L’extrême du sport

Qu’est-ce qui a poussé Carole Fournier à courir 250 kilomètres dans le désert du Sahara? Ou près de 70 Néo-Brunswickois à s’entraîner dur pendant tout l’hiver pour le 119e marathon de Boston? Ou transformé l’amateur passionné de hockey en partisan fanatique hystérique de son club favori quand commencent les séries de la Coupe Stanley? Est-ce physiologique? Psychologique? Chimique? Évidemment, je n’ai pas la réponse. Mais c’est tellement impressionnant de voir tous ces gens pousser le sport à l’extrême.

Le cas de Carole Fournier me laisse sans voix. Oui, il faut aimer courir. Courir sur de longues distances. C’est déjà un exploit en soi, dans des conditions «normales». Mais là, c’est dans le sable. Pas celui de la plage Parlee par une belle journée de juillet. C’est le sable d’un immense désert. Le célèbre désert du Sahara. Courir sous des chaleurs de plus de 50 degrés Celsius. Et pas seulement une journée. Six jours!

L’exploit de Carole Fournier - courir 250 km en six jours dans le désert du Sahara dans le cadre du 30e Marathon des Sables - pousse le sport dans ses extrêmes. - Archives
L’exploit de Carole Fournier – courir 250 km en six jours dans le désert du Sahara dans le cadre du 30e Marathon des Sables – pousse le sport dans ses extrêmes. – Archives

Elle avait beau savoir dans quoi elle s’embarquait, cette course dépasse l’entendement. Elle a franchi la distance en plus de 68 heures d’effort. Elle devait être épuisée. Imaginez le gagnant, qui l’a fait en 20h21m. C’est presque de la folie.

«Oui, ça fait mal, mais on endure», a-t-elle avoué à mon collègue Gilles Duval qui l’a interrogée à son retour du Maroc, il y a une semaine. Quelque part, le goût de se dépasser, de savoir ce que ton corps peut endurer, prend le dessus sur la souffrance du moment. C’est une forme de masochisme sportif, en quelque sorte.

En tous cas, bravo Carole. Je lève mon chapeau à ton exploit.

Lundi, ils étaient près de 70 coureurs du Nouveau-Brunswick à la ligne de départ du 119e marathon de Boston. Ce n’est pas un marathon comme les autres. C’est le plus ancien encore actif. Ça lui donne une aura, un prestige que même le marathon de New York ne peut atteindre. Pas pour rien que cette année, quelque 35 000 adeptes ont tenté leur chance et se sont préparés pendant tout l’hiver pour mâter la bête.

Et avec l’hiver que nous avons connu, je ne peux qu’exprimer toute mon admiration devant ceux et celles qui ont eu le courage et l’audace de sortir leurs espadrilles pour un entraînement rigoureux dans la neige et la gadoue. Les rues mal déblayées, les pieds trempés, le corps transi par cette humidité… Défier les éléments qui ne donnent que l’envie de demeurer bien au chaud, c’est exceptionnel. Ça aussi, c’est une forme d’extrême du sport.

Quand j’ai parlé à Marcelle Breau, qui m’a raconté son expérience à Boston et la préparation dont elle a eu besoin, elle m’a fait bien rire en me confiant qu’elle partage sa médaille avec son tapis roulant. Une chance que cet appareil était là pour elle.

Donc, à tous les tapis roulants qui ont permis aux coureurs de bien s’entraîner, je dis bravo. Et bravo aux coureurs aussi, évidemment.

Les chaînes sportives télévisées s’en donnent à coeur joie depuis deux semaines. Ce sont les séries de la Coupe Stanley et quoi de mieux, pour meubler leurs bulletins, de produire des reportages sur qui sera le plus fanatique. C’est rendu une guerre entre quelle chaîne trouvera le plus grand partisan, ou encore montrera le plus grand nombre d’amateurs hystériques après la victoire de leurs favoris à la sortie de l’aréna.

Ça aussi, c’est l’extrême du sport. Mais un extrême que j’aime moins, je vous avoue. Sur les réseaux sociaux, c’est le délire les soirs de matchs et celui qui a le malheur de ne pas être un fan fini de l’équipe est immédiatement rangé dans le camp de l’ennemi.

À ce sujet, j’ai adoré l’allusion de notre chroniqueur Rino Morin Rossignol, cette semaine. On dénonce à grands coups de gueules et de reportages-chocs toute forme d’intimidation dans les écoles et dans la société, mais on applaudit à tout rompre celle qui se déroule sur une surface glacée de 200 pieds par 85 pieds ou dans les estrades. Allez comprendre…

En tous cas, ne comptez pas sur moi pour dire bravo à cette forme d’extrême du sport.
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Ce samedi 25 avril 2015 pourrait passer à l’histoire, mais pour des mauvaises raisons. Il se pourrait fort bien que ce soit la dernière présentation du 15 km de Grande-Digue. Après dix ans, son loyal organisateur, Sylvio Bourque, tend le flambeau à qui voudra bien le prendre.

Il serait extrêmement dommage de voir cette course disparaître. Non seulement c’est la première de la saison – et tout le monde a hâte à la première course de la saison! – mais elle regroupe régulièrement la crème des athlètes, ce qui donne souvent droit à un spectacle de haute qualité.
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l serait temps que les coureurs s’associent en un comité pour prendre la relève et assurer la survie de cette belle épreuve. Je crois que c’est la meilleure solution. Sylvio Bourque pourrait toujours être un consultant de choix, mais il n’aurait plus à tout faire seul.

Car, pour reprendre le commentaire de Jean-Marc Doiron, il ne faudrait pas que la lumière du 15 km de Grande-Digue s’éteigne au bout du tunnel de ce toujours trop long hiver.