton, l’une de quatre fermes de houblon en exploitation au Nouveau-Brunswick.

Josh Parker explique avoir dû acquérir énormément de connaissances, souvent par essai-erreur, afin de réussir son projet de ferme de houblon.

Si M. Parker vend aujourd’hui son houblon à plusieurs microbrasseries dans la province, dont Grimross Brewing, Maybe Brewing et Think Brewing, il admet que le parcours a été difficile.

«La courbe d’apprentissage a été très abrupte pour moi. À l’époque, l’expertise en houblon était à peu près inexistante dans la province, donc on y est allé par essai-erreur. Toute la science nécessaire afin de faire la culture de cette plante est presque étourdissante. Par exemple, je ne connaissais rien aux insecticides et aux fongicides, donc j’ai dû lire beaucoup pour tout apprendre.»

À de nombreuses occasions, ajoute-t-il, il a songé à jeter l’éponge.

«Dès le début, nous avons pris la décision que si notre houblon n’était pas parfait, on n’allait pas essayer de le vendre. Il y a eu des moments et des années où j’ai cru que l’entreprise allait s’écrouler, mais heureusement, j’avais une autre entreprise qui m’a permis de gérer des pertes assez importantes lors de mes premières années», explique celui qui est aussi entrepreneur en toiture.

Josh Parker exploite l’une des quatre houblonnières que compte le Nouveau-Brunswick, soit  Lakeview Hops, à Harvey, près de Fredericton.

Ce n’est que l’année dernière qu’il a finalement réussi à vendre la totalité de sa récolte aux brasseurs de la région.

«D’avoir eu ces appels des brasseurs disant qu’ils ont adoré nos houblons et qu’ils en voulaient d’autres, ça été très gratifiant, après toutes ces années difficiles», se réjouit Josh Parker.

Josh Parker vend aujourd’hui son houblon à plusieurs microbrasseries dans la province, dont Grimross Brewing, Maybe Brewing et Think Brewing.

Vers des bières 100% néo-brunswickoises

Pour les agriculteurs, percer l’industrie de la microbrasserie peut s’avérer difficile. En effet, puisque les cultivateurs de houblons dans la province en sont à leurs premiers pas, plusieurs brasseurs hésitent à les adopter et préfèrent travailler avec des produits qu’ils connaissent déjà, question de ne pas avoir à modifier des recettes à point depuis plusieurs années.

N’empêche, plusieurs estiment que la province a tout ce dont elle a besoin afin de brasser des bières 100% locales.

«Il y a tout ce qu’il nous faut ici pour faire de la bière, il reste juste à développer chacun des secteurs afin d’obtenir les résultats souhaités», explique Jean-Louis Hébert, brasseur des Brasseux d’la côte, à Tracadie.

D’après une analyse d’impact économique commandée par l’APAANB, qui représente notamment les vignobles, les distilleries et les brasseries de la province, seulement le tiers des 6 millions $ de produits agricoles achetés en 2020 par les producteurs d’alcool artisanal provenait du Nouveau-Brunswick.

Connor Brennan espère lui aussi pouvoir renverser cette tendance. Il a lancé sa malterie, Montquart Malthouse, près de Florenceville, en janvier dernier après avoir suivi de nombreuses formations sur la science du maltage depuis six ans.

«Comme je cultive des pommes de terre, il faut pratiquer une culture de rotation. Une année, je cultive donc des patates et l’autre année, c’est de l’orge», explique-t-il.

D’après lui, la possibilité de produire du malt offre des perspectives de revenus supplémentaires intéressantes pour sa ferme. Son orge était de toute façon vendue à Canada Malting, à Montréal, afin d’être maltée. Dorénavant, il espère pouvoir lui-même transformer ses céréales afin de les vendre aux brasseurs du Nouveau-Brunswick.

«Comme ça, l’argent reste dans la province, on encourage l’utilisation de produits locaux et on réduit notre empreinte carbone», explique M. Brenan, l’un de deux producteurs de malt du Nouveau-Brunswick.

Connor Brennan a lancé Montquart Malthouse en janvier, une malterie située près de Florenceville.

L’autre, c’est Sébastien Roy, propriétaire de la Distillerie Fils du Roy, à Petit-Paquetville.

M. Roy, qui souhaite aussi se lancer dans la culture du houblon, explique que cette approche lui offre la possibilité de contrôler la qualité de tous les ingrédients qui servent à confectionner ses bières et ses whiskys. Il s’agit aussi d’une manière de maximiser les retombées économiques pour la province, notamment pour les agriculteurs.

«Les distilleries, les vignobles et les cidreries s’approvisionnent déjà beaucoup localement, explique celui qui est aussi président de l’APAANB. Pour les brasseries, c’est de plus en plus possible et, grâce aux malteries, ce le sera encore davantage, ce qui va permettre d’autres retombées. On crée plus de richesse lorsque l’on prend des produits bruts et qu’on les transforme ici même. La prochaine étape pour les microbrasseries, je crois vraiment que c’est ce genre de remplacement à l’importation.»

M. Roy souhaite même isoler des levures natives au Nouveau-Brunswick afin de voir s’il serait possible de s’en servir dans la production d’alcool.

Les ingrédients de base de la bière

Quatre ingrédients de base servent à la production de la bière, soit l’eau, le houblon, la levure et le malt. Le malt est obtenu lors du maltage, un processus qui consiste à faire germer des céréales, comme de l’orge, afin d’y libérer des sucres qui servent normalement de source d’énergie pour transformer la céréale en pousse. La germination est toutefois interrompue à un moment précis afin que ces sucres ne soient pas consommés. Ils demeurent ainsi disponibles afin d’être fermentés par les levures pour produire l’alcool lors de la fabrication de la bière ou du whisky, par exemple.

On a visité:
Foghorn Brewing Company
47 Clark Rd, Rothesay
On a aimé:
Sour Series Grapefruit

Holy Whale Brewing*
8576 rue Main, Alam
On a aimé:
Tropical Devil’s Half Acre IPA
*Les produits de Holy Whale Brewing ne sont pas disponibles dans les succursales d’Alcool NB et peuvent être trouvés à Alma ou au Holy Whale Beer Hall, à Riverview.

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