Deux équipes des Aigles Bleus immortalisées à Moncton (vidéo)

MONCTON – Les crânes sont un peu plus dégarnis et les tours de taille sont un peu plus volumineux, mais pour le reste, on aurait pu se croire en 1982 samedi soir au Théâtre Capitol. L’esprit de camaraderie qui animait l’équipe 1981-82 des Aigles Bleus de l’Université de était toujours palpable alors qu’elle était intronisée au Mur de la renommée de la Ville de Moncton .

Le groupe dirigé par Jean Perron a été intronisé samedi soir au même titre que l’équipe du Bleu et Or de 1994-1995, le journaliste Eddie St-Pierre, le golfeur Greg Jones et l’athlète en fauteuil roulant Peter Cameron.

L’ancien entraîneur de l’U de M, qui allait quelques années plus tard remporter la Coupe Stanley avec les Canadiens de Montréal, donnait l’impression de revenir à la maison samedi.

Même après toutes ces années, M. Perron n’a jamais oublié l’Acadie et l’Acadie ne l’a jamais oublié.

«Je me souviendrai toujours ce que Claude Savoie, qui était alors propriétaire des Constructions acadiennes, m’avait dit: les Aigles Bleus, c’est aussi important pour nous que la Sagouine ou Edith Butler!», lance-t-il en riant.

«Je suis arrivé à l’Université de Moncton en 1973 et je me suis dit qu’un jour, mon équipe allait gagner un championnat canadien. L’année 1981, c’est pour moi l’accomplissement d’un rêve», souligne-t-il avec émotion.

«À Moncton, nous étions considérés comme les petits Canadiens de Montréal. Peu importe où on allait, que ce soit à Caraquet, à Edmundston ou à Terre-Neuve, tout le monde connaissait mes joueurs. Tout le monde écoutait les parties à la radio et à la télévision», poursuit-il.

«Les gens en Acadie m’ont accepté dès le début et je ne l’oublierai jamais».

L’attaquant Pierre Giard conserve aussi des souvenirs impérissables de cette fameuse saison 1981-82.

«On avait une équipe bien équilibrée. On pouvait frapper, patiner et bien jouer défensivement. On avait le talent pour jouer dans n’importe quel style. En-dehors de la glace, tout le monde s’entendait bien», précise-t-il.

«À cette époque, les étudiants suivaient leur équipe de près et l’aréna était toujours plein», se souvient-il.
Le capitaine Rémi Lévesque parlait aussi d’un groupe spécial.

«C’est une gang de gars qui voulait toute la même affaire. On voulait gagner», souligne celui qui est devenu entraîneur adjoint à l’U de M.
«On pouvait jouer du bon hockey, et quand l’autre équipe voulait jouer des bras, on était là. Ça arrivait aussi que nous étions les instigateurs!», affirme-t-il dans un large sourire.

Comme ses joueurs, Jean Perron n’oubliera jamais les émotions qu’il a vécu au printemps de 1982 au Colisée de Moncton.
«C’était la grosse affaire à Moncton. les billets étaient tous vendus. Ça arrivait par autobus de partout. On se disait: est-ce qu’on a créé un monstre! C’était incroyable», image-t-il.

«Ces deux championnats, c’est l’aboutissement des objectifs que je m’étais fixé comme entraîneur», ajoute-t-il.

Ces deux conquêtes du championnat canadien allaient lui ouvrir la porte du hockey professionnel quelques saisons plus tard à Montréal.

Pour lui, c’était le début d’une autre grande aventure.

Des années d’émotions

L’équipe des Aigles Bleus de 1994-1995 a surmonté bien des obstacles avant de pouvoir lever la coupe Université à bout de bras. Tous ces souvenirs sont encore frais dans la mémoire de tous les joueurs, comme l’a démontré le capitaine François Chaput.

Le défenseur format géant est à peine parvenu à retenir ses larmes quand il s’est présenté au micro du Théâtre Capitol.

«J’ai vécu une multitude d’émotions au cours des derniers jours. Ce fut tout un exploit et j’en garde de très beaux souvenirs», explique-t-il.
«On avait une force de caractère et une détermination à toute épreuve, on croyait aussi en nous», ajoute l’ancien capitaine.

«Ce fut un chemin très difficile pour se rendre jusqu’au bout et tous les joueurs ont fait beaucoup de sacrifices. Mais, au bout du compte, tout le monde allait dans le même sens et on n’a perdu aucun match dans les séries (6-0) ou au championnat canadien (2-0)», précise-t-il fièrement.

L’Acadien Ricky Jacob retrouvait aussi ses vieux amis avec plaisir.

«C’est comme si on ne s’était jamais quitté!», lance-t-il avec enthousiasme.
L’attaquant a été un joueur-clé de cette conquête du titre canadien.

«Après les Fêtes, tout le monde était concentré sur le même objectif. On était confiant et on avait le meilleur gardien de but (Pierre Gagnon). On savait que si on marquait deux ou trois buts par match, on allait gagner», avance-t-il.

«C’est aussi très spécial pour moi d’avoir pu réaliser mon rêve en compagnie de mon frère Peter. On avait un bon mélange d’Acadiens et de Québécois et tous les gars se défonçaient sur la glace chaque soir», explique-t-il.

Jacob a aussi eu une petite pensée pour son coéquipier Yves LeBlanc, décédé dans un accident de voiture en octobre 1995.
«C’était mon ami d’enfance. C’est le fun de voir son père Gérald ici ce soir», souligne-t-il.

Pour le gardien Pierre Gagnon, un esprit de groupe exceptionnel unissait cette équipe.

«On était en mission cette année-là. Tout le monde voulait absolument se rendre jusqu’au bout. Nous avions des gars très orgueilleux. On n’aimait pas perdre», mentionne le portier québécois.

L’entraîneur Pierre Belliveau s’est dit choyé de diriger un groupe aussi talentueux.

«C’était une vraie famille. Depuis deux jours, c’est comme si je revoyais mes enfants que je n’avais pas vu depuis longtemps», souligne celui qui a aussi dirigé les universités Lakehead, Windsor et Dalhousie au cours de carrière.

«Ce qui distinguait cette équipe, c’était le caractère. Il y avait des équipes qui avaient plus de talent que nous, mais qui n’avaient pas notre désir de vaincre. J’ai été chanceux et privilégié d’être associé à cette équipe», raconte-t-il.

Aujourd’hui entraîneur des gardiens du Lightning de Tampa Bay, Franz Jean avait préparé un petit message vidéo à l’intention de ses anciens coéquipiers.

En plus des remerciements d’usage, l’ancien adjoint de Pierre Gagnon a déridé tout le monde en parlant de ses nombreux rôles dans la LNH, tout ça, avant de monter sur la resurfaceuse et la conduire jusque sur la patinoire!

Un moment magique dans une soirée qui le fut tout autant.