BATHURST – En acceptant de dévoiler publiquement son orientation sexuelle, mercredi, la gardienne de but Charline Labonté a expliqué que sa décision avait comme principal objectif de tenter de changer les mentalités dans le sport. Plus près de nous, le sprinteur Alexandre Coholan, capitaine de l’équipe d’athlétisme des Aigles Bleus de l’Université de Moncton, a fait le même pari il y a quelques semaines.

Les joueurs de football Michael Sam et Kwame Harris, le boxeur professionnel Orlando Cruz, les joueurs de basketball Jason Collins et John Amaechi, les joueuses de tennis Martina Navratilova, Billy Jean King et Amélie Mauresmo, le nageur Mark Tewksbury, le plongeur Greg Louganis, les patineurs artistiques Brian Orser, Brian Boitano et Johnny Weir, ainsi que la patineuse de vitesse Anastasia Bucsis, qui est justement la petite amie de Charline Labonté, sont parmi les autres athlètes qui ont également franchi le pas au fil des années. Certains d’entre eux, alors qu’ils étaient toujours actifs comme athlètes.

Au hockey, par contre, les exemples sont plus rares.

De mémoire, outre l’ancienne gardienne du Titan d’Acadie-Bathurst de 1999 à 2001, le seul autre joueur de la LHJMQ qui a officiellement dévoilé son orientation sexuelle est Martin Caron, un ancien attaquant des Draveurs de Trois-Rivières et des Tigres de Victoriaville au début des années 1990. Mais, comme l’a fait Labonté, Caron a conservé son secret jusqu’à il y a une dizaine d’années.

Toutefois, dans la LNH, aucun joueur n’a encore accepté de franchir le pas.

Dans une entrevue accordée à la chaîne RDS, mercredi, Charline Labonté a justement déclaré que le sujet reste encore tabou dans le hockey.

«Au hockey masculin, on ne s’en cachera pas, des gais il y en a. Il y en a partout. C’est juste que c’est un monde super fermé, très masculin, comme environnement. Heureusement, dans le hockey féminin, l’environnement est plus ouvert. On se fout complètement des différences», dit-elle.

«Moi, je rêve d’une société où une personne n’aura pas à faire un coming out parce que ce sera rendu normal. Même si je trouve que c’est lent, je crois que nous sommes sur la bonne voie. Nous sommes en 2014, c’est assez!», a-t-elle ajouté.

Certes, plusieurs vedettes de la Ligue nationale de hockey ont montré l’exemple ces dernières années en demandant, à l’aide de vidéos promotionnelles, à ce que les athlètes soient placés sur un pied d’égalité, peu importe leur orientation sexuelle. Sidney Crosby, Henrik Zetterberg, Duncan Keith, Claude Giroux, Corey Perry et Henrik Lundqvist sont parmi ceux qui ont accepté de prendre position contre l’homophobie dans le sport.

Tout juste avant les Jeux de Sotchi, le défenseur du Lightning de Tampa Bay, Victor Hedman, a démontré une grande ouverture d’esprit en s’en prenant à la loi homophobe de la Russie.

«Ils sont complètement dans l’erreur. Nous sommes tous des êtres humains. Personne ne devrait avoir à dire sur l’orientation sexuelle de tout un chacun. Les Olympiques sont là pour une raison. Tout le monde devrait avoir le droit d’y participer en étant lui-même. Tout le monde devrait se tenir debout pour appuyer les droits des homosexuels», a révélé le jeune Suédois au magazine Sports Illustrated.

Le président des opérations hockey chez les Flames de Calgary, Brian Burke, en est un autre qui travaille fort pour changer les mentalités depuis la sortie du placard de son fils Brendan en novembre 2009. Cruelle ironie du sort, ce dernier est décédé dans un accident d’automobile trois mois plus tard.

Sinon, sur la planète hockey, c’est plutôt motus et bouche cousue.

Le hockey doit se préparer à cette éventualité, croit Mario Pouliot

L’entraîneur-chef du Titan d’Acadie-Bathurst, Mario Pouliot, croit que le moment est venu pour les équipes de hockey de se préparer à l’éventualité qu’un joueur décide de s’afficher publiquement comme homosexuel.

«Les organisations se doivent d’avoir les outils nécessaires pour bien encadrer leurs joueurs, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels, afin qu’ils puissent continuer de progresser en tant qu’athlètes. Il faut se préparer à l’éventualité qu’un joueur décide de s’afficher. Il faut accepter que ce soit dans leurs gênes. La société doit s’adapter», révèle-t-il.

L’entraîneur ajoute toutefois que l’athlète doit être conscient de la pression qui l’attend en sortant du placard.

«Nous avons vu l’effet que cela a eu pour le joueur de football Michael Sam avant son repêchage dans la NFL (considéré comme un excellent espoir, Sam a finalement été repêché au 249e rang). Ça l’a fait reculer énormément dans la sélection. Le milieu sportif, en général, est rempli de gros égos. C’est pourquoi il n’y a pas eu beaucoup d’athlètes qui se sont affichés jusqu’ici. Mais nous sommes rendus là. Il y a 10 ans, c’était beaucoup plus tabou que ça ne l’est aujourd’hui», affirme Mario Pouliot.

L’ancien entraîneur adjoint des Wildcats de Moncton, Roland Collette, va jusqu’à dire que le jour n’est pas si loin où les athlètes homosexuels n’auront plus à faire leur coming out.

«Ça va arriver plus vite qu’on le croit. La génération d’aujourd’hui, règle générale, n’a aucun problème avec ça. C’est certain qu’il y aura toujours des homophobes, mais ces gens vont devenir de plus en plus rares. Ça va se marginaliser. On a qu’à regarder l’évolution qu’il y a eu depuis 10 ans et ça va continuer d’évoluer encore plus vite dans les prochaines années. Il y a des homosexuels dans tous les sports et il faudrait être naïf pour croire le contraire», dit-il.

Le gouverneur des Wildcats, Jean Brousseau, estime que le hockey, comme tous les sports d’ailleurs, est le reflet de la société et qu’il verrait d’un bon œil qu’un joueur de la LNH ou de la LHJMQ affiche publiquement son homosexualité.

«Je crois que la société est rendue là, dit-il. Nous voyons d’ailleurs de plus en plus d’athlètes professionnels et amateurs le faire. Je pense à Charline, hier (mercredi), et aussi à Alexandre Coholan l’autre jour. En même temps, je trouve ça triste que ces athlètes se sentent obligés de sortir (du placard). Mais qui suis-je pour dire ce qu’il faut faire?»

Le directeur général du Titan, Sylvain Couturier, est lui aussi d’avis que le hockey est arrivé à cette étape.

«Dans ma tête, je ne vois aucun problème avec ça et j’ose souhaiter que ce soit le cas de tout le monde. Ça reste quand même un choix personnel. Charline l’a fait et je crois qu’il va bientôt y avoir un joueur (professionnel) qui va franchir le pas», indique-t-il.

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