Changement de cap dans la LHJMQ

Ç’a plutôt passé inaperçu dans les médias, mais le fait demeure que nous sommes possiblement en train d’assister à un changement de cap dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

De quoi est-ce que je suis en train de vous parler? Du simple fait que l’élite du circuit Courteau n’est désormais plus l’affaire des joueurs canadiens et d’une poignée d’Européens. Il faut aussi désormais compter sur les Américains.

Selon le professeur adjoint au secteur des sciences de l’Université de Moncton, campus de Shippagan, Pierre P. Ferguson, qui se passionne également dans les statistiques sportives avancées, le top 50 des meilleurs pointeurs de la dernière saison était composé, en comptant le Néerlandais Daniel Sprong qui possède la double nationalité, de 34 Canadiens, quatre Américains et 12 Européens.

Conor Garland, un Américain, a remporté le championnat des pointeurs, cette saison, avec les Wildcats de Moncton. - Collaboration spéciale: Marc Grandmaison
Conor Garland, un Américain, a remporté le championnat des pointeurs, cette saison, avec les Wildcats de Moncton. – Collaboration spéciale: Marc Grandmaison

Vous me direz que les Canadiens ont néanmoins largement dominé et vous avez en partie raison. Par contre, ce qu’il faut savoir est qu’au cours des neuf saisons précédentes, on a toujours retrouvé de 40 à 45 joueurs canadiens dans le top 50. Les Européens, eux, à l’exception de la saison 2006-2007 qui a vu 10 d’entre eux dans l’élite de la LHJMQ, n’avaient jamais réussi à dépasser le cap des sept joueurs dans le top 50. Quant aux Américains, ils viennent d’atteindre – et de loin – le plus grand nombre dans l’histoire du circuit.

Comment expliquer cette petite révolution? Pour au moins trois raisons.

La première raison et non la moindre, force est de constater que les équipes de la LHJMQ parviennent à convaincre de meilleurs joueurs européens à venir poursuivre leur développement en Amérique du Nord. La preuve, les six meilleurs pointeurs chez les recrues cette saison sont des Européens.

La deuxième raison revient à la décision de la ligue d’obliger les équipes, depuis 2012, à repêcher au moins deux Américains par année. À l’évidence, ça commence à rapporter. Certes, il y a encore place à une grande amélioration, mais le fait demeure qu’ils sont de plus en plus nombreux à se joindre à la LHJMQ et les succès des Conor Garland, Adam Erne, Cameron Darcy et Danny Moynihan devraient en convaincre d’autres d’emboîter le pas.

Et enfin, la troisième raison est le recul du nombre de joueurs élite dans le territoire canadien, particulièrement dans les provinces de l’Atlantique. Il n’y a pas si longtemps, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador produisaient de sept à 12 joueurs en mesure de se faufiler dans le top 50 du circuit et régulièrement dans le top 10. Kyle Farrell, des Screaming Eagles du Cap-Breton, a été le meilleur du groupe cette saison avec une 13e place. Ryan Penny, des Huskies de Rouyn-Noranda, Nathan Noel, des Sea Dogs de Saint-Jean, et Kurt Etchegary, des Remparts de Québec, ont été les seuls autres à se hisser dans le top 50.

Est-ce que les trois raisons avancées sont un phénomène passager? Person­nellement, si je crois que les joueurs de l’Atlantique vont rebondir sous peu, l’entrée en scène de plus en plus massive d’Européens et d’Américains de qualité va se poursuivre. On devrait d’ailleurs avoir une partie de la réponse dès la prochaine campagne.