«Réjean Chiasson is back!»

TORONTO – À un moment donné, Réjean Chiasson a pensé que sa brillante carrière de coureur d’élite était désormais derrière lui. Aucun médecin – et ils ont été nombreux selon ses dires – ne pouvait trouver la cause de ses douleurs chroniques au bas du dos qui l’empêchaient, depuis maintenant cinq ans, à donner le maximum dans les épreuves de longue distance. Du surentraînement, affirmait en choeur le diagnostic de ces toubibs. Il en était presque venu à se résigner de ne jamais vivre son rêve d’être à la ligne de départ d’un marathon olympique. Mais les miracles existent, semble-t-il.

Il y a deux mois, il est allé voir un physiothérapeute à Toronto qui a rapidement trouvé son problème. Ça se passait au niveau de ses vertèbres lombaires, là où passent le système nerveux allant aux jambes et là où le choc de la course était absorbé à chaque pas.

«Après seulement deux traitements et quelques exercices, j’étais de retour à 100 %», a raconté au journal le marathonien de 31 ans originaire de Tilley-Road.

Dire qu’il était content que quelqu’un ait enfin mis le doigt sur le bobo qui le ruine depuis si longtemps est un euphémisme. Mais il a seulement été totalement convaincu quand il a vu les résultats le 2 novembre, au Demi-marathon Road2Hope de Hamilton: première position sur près de 800 participants masculins, en 1h08m46s, à moins de quatre minutes seulement de son meilleur chrono sur la distance (1h05m04s réalisé en 2012). Et tout ça sans un entraînement rigoureux, s’il-vous-plaît.

«Ça m’a surpris. Une belle surprise, pour dire la vérité. En reprenant mon entraînement, j’avais axé sur le volume plutôt que l’intensité. J’avais en tête de terminer cette course en 1h12m. Je sais que j’ai encore un long chemin à parcourir afin d’être au niveau que je veux être, mais au moins, cette performance a été un gros soulagement pour moi», a confié le champion canadien au marathon en 2012.

Réjean Chiasson ne l’a jamais avoué à quiconque mais depuis un an et demi, il avait presque fait une croix sur la course de compétition. Il n’en pouvait plus d’avoir mal au dos.

«Cela a miné mon moral parce que ça allait de pire en pire. Je ne pouvais plus être compétitif. Je ne pensais jamais pouvoir y arriver. Heureusement, je sentais l’appui des gens de chez nous. Je me disais également que ça ne pouvait pas finir comme ça, sans aucune explication. Je suis si content qu’on ait enfin trouvé le problème. Mon rêve de participer aux Jeux olympiques est plus fort que jamais. Réjean Chiasson is back!», lance-t-il.

Aujourd’hui, le coureur convient que cette mauvaise passe l’a finalement changé pour le mieux. Physiquement, il a utilisé cette période plus sombre afin d’améliorer sa musculature, un élément essentiel dans des parcours plus complexes et pour éviter d’autres blessures. Mentalement, il s’est rendu compte qu’il aimait encore la course.

«L’amour de la course est revenu. Ça m’a tellement manqué que je l’apprécie davantage maintenant. Quand tout va bien, tu ne sais pas ce que tu manques. Je tenais tout ça pour acquis pour le reste de ma vie. Mais aujourd’hui, je sais que les choses peuvent changer très vite. C’est donc important d’apprécier le moment présent. Il me reste encore une fenêtre de deux Jeux olympiques et mon rêve est plus fort que jamais d’y participer», mentionne Chiasson.

Oui, Réjean Chiasson is back!

Un retour en Éthiopie et les Jeux Panaméricains

Réjean Chiasson a reçu son premier cadeau de Noël. Et il vient de sa mère.

Le marathonien retournera en Éthiopie dans deux semaines pour huit semaines d’entraînement intensif à près de 3000 mètres d’altitude.

«Je vais juste faire ça, m’entraîner. J’ai perdu tellement de temps depuis un an et demi que je n’ai plus le temps de niaiser si je veux participer aux Jeux olympiques, au Brésil, en 2016», explique-t-il.

Ce camp se déroulera à Oualaka, soit dans le même petit village où il a passé plusieurs semaines à s’entraîner, à la fin de l’hiver 2013.

L’autre cible est la ligne de départ du 35e marathon de Rotterdam, dans les Pays-Bas, le 12 avril. Il ne sera pas le seul. Cette épreuve attire au-delà de 20 000 participants. Une bonne performance pourrait l’amener au sein de l’équipe canadienne qui prendra part aux Jeux panaméricains, du 10 au 26 juillet 2015, à Toronto. Donc, tout près de chez lui. Mais il est encore tôt pour confirmer tout ça, freine-t-il.

«Oui, comme les Jeux sont à Toronto, c’est certain que j’aimerais y aller. Mais ce n’est pas certain. Je dois encore travailler sur ma remise en condition optimale. Mon plan est davantage étalé sur deux ans. Je vais voir comment ça va aller en Éthiopie», analyse celui qui a déjà bouclé les 42,185 km en 2h17m47s en 2011.

Sans oublier qu’à travers tout ça, il y a également sa nouvelle entreprise de conseiller en entraînement sportif, Pace & Mind, qui prend de plus en plus de son temps. Il gère la progression de 45 athlètes et il est tellement occupé qu’il a récemment engagé un assistant.

«Je n’ai pas beaucoup de temps pour relaxer avec mon entraînement et l’entraînement de mes coureurs. Ce projet a progressé très vite et c’est devenu un heureux problème», dit-il.

Réjean Chiasson planifie quelques semaines de vacances dans la Péninsule acadienne, au printemps ou à l’été. Dans ses bagages, il traînera ses souliers de course, promet-il.