L’Étoile filante porte-bonheur

CARAQUET – Il s’appelle Denis Godin. Ce n’est pas le plus rapide, ni le plus habile des patineurs de vitesse sur courte piste des Étoiles filantes de Caraquet. Loin de là. Il n’a pas multiplié les records. Sa chambre ne déborde pas de médailles, ni de trophées. Mais Denis est un champion, un grand champion. Il est sans contredit la figure de proue de ce club depuis 30 ans. Il est devenu son porte-bonheur.

La première chose qui frappe chez cet athlète spécial âgé de 42 ans, c’est son sourire. Il est immense et contagieux. Au Colisée Léopold-Foulem, quelques instants avant l’entraînement du dimanche soir, tout le monde le salue. Il fait partie de la famille, comme on dit.

Atteint de déficience intellectuelle, Denis a été chanceux. Il a été adopté à l’âge de 7 ans. Les médecins ont pourtant dit à sa nouvelle maman, Rosa Godin, qu’il ne pourrait pas faire mieux que de marcher et de s’habiller. Elle aurait pu se contenter de cela.

Mais non. Croyant aux vertus du sport pour le développement physique et social de son fils, elle a décidé de l’inscrire au patinage de vitesse au moment même où le club des Étoiles filantes naissait. Trente ans plus tard, elle est fière de son coup.

Rosa l’avait inscrit au hockey mais c’était trop violent. Elle l’a donc enlevé de là. Il a essayé la natation mais il était trop craintif. C’est à ce moment que Marc (Proulx, cet ancien policier et premier entraîneur des Étoiles filantes) est arrivé dans le portrait. Il a alors pris en charge ce jeune garçon âgé de 11 ans.

Denis Godin. - Collaboration spéciale: Marc Grandmaison
Denis Godin. – Collaboration spéciale: Marc Grandmaison

«Un gars comme Denis, il ne faut pas le laisser à rien faire. C’est important de le motiver à faire quelque chose. Le sport lui a permis de s’épanouir, de prendre de la confiance en soi. Il est toujours le premier arrivé, le premier sur la glace. Il a hâte au dimanche. Il est mon soleil du matin et mon soleil du soir. Je suis tellement fier de lui», raconte Rosa, très heureuse que le club ait si bien accepté son fils et sa différence depuis maintenant 30 ans.

«J’aime ça parce que nous faisons beaucoup de choses, ajoute Denis, gêné mais toujours aussi souriant. J’aime patiner avec les autres. Ce sont mes copains.»

Avant de sauter sur la patinoire, Denis ajuste son casque et ses lunettes de protection. Évidemment, il porte le survêtement de compétition du club. Il montre aussi ses patins. Son cadeau de Noël. Flambant neufs, s’il-vous-plaît. Après des années à chausser des bottines quatre points trop grands, il en a enfin à sa pointure. Malgré ce handicap, Denis ne s’est jamais plaint, confirme Anthony Cormier-Losier qui, à seulement 12 ans, est une vedette montante du club.

«Denis fait attention à nous. Il patine à l’extérieur afin de nous laisser la place. Il est toujours heureux, peu importe ce qu’il fait. Il est une grande inspiration pour tous les membres de l’équipe. Il est tellement gentil. Quand il court, nous l’encourageons tous comme lui nous encourage quand on court», explique-t-il.

Denis est l’image même des Étoiles filantes. Il fait preuve de persévérance, de résilience, de confiance. Dans les moments plus difficiles, il agit comme un grand frère auprès des jeunes. Aux entraînements, il prend soin d’eux. Quand un tombe, il est le premier à aller le relever, lui dire que ce n’est pas grave et à lui donner une petite tape d’encouragement pour continuer. Aux yeux de ses entraîneurs, sa présence vaut de l’or.

«Je l’appelle “Smiley”, indique Fernand Brideau, un de ses anciens entraîneurs qui continue de s’engager dans le club. Quand il y a trop de stress avant une compétition, Denis apporte sa petite touche pour calmer tout le monde. En quelques mots, une bonne parole ou un brin d’humour, il enlève la tension. Par son comportement, il montre qu’il ne faut jamais abandonner car lui n’arrête jamais une course tant qu’il ne franchit pas la ligne d’arrivée. Il est comme un rayon de soleil pour nous et, à sa manière, il est indispensable pour notre club.»

L’actuel entraîneur des Étoiles filantes, Renaud Gionet, croit que la présence de Denis Godin aux entraînements du dimanche et aux compétitions est un bel exemple à suivre non seulement pour ses jeunes coureurs, mais aussi pour ce que peut apporter de bon un athlète à besoins spéciaux dans un encadrement sportif.

«Quand Denis vient à l’aréna, il est toujours de bonne humeur et il donne toujours son plein effort. C’est bon pour lui et c’est bon pour nos jeunes. Même avec sa différence, il participe avec tout son coeur», a-t-il remarqué.

Chantal Hachey, de l’atelier La Rencontre de Caraquet, accueille Denis et d’autres personnes à besoins spéciaux une fois par semaine pour diverses activités. Il y a quelques jours, Denis a eu droit à un accueil chaleureux de la part du groupe après qu’il ait remporté une médaille d’argent dans la catégorie des Olympiques spéciaux aux Championnats de l’Atlantique de patinage de vitesse sur courte piste à Dieppe.

«Ses yeux brillaient lorsque tout le monde l’a applaudi. Tout le monde du club de patinage l’accepte comme il est et personne ne le voit différent des autres patineurs. Il est une source d’inspiration pour beaucoup de gens et nous avons une grande admiration pour lui», mentionne-t-elle.

Si quelqu’un décide d’écrire un livre sur l’histoire des Étoiles filantes, il n’aura pas le choix d’y consacrer quelques chapitres à Denis Godin, l’âme de cette formation depuis maintenant 30 ans. Car il en est vraiment son porte-bonheur.